Abreuvement

Ce qu’il faut savoir avant d’utiliser l’eau de pluie pour abreuver ses bovins


TNC le 22/08/2019 à 07:18

Encore peu utilisée par les éleveurs, l’eau de pluie peut être une source d’approvisionnement importante en élevage. À condition de respecter certaines normes de qualité, elle peut être destinée à l’abreuvement des ruminants.

En agriculture, la récupération de l’eau de pluie est particulièrement intéressante du fait de la taille des surfaces couvrantes, notamment sur les bâtiments d’élevage. Si cette pratique n’est pas clairement autorisée par la loi, elle n’est pas non plus interdite. De manière générale, l’utilisation de l’eau de pluie est permise par un arrêté de 2008. Ce dernier précise que « les usages professionnels et industriels de l’eau de pluie sont autorisés, à l’exception de ceux qui requièrent l’emploi d’eau destinée à la consommation humaine ». Cette définition englobe donc l’abreuvement des bovins avec l’eau récupérée sur les surfaces couvrantes des bâtiments.

En termes d’infrastructures, lors de l’étude d’un projet de récupération de l’eau de pluie, la pente et l’orientation des toitures doivent être prises en compte. En effet, ces caractéristiques vont jouer sur la quantité d’eau collectée. La localisation est, elle aussi, un critère important. Selon l’intensité moyenne des précipitations locales, la collecte d’eau ne sera pas la même.

En termes de qualité, toutes les toitures ne conviennent pas à l’installation d’un tel système. La surface sur laquelle est collectée l’eau doit être propre pour des raisons sanitaires. Il faut également exclure les surfaces constituées de ciment-amiante ou de métal abîmé par exemple. Des dispositions réglementaires sont également à respecter. Elles stipulent notamment que la toiture doit « être inaccessible au public ».

La qualité au centre de l’installation

Dans le cas de l’installation d’un système de récupération de l’eau de pluie pour abreuver les bovins, les critères de qualité doivent être placés au centre de la réflexion. Comme pour toute source d’eau à destination du troupeau, l’objectif est de tendre vers la norme humaine, notamment en termes bactériologique. Selon un document de la chambre d’agriculture du Lot, une première grille suivie d’un filtre à gravier et sable est nécessaire avant le stockage. Le dispositif de filtration doit être nettoyé régulièrement. La réglementation indique que cette filtration doit être inférieure à 1 mm.

En sortie de stockage, l’eau doit être traitée avant d’entrer dans le circuit de distribution. Ce processus peut-être réalisé à partir d’une station de chloration ou d’une lampe à ultra-violet. Toujours selon la chambre d’agriculture du Lot, la station de chloration offre un meilleur débit et est adaptée à un circuit de distribution plus long que la lampe à ultra-violet. Mais son coût est également plus élevé. Des solutions de désinfection, à base de péroxyde d’hydrogène par exemple, existent aussi dans les élevages. Le document indique qu’une analyse périodique, au minimum deux fois par an, est le meilleur moyen pour s’assurer que la qualité soit au rendez-vous. Il précise que le coût moyen de cette analyse est de 60 € HT.  L’eau doit également être analysée lors de l’apparition de problèmes sanitaires dans le troupeau.

Les installations de stockage et de distribution de l’eau doivent être étudiées avec soin. Dans l’idéal, le stockage doit être enterré et protégé de la lumière et des fortes variations de température. L’arrêté de 2008 stipule que l’installation doit être vidangée, nettoyée et désinfectée chaque année. L’entretien nécessite également le nettoyage des regards et des filtres au minimum quatre fois par an et une purge annuelle du système de distribution. Le réglage et l’approvisionnement du traitement se fait, lui, de manière hebdomadaire. Autre point réglementaire, une discontinuité doit être instaurée entre l’eau pluviale et le réseau d’eau potable.

Une étude, du pôle d’excellence rural départemental énergies en agriculture des Ardennes datant de 2008, propose des dimensions de cuves en adéquation avec la surface de toiture exploitée. Elle indique un volume allant de 26 m3 pour 900 m2 de toiture, jusqu’à 77 m3 pour 1 800 m2 de couverture.

Un choix économique

Une installation de récupération d’eau de pluie représente un coût important. L’investissement doit donc être réfléchi au vu des différents critères que sont : le volume d’eau collectable, le système de traitement choisi ou encore les dimensions de l’installation.

Le pôle d’excellence rural départemental énergies en agriculture des Ardennes estime que le coût d’installation encaissée avec système d’épuration et mise en œuvre d’un second réseau hydraulique représente entre 400 et 450 €/m³. Il chiffre le temps de retour sur investissement entre 14 et 26 ans selon la dimension de l’installation.

Pour aider les agriculteurs à recourir à cette ressource, des aides existent selon les régions. En 2017, l’Occitanie proposait une aide PCAE dans ce sens, permettant de couvrir 30 à 50 % de l’investissement total.