Prix du lait

Du lait dans les chariots mais pas de beurre dans les épinards pour les éleveurs


AFP le 14/04/2021 à 10:03
« Comment peut-on faire le pari de faire du lait en 2021 ? » interroge Marie-Thérèse Bonneau, inquiète devant la baisse continue du nombre de fermes et d'animaux.  (©Pixabay)

« Comment peut-on faire le pari de faire du lait en 2021 ? » interroge Marie-Thérèse Bonneau, inquiète devant la baisse continue du nombre de fermes et d'animaux.  (©Pixabay)

Depuis un an, les consommateurs plus ou moins confinés remplissent leurs chariots de lait et de yaourts. Une aubaine pour un marché jusque-là en perte de vitesse, mais qui laisse un goût amer aux éleveurs qui voient leurs revenus s'effriter en parallèle.

« On a le sentiment d’être au milieu du ciseau, on va se faire couper en deux », décrit Marie-Thérèse Bonneau, qui élève 70 vaches laitières avec son mari en Vendée. Première lame : des prix du lait toujours en dessous de leurs niveaux d’avant la crise sanitaire – qui n’étaient déjà pas jugés suffisants pour vivre correctement. Deuxième lame : la flambée du coût des aliments du bétail. Le lait conventionnel de base (hors primes) était payé en moyenne 327,4 euros les 1 000 litres en janvier, 8,7 euros de moins que l’an dernier à la même époque, selon l’établissement public FranceAgriMer.  Alors, des vaches laitières « partent à l’abattoir » pour refaire un peu de trésorerie, constate Marie-Thérèse Bonneau, également première vice-présidente de la FNPL, le syndicat spécialisé de la FNSEA. 

Le constat est d’autant plus désabusé que la conjoncture s’est nettement redressée. En ce début d’année, les cours du beurre et de la poudre de lait écrémé – indicateurs phares – bondissent (+ 800 euros la tonne entre février et mars pour le beurre), sans que cela ait été répercuté à ce jour aux producteurs.

Quant à 2020, les professionnels s’accordent à dire que les ventes du secteur laitier ont bien résisté face à la pandémie qui avait déclenché un début de panique il y a un an. « La forte hausse des achats des ménages a presque totalement compensé la chute des ventes en RHD [restauration hors domicile] et la moindre demande des IAA [industries agroalimentaires] en ingrédients laitiers » (beurre, poudre, lactosérum…), rapporte l’Institut de l’élevage dans son bilan annuel. Après des années de déclin, « la consommation de lait est repartie à la hausse en France avec un bond de 5 % en 2020 », selon la filière laitière française, réunie dans le Cniel.

Confinement oblige, « les familles se sont réunies autour des repas et ont occupé le temps des enfants en faisant de la cuisine. Les produits laitiers, produits du quotidien, en ont pleinement profité et continuent d’en profiter », analyse le Cniel qui réunit producteurs, transformateurs et distributeurs. Le leader français Lactel, propriété du géant Lactalis, en a par exemple largement profité avec 11 millions de litres vendus de plus qu’en 2019. « Ça fait bondir », s’exclame Marie-Thérèse Bonneau. « On devrait le voir, nous, en termes de prix, de perspectives. »

Dépendance aux marchés étrangers

Les transformateurs laitiers font valoir que le prix du lait dépend des tarifs négociés avec les supermarchés français mais aussi des marchés étrangers, la France exportant 40 % de sa production laitière. « L’économie laitière française ne peut pas vivre en autarcie sans ces 40 % d’exportation », soulignait fin mars en conférence de presse le directeur général adjoint du groupe fromager Savencia, Robert Brzusczak.

Cette importance de l’export « sert d’argument pour rémunérer les agriculteurs sur la base des cours allemands, qui sont bien inférieurs aux prix français », remarque l’ex-patron de Système U, Serge Papin, dans un rapport. Il avait été missionné par le gouvernement pour trouver les moyens d’« aller plus loin » que la loi Alimentation (ou Egalim) de 2018, qui n’a pas tenu ses promesses de rééquilibrer le rapport de forces des négociations commerciales, au bénéfice des agriculteurs.

Les industriels laissent entendre que les prix pourraient remonter. Le résultat des dernières négociations avec les enseignes de la distribution ne va « pas être génial » mais le rebond des marchés internationaux « va peut-être nous sauver l’année », estime, prudemment, Jehan Moreau, directeur général de la Fnil, la fédération qui les rassemble. Dans ce contexte, « comment peut-on faire le pari de faire du lait en 2021 ? » interroge Marie-Thérèse Bonneau, inquiète devant la baisse continue du nombre de fermes et d’animaux. En 2000, plus de 120 000 exploitations livraient du lait de vache. Elles n’étaient plus que 51 600 en 2019.