Sécheresses à répétition

L’élevage du Charolais menacé


AFP le 24/07/2020 à 12:09
« Avec la sécheresse, on a un surcoût de fourrage de l'ordre de 15 à 30 000 €, comment on fait pour vivre avec ça ? », se demande Christian Bajard, président FDSEA 71. (©CC)

« Avec la sécheresse, on a un surcoût de fourrage de l'ordre de 15 à 30 000 €, comment on fait pour vivre avec ça ? », se demande Christian Bajard, président FDSEA 71. (©CC)

« Avant, c'était exceptionnel. Maintenant, on a des sécheresses quasiment tous les ans. Comment on fait pour vivre avec ça ? » : en Saône-et-Loire, leader en France pour le Charolais, les éleveurs se demandent si leur système n'est pas « à bout ».

« C’est du sable », dit Jean-Michel Rozier en tapant sur une motte d’herbe grillée qui part en poussière sous le coup de pied. « Encore un peu, on va devenir le Sahel », raille l’éleveur de vaches charolaises à Trivy (Saône-et-Loire). Dans un coin de la prairie grillée, un petit troupeau cherche l’ombre rare sous un arbre asséché, sans même plus tenter de brouter la terre pelée.

« Une charolaise normalement, ça broute l’herbe verte dix mois sur douze », explique à l’AFP Jean-Michel, 49 ans, en reprenant l’argument de vente de la vache à la robe blanc-crème, vantée comme « la meilleure viande au monde ». « Mais maintenant, on doit leur donner du fourrage dix mois sur douze ». Comme 2019, comme 2018, comme 2015…, 2020 est synonyme de sécheresse. Alors que vient à peine de sortir le décret portant catastrophe naturelle après le manque d’eau de … 2019. L’élevage du charolais, pratiqué sur des prés naturels non irrigables, est totalement dépendant de la pluviométrie et la situation devient délicate pour ces exploitations de 80 vaches et 110 ha de moyenne, caractéristiques qui les situent dans la norme nationale. « Avant, on avait des sécheresses exceptionnelles. On pouvait faire face. Mais, depuis 2015, c’est quasiment tous les ans », explique Pierre Rozier, 54 ans, frère et associé de Jean-Michel sur l’exploitation d’une centaine de vaches.

La prairie nourricière qui, avant, permettait aux vaches de brouter tout en apportant le fourrage nécessaire pour l’hiver, s’est tarie. « À force, les racines brûlent et ça ne repousse plus ». La sécheresse est devenue si régulière qu’elle menace dorénavant jusqu’à la pérennité des prés… et de l’élevage. « On était autonome jusqu’en 2015 », se souvient Pierre Rozier. « Depuis 2015, Il manque 50 % de fourrage », dit-il en montrant l’aire de stockage des bottes de foin déjà à moitié vide. « Ça devrait être plein pour l’hiver. Va falloir en racheter. C’est la moitié de nos revenus annuels ».

« C’est comme une pile de factures qui s’accumulent », résume Jean-Michel Labrosse, exploitant non loin de là, à Chassigny-sous-Dun (Saône-et-Loire).  « L’achat du fourrage mange presque tous mes revenus », calcule l’éleveur d’une quarantaine de vaches.

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Un secteur « inquiet »

Christian Bajard, président du syndicat agricole FDSEA du département, confirme : « Le surcoût du fourrage est de 15 à 30 000 euros, soit à peu près l’ensemble des revenus annuels moyens d’un éleveur, qui est de 15 000 euros ». « Comment on fait pour vivre avec ça ? Ça va finir par faire disparaître des exploitations », avertit le syndicaliste. Déjà, le nombre de têtes de charolais est passé en quatre ans de 230 000 à moins de 200 000 dans le département, faisant douter de l’avenir même de ce type d’élevage. « Franchement, on se pose la question : les personnes âgées partent et les jeunes ne veulent pas s’engager », résume Christian Bajard.

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À cinq ans de la retraite, Jean-Michel Labrosse cherche ainsi toujours un successeur, comme « la moitié des 12 éleveurs de la commune », dit-il. « Plus de la moitié » des quelque 3 000 éleveurs du département « ont plus de 53 ans », rappelle Christian Decerle, président de la Chambre régionale d’agriculture Bourgogne-Franche Comté et lui aussi éleveur de charolaises. « Oui, le charolais est un secteur très inquiet. Un nombre croissant d’éleveurs se posent la question de leur devenir », confesse-t-il.

« On était trente éleveurs il y a 50 ans sur la commune. Dans deux ans, il ne restera plus que nous », renchérit Jean-Michel Rozier, par ailleurs premier adjoint de Trivy. « Notre peur, c’est la génération des 40-50 ans qui arrête : ça devient récurrent. Et de plus en plus d’éleveurs conseillent à leurs enfants de faire autre chose », lâche-t-il, s’estimant très heureux que lui, son fils Benoît ait décidé de reprendre la ferme. « Faut être motivé », reconnaît le jeune homme de 21 ans. « On arrive au bout d’un système mais je ne me vois pas faire un autre métier ».