[Reportage] Clôtures virtuelles

Florentin et Germain (Yvelines) gèrent leur pâturage tournant sur smartphone


TNC le 25/11/2021 à 06:02
Equipes de colliers NoFence, les vaches de Florentin et Germain Genty pâturent en bord de route, sans clôture. (©TNC)

Equipes de colliers NoFence, les vaches de Florentin et Germain Genty pâturent en bord de route, sans clôture. (©TNC)

Installés dans les Yvelines sur une exploitation de polyculture-élevage, Florentin et Germain Genty testent depuis quelques mois les clôtures virtuelles NoFence qui facilitent leur gestion du pâturage tournant. Avantages, inconvénients, réaction des vaches… Ils nous donnent leur avis sur cet outil innovant, auquel les riverains doivent eux-aussi s’adapter.

Dans le cadre du programme Innov’action, déployé par les Chambres d’agriculture d’Ile-de-France, Florentin et Germain Genty testent depuis juin l’outil « NoFence » sur six de leurs vaches. Grâce à des colliers GPS, ils peuvent créer des clôtures virtuelles, gérées à distance grâce à une application accessible sur smartphone et ordinateur.

Comment ça fonctionne ?

« On fait une clôture virtuelle sur notre téléphone, ça délimite sans clôture physique ». Un test a été réalisé au mois de mai, pendant quatre jours d’apprentissage dans un parc clôturé physiquement, séparé au milieu par une barrière virtuelle. Quand la vache s’approche de la clôture virtuelle, une sonnerie désagréable retentit. Si elle avance, elle reçoit une décharge électrique (d’intensité moins forte que celle d’une clôture électrique). Le signal sonore et la décharge sont renouvelés trois fois si elle insiste, puis la vache est déclarée échappée : l’éleveur reçoit un SMS pour qu’il aille la chercher. Si entre temps, elle revient d’elle-même dans la parcelle, il n’y a pas de signal pour l’en empêcher, le collier est désactivé.

La batterie peut se recharger sur prise, mais les panneaux solaires permettent normalement l’autonomie. Florentin a dû changer une fois la batterie cet été – peu ensoleillé – pour une des vaches qui testait beaucoup la clôture. On peut, sur l’application, contrôler le niveau de batterie du collier, mais aussi regarder leurs trajets des derniers jours, localiser les endroits où elles ont reçu une décharge électrique…

Pas de stress généré sur les animaux

La phase d’apprentissage doit se faire à proximité de l’habitation de l’éleveur pour qu’il puisse observer le comportement de ses animaux. « En deux, trois heures, elles prennent en compte l’information », explique Florentin. « Il y en a deux sur six, elles testent tout le temps la clôture… Après, les autres suivent ». Les deux frères n’ont remarqué aucun signe de stress supplémentaire chez leurs animaux. D’une façon générale, on peut constater une baisse de rumination lors de la semaine de test, expliquent les chambres d’agriculture, mais plus après, même lors des changements de clôture.

Au-delà des vaches, « éduquer les riverains »

Après plusieurs mois d’utilisation, Florentin se dit « vraiment très content de l’outil ». Il fait même pâturer ses vaches juste à côté de la route. Il déplore néanmoins un léger « manque de précision » de l’ordre de trois mètres. Par ailleurs, le signal GPS peut se révéler moins performant lorsqu’il y a beaucoup d’arbres ou de haies.

Parmi les imprévus, il note aussi la réaction des riverains. « La première semaine, on a eu au moins six appels pour nous dire que les vaches s’étaient enfuies », s’amuse Florentin. Malgré un poster informatif fourni par NoFence, les passants se sont en effet inquiétés de l’absence de clôture. « Il faut aussi éduquer les riverains, comme il n’y a pas de clôture, certains s’amusent à venir prendre des selfies avec les vaches, sans précaution », avec leur chien par exemple, explique l’éleveur.

Un investissement qui reste important

S’ils testent le système à côté de leur ferme, les deux frères souhaitent l’utiliser pour faciliter la gestion de leur pâturage tournant sur une parcelle située à 50 km de l’exploitation. Et s’ils sont très satisfaits de l’outil, financé par le programme Innov’action, équiper tout le troupeau resterait un véritable investissement, chaque collier coûtant aujourd’hui autour de 300 euros…