Affouragement en vert

Joseph Lalloué : « Au pré ou à l’auge, de l’herbe fraîche dix mois sur douze »


TNC le 29/11/2019 à 06:02

Pour valoriser au mieux ses prairies éloignées, Joseph Lalloué pratique l’affouragement en vert après plusieurs coupes d’ensilage. De juillet à novembre, l’herbe jeune et riche apportée chaque jour maintient un bon niveau de production laitière et limite l’achat de correcteur azoté.

L’herbe fraîche est récoltée et distribuée à l’auge l’après-midi ; les vaches y ont accès après la traite. (©Nathalie Tiers)

Le mois de novembre touche à sa fin et avec lui s’achève la saison de pâturage et d’affouragement en herbe fraîche du troupeau de Joseph Lalloué à Moisdon-la-Rivière en Loire-Atlantique (44). L’éleveur produit 400 000 litres de lait avec 58 vaches. Il a adopté l’affouragement en vert au début des années 2010, au moment de sa conversion à l’agriculture biologique. Sur les 67 ha de l’exploitation, 23 ne sont pas accessibles au pâturage, car distants du siège entre 1,5 et 5 km.

« Je cultive 11 ha de maïs et 6 de mélange céréalier autoconsommé, en rotation avec des prairies de ray-grass et trèfles installées pour trois à quatre ans, explique l’agriculteur. Selon les années, j’ai entre 15 et 17 ha de prairies non pâturables sur lesquelles je fais de l’affouragement en vert après deux à trois coupes d’ensilage. »

700 € la tonne de correcteur azoté bio

La stratégie de Joseph Lalloué est d’intégrer de l’herbe fraîche dans la ration le plus longtemps possible dans l’année. « Le mélange ensilage de maïs et ensilage d’herbe seul fait chuter la production. Or je veux produire du lait sans utiliser trop de correcteur azoté, car c’est un aliment cher quand il est bio. J’en achète entre 8 et 16 tonnes par an – plutôt 8 ces dernières années – à plus de 700 euros la tonne. »

Dès février, voire janvier comme ce fût le cas en 2019, les vaches commencent à pâturer. En mars, elles sortent jour et nuit, puis vers mi-avril, les silos sont fermés jusque mi-juillet et laissent place à une alimentation à 100 % à base d’herbe. Seul un peu de mélange céréalier triticale – féverole – avoine est distribué au cornadis.

Joseph Lalloué (à gauche) et son salarié Olivier Auffrais qui le rejoindra bientôt comme associé. (©Nathalie Tiers)

« Dès que la production d’herbe commence à chuter en juillet, nous ouvrons le silo de maïs et nous complétons avec de l’affouragement en vert. Les vaches ont l’ensilage et le concentré le matin, puis elles vont pâturer. Nous récoltons et distribuons l’herbe l’après-midi, quand elle a séché un peu. Les vaches y ont accès après la traite : ça les motive ! Au cours de l’été, il arrive que l’herbe durcisse et que les vaches la boudent. Dans ce cas, nous faisons du foin. »

Joseph Lalloué a investi dans une autochargeuse Supertino de 26 m3 achetée d’occasion au prix de 21 000 euros. Il ramasse environ 20 m3 d’herbe fraîche à chaque voyage. La récolte quotidienne demande entre 30 min et 1h15, en fonction de l’éloignement de la parcelle et du rendement disponible. « C’est le principal inconvénient, reconnaît l’éleveur. Certaines années, je coupe de l’herbe six jours sur sept de juillet à décembre ! Ça augmente l’astreinte. À deux associés, c’est plus souple. Et depuis l’hiver dernier, nous avons un second tracteur pour éviter de changer constamment l’attelage. »

Autre inconvénient : l’herbe fraîche est un fourrage lourd et volumineux, moins facile à repousser vers l’auge. En contrepartie, les éleveurs apprécient l’absence de chantier d’enrubannage à l’automne, et ils n’ont pas besoin d’une grande capacité de stockage. Mais surtout, ils apportent aux vaches un fourrage de meilleure qualité. « Nous faisons de petites coupes d’herbe jeune et riche. Nous n’avons pas besoin d’attendre qu’il y ait beaucoup de volume. Nous pensons qu’il y a moins de pertes, que tout est bien valorisé. »

La productivité des vaches atteint 7 200 litres avec un taux butyreux de 40 g/litre et un taux protéique de 32 g/litre. Dans le groupe des producteurs laitiers bio de Seenovia du nord du département, l’exploitation est plutôt bien placée. Pour 1 000 litres de lait produits, le coût du concentré est de 50 € (dont 7 pour les génisses) et le coût de la surface fourragère principale est de 38 €.

Du colza frais à l’auge en octobre

Tout éleveur en système herbager a pour habitude d’adapter son calendrier de pâturage et ses travaux de récolte en fonction de l’année climatique. Joseph et Olivier n’y échappent pas, en particulier au cours d’une année de sécheresse comme 2019. « En juillet, nous avons fait une dizaine de jours d’affouragement en vert avec de tout petits volumes, puis nous avons été contraints d’arrêter et d’ouvrir le silo d’ensilage d’herbe. En août et sur une bonne partie de septembre, les vaches ont mangé la ration hivernale. Elles ont pu pâturer à nouveau fin septembre. »

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Pour faire face au déficit fourrager, ils ont semé 6 ha de colza après la récolte des céréales. La levée fût satisfaisante mais la pousse a vraiment démarré fin septembre avec le retour des pluies. L’objectif de départ était de faire pâturer ce couvert. Toutefois, le risque de matraquage du sol étant trop élevé en raison de l’humidité, les éleveurs ont opté pour un apport à l’auge de colza fauché quotidiennement au cours du mois d’octobre (deux remorques par jour).

« L’autochargeuse n’est pas un engin très lourd. Avec ses deux essieux et ses rouges larges, on arrive à passer dans le champ. » Cette alternative employée pendant trois semaines a laissé le temps aux prairies de reconstituer du stock sur pied. « À cette saison, la pousse est lente et il y a peu de risque de perdre en qualité avec la montaison. Nous pourrons faire une dernière tournée d’affouragement en herbe fraîche la deuxième quinzaine de novembre, puis nous passerons à la ration d’hiver pour deux mois. »

Fabrice Charles (22) mise quant à lui sur le 100 % pâturage. Retrouvez son témoignage : « Pâturage 10 mois sur 12, vêlages groupés et monotraite : comment doubler son revenu en travaillant deux fois moins »