Marché des produits laitiers

Lait français VS importations : où en est-on ?


TNC le 27/11/2019 à 06:02
« Une forte dynamique d’investissements en France pour les ingrédients secs », selon le Cniel. (©CC) 

« Une forte dynamique d’investissements en France pour les ingrédients secs », selon le Cniel. (©CC) 

Benoît Rouyer, économiste au Cniel, a dressé un état des lieux de la filière lait. En 2018, 24,6 milliards de litres de lait de vache ont été collectés en France. Depuis la fin des quotas, la production est restée relativement stable, contrairement à d'autres pays européens. La France se caractérise par sa forte dynamique d’investissement pour les ingrédients et les fromages. 40 % de la production française de lait part à l'export, essentiellement vers l'Union européenne, bien que la part des exports vers pays tiers progresse ces dernières années.

En 2018, ce sont 24,6 milliards de litres de lait de vache qui ont été collectés en France, d’après Eurostat. « Depuis la fin des quotas survenue courant 2015, la production a été très dynamique dans certains pays, comme en Irlande (+ 50 % de production depuis 2011) ou en Pologne », souligne Benoît Rouyer. A contrario, la production française est restée plutôt stable. « C’est l’effet de la contractualisation, explique l’économiste. Notre pays est dans un contexte qui est contraint en volume, contrairement à beaucoup de nos voisins. En France, on est sur des flux tirés par la demande alors que dans d’autres pays européens on est dans des démarches de flux poussés : on produit et après on voit ce que le marché est en capacité d’absorber. »

La collecte laitière en France est restée relativement stable entre 2011 et 2019. (©Cniel / Eurostat)

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Sur la totalité du lait collecté en France, l’essentiel sera destiné à la fabrication de fromage (34 %), de beurre et matières grasses laitières (20 %) ou encore de poudres de lait (16 %). Le lait conditionné ne représente que 10 % de la collecte.

Ce qui caractérise la France, d’après l’économiste, c’est sa « forte dynamique d’investissement pour les ingrédients secs. Aujourd’hui, pour les projets annoncés en 2018 et 2019, près de 200 M€ d’investissement sont en cours dans des ateliers de séchage ». Ils sont plutôt localisés dans l’ouest de la France et concernent différents groupes laitiers, tels que Eurial, Lactalis, Sodiaal, Laïta, Isigny Ste Mère, ou encore Even Santé Industrie.

« La dynamique d’investissement est également forte dans les fromages, mais souvent pour des montants qui sont un peu plus restreints. » Une trentaine de projets ont été annoncés en 2018 et 2019 et représentent plus de 160 M€. « Les investissements entrepris sont destinés à apporter davantage de valeur ajoutée et augmenter la capacité de transformation de lait comparé à il y a quelques années ».

Benoît Rouyer est intervenu lors des « journées de l’élevage laitier et du bâtiment », organisées par la Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais, afin d’apporter son expertise. (©TNC)

La filière laitière française : un marché très ouvert

Près de 60 % de la production française de lait est destinée au marché intérieur, (soit 14 milliards de litres de lait en équivalent lait liquide en 2017), tandis que 40 % part à l’export sous forme de différents produits laitiers (10 milliards de litres de lait en équivalent lait liquide en 2017). D’autre part, « la France importe aussi des produits laitiers, majoritairement des pays européens, à hauteur de 7 milliards de litres de lait en équivalent lait liquide pour l’année 2017 », indique l’expert. « Globalement, le marché français s’élève à près de 21 milliards de litres de lait en équivalent lait liquide dont le tiers provient de l’étranger. La filière laitière française est un marché très ouvert », souligne Benoît Rouyer.

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Environ 40 % de la production française est exportée. (©Cniel)

« Les consommateurs ne perçoivent pas forcément l’importance des importations françaises, parce que l’essentiel des produits laitiers importés en France sont des ingrédients et passent inaperçus auprès des consommateurs. Pour 80 % des importations, il s’agit par exemple de beurre cube ou de poudres de lait, qui seront incorporés dans des produits transformés, tels que du chocolat ou des biscuits, explique l’expert. « Les produits laitiers consommés à travers des produits transformés représentent pratiquement 40 % de notre consommation totale de produits laitiers ». Quant aux produits laitiers consommés en tant que tels et qui seront achetés en GMS ou en RHS, ils représentent environ 60 % de la consommation.

« L’import est centré sur les produits laitiers à usage industriel », explique le Cniel. (©Cniel / Idele)

Des exports vers pays tiers en progression

L’exportation est stratégique pour le marché des produits laitiers, puisque « 40 % du lait produit en France sera exporté sous forme de produits laitiers, affirme le spécialiste, ce qui génère des exports de l’ordre de 7 Mds€ ». Parmi ces exportations, 62 % sont destinées à l’Union européenne et 38 % aux pays tiers.

La part relative des pays tiers a augmenté au cours des dernières années, tandis que les exports sont davantage à la peine sur l’Union européenne. « C’est quelque chose qu’on n’avait pas forcément vu venir ». Benoît Rouyer explique qu’il y a une quinzaine d’années, beaucoup pensaient que la France aurait du mal à vendre ses produits laitiers sur le marché mondial, et qu’elle manquerait de compétitivité par rapport à la Nouvelle-Zélande, notamment. Finalement, aujourd’hui, les laiteries arrivent à vendre une gamme de produits laitiers assez diversifiée sur l’ensemble des pays tiers. « La France connaît le plus de difficultés sur l’Union européenne. Elle perd des parts de marché par rapport à ses concurrents irlandais, belges, polonais, mais aussi espagnol ou italien ».

Selon le Cniel, « l’UE reste la principale destination mais les pays tiers représentent une part croissante de la valeur des exportations ». (©Cniel / Eurostat)