Pâturage

Les conseils du Gnis sur la façon d’exploiter l’herbe au pâturage


TNC le 16/10/2020 à 10:03
La digestion (et donc la productivité des bovins) dépend de la qualité du fourrage apporté, rappelle le Gnis. (©TNC)

La digestion (et donc la productivité des bovins) dépend de la qualité du fourrage apporté, rappelle le Gnis. (©TNC)

Herbe jeune VS en paille : quelle différence sur les vaches laitières et allaitantes ? Le Gnis propose de se replonger dans la théorie zootechnique pour estimer la pertinence de pratiques herbagères.

« Même si le bovin est capable de digérer l’herbe « en paille », c’est bien au détriment des performances zootechniques, de la productivité fourragère et de l’environnement », explique le Gnis.

« Pour optimiser la production prairiale, il faudra miser sur la présence d’espèces hautement digestibles, mais aussi exploitées à un bon stade (avant le stade début épiaison). On peut résumer la conduite de la prairie pâturée ainsi : dans tous les cas, faire déprimer pour favoriser la densité, puis respecter une hauteur d’herbe entre 5 et 15 cm, ne pas laisser apparaître d’épis. Ceci est valable que l’on soit en prairie naturelle ou en prairie semée, en agriculture biologique ou conventionnelle. Si des épis apparaissent, l’idéal est de faucher les refus 24 heures avant pâturage. Ils seront ainsi consommés et la prairie redémarrera d’autant mieux. »

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La digestion dépend de la qualité de l’herbe

L’interprofession rappelle alors quelques notions zootechniques, notamment qu’il y a plusieurs digestions chez les bovins :

– mécanique (rumination, qui peut passer de 6 à 12 h/jour avec des aliments très fibreux, réduisant ainsi le niveau d’ingestion) ;

– biologique (les fermentations microbiennes qui se déroulent dans le rumen, libérant des acides gras volatiles dont le nombre augmente si la ration est constituée d’herbe « en paille ») ;

– et chimique.

« On distingue trois types d’acides gras volatiles (AGV) : l’acide acétique (C2), l’acide propionique (C3) et l’acide butyrique (C4). La proportion de chaque AGV dépend surtout de l’alimentation : les glucides pariétaux sont fermentés en C2, l’amidon en C3 et les sucres solubles en C4. Une herbe « en paille » favorise donc le C2 au détriment des C3 et C4. A noter que seul le C3 est un AGV glucoformateur. La production laitière nécessite du C2 (favorable au TB) et des composés glucoformateurs (favorables à la quantité de lait et au TP). »

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Viande ou lait : favoriser un pâturage d’herbe jeune

Ainsi, le Gnis recommande de faire pâturer de l’herbe jeune car même si elle ne contient pas d’amidon, elle est digestible et riche en MAT. « Elle fournit donc des acides aminés, en quantité, qui sont pour la plupart glucoformateurs. Ce qui n’est pas le cas avec de l’herbe « en paille ». La production de viande, quant à elle, nécessite du C4 et des composés glucoformateurs. Là aussi, l’herbe pâturée jeune est intéressante, car elle permet d’obtenir des GMQ de 700-750 g/j. Pour des croissances plus soutenues ou en phase de finition, le recours aux concentrés reste néanmoins nécessaire. »

« L’herbe « en paille » riche en lignine, car sa teneur augmente avec l’âge des feuilles, les tiges et épis vieillissants, n’est donc pas adaptée pour produire du lait ou de la viande. La lignine fait baisser non seulement la quantité consommée, mais aussi la digestibilité et la valeur alimentaire de l’herbe pâturée. »

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