Ressemis de prairies

Quelles espèces pour quels objectifs ?


TNC le 23/02/2021 à 10:44
Pour maintenir la productivité d'une prairie, pensez au ressemis en adaptant le choix des espèces aux besoins. (©Gnis)

Pour maintenir la productivité d'une prairie, pensez au ressemis en adaptant le choix des espèces aux besoins. (©Gnis)

Densité et productivité en berne, adventices qui se développent... Vos prairies fatiguent ? Il peut être intéressant de les ressemer. Mais avec quelles espèces ? Les experts du Gnis vous éclairent en fonction des différents objectifs.

Le Gnis rappelle que l’amélioration de la prairie doit intégrer cinq réflexions :

  • identifier la ou les causes de dégradation et les éliminer ;
  • corriger si besoin le pH ou la fertilité du sol ;
  • remettre en cause le mode d’exploitation et l’entretien de la prairie ;
  • revoir l’aménagement parcellaire (chemins, zones d’ombre, assainissement, place des abreuvoirs…) ;
  • choisir les espèces et types variétaux à semer.

C’est sur ce dernier point qu’il faut être cohérent et choisir des espèces répondant aux attentes en termes de productivité, de qualité, de saisonnalité et d’utilisation. Dans tous les cas, les experts recommandent de miser sur la complémentarité des espèces. Ils livrent alors leurs conseils en fonction des différents besoins :

Avoir de l’herbe tôt au printemps

« Trois espèces se démarquent en démarrant plus tôt que les autres : la fétuque élevée, le ray-grass d’Italie et le ray-grass hybride. La portance du sol permet ou non d’y mettre les animaux et constitue bien souvent le facteur limitant. Les autres espèces associées prennent ensuite le relais. Pour cela, il est important de « contenir » la fétuque élevée ou les ray-grass d’Italie ou hybride par un pâturage précoce. »

Avoir de l’herbe s’il fait sec

« La luzerne représente bien sûr une assurance sécheresse. Pour les autres espèces, c’est la profondeur de l’enracinement qui est déterminante. Le desséchement provoque la mort chez certaines plantes comme la fétuque des près ou les ray-grass d’Italie, alors que d’autres comme le ray-grass anglais ou hybride cessent de produire mais redémarrent dès le retour des pluies. »

« Toutes les fourragères ont des systèmes racinaires qui permettent d’explorer le sol plus en profondeur. Le ver de terre joue là un rôle essentiel par les galeries et le brassage de terre des différents horizons. »

Avoir de l’herbe s’il fait chaud

« C’est la luzerne qui résiste le mieux, jusque 40° ! Les autres espèces poussent jusque 30 à 33°. Il faut remarquer néanmoins le cas particulier du ray-grass anglais qui ralentit sa pousse dès 23° pour s’arrêter à 25°. Sa présence en mélange est malgré tout intéressante par sa pérennité, ses valeurs alimentaires et par le fait qu’il a une excellente aptitude à gazonner et donc à offrir la densité au couvert et à réduire les adventices indésirables. En réduisant sa pousse lorsqu’il fait trop chaud, il fait la part belle au trèfle blanc qui est une plante de chaleur et de lumière. En pâturage, il faut citer le comportement intéressant de la fétuque des près, d’une excellente valeur alimentaire qui produit bien même s’il fait chaud, si l’eau n’est pas le facteur limitant. »

Avoir de l’herbe s’il fait chaud et sec

« Souvent chaleur et sécheresse sont liées, surtout si le sol a une faible réserve utile en eau. Les espèces qui se distinguent sont la luzerne, la fétuque élevée, le dactyle et le lotier. Mais dans la plupart des cas, la solution à envisager sera de constituer des stocks d’herbe sur pied, destinés à être pâturés au fil, vu la hauteur de l’herbe, pour limiter les dégâts par piétinement et le gaspillage. »

Faire du stock d’herbe sur pied :
« La technique du pâturage de stocks d’herbe sur pied exige quelques règles simples pour disposer de fourrage de qualité. Il est nécessaire de faire déprimer pour gagner en densité (tallage), puis réaliser un second pâturage ou une fauche précoce pour exporter les tiges et les épis. Les repousses seront alors denses et constituées essentiellement de feuilles. Deux critères de choix des variétés sont à privilégier : la résistance aux maladies et la sensibilité à la remontaison. Pour vous aider, le site internet www.herbe-book.org est à disposition. »

Avoir de l’herbe tard à l’automne

« Certaines espèces poussent tard à l’automne, ce sont les fétuques élevées, les dactyles, les ray-grass hybrides et les luzernes. Il faut aussi prévoir de pouvoir exploiter tard afin de ne pas laisser une masse végétale trop importante avant l’hiver, ce qui serait préjudiciable pour la saison suivante. »

Avoir de l’herbe de qualité en prairie humide l’hiver

« Des espèces sont adaptées à cette situation. Il s’agit de la fétuque des près, de la fétuque élevée, de la fléole et du trèfle hybride. Cette notion de prairie humide ne concerne pas toujours toute la surface de la parcelle. L’humidité est parfois plus ou moins intense selon les endroits. Les différentes espèces qui constituent le mélange trouveront leur place et contribueront à compenser l’hétérogénéité de la parcelle en fonction de leurs affinités. »

Avoir une flore adaptée à l’ensilage ou à l’enrubannage

« L’aptitude à cet usage est conditionnée par la productivité et la conservation. Les espèces bien adaptées sont la fétuque élevée, le dactyle, le ray-grass hybride, la fléole, luzerne et le trèfle violet. Le fait d’associer des graminées à la luzerne permet de mieux conserver l’ensilage par l’apport de sucre facilitant ainsi la fermentation. »

Avoir une flore adaptée au foin

« Quatre espèces sont lentes à sécher : les ray-grass anglais, les ray-grass d’Italie et hybrides et le trèfle violet. Là aussi, l’utilisation de ces espèces avec d’autres espèces qui sèchent bien atténue ces inconvénients. »