Agrandissement des troupeaux laitiers

Bien anticiper les effets sur l’organisation du travail et la transmissibilité


TNC le 13/12/2018 à 06:03

Depuis la fin des quotas laitiers en 2015, l’Institut de l’élevage conduit une étude approfondie, baptisée « Orgue », sur l’organisation du travail, la durabilité sociale et la transmissibilité des grandes exploitations laitières françaises. Pour Emmanuel Beguin, responsable du service « Approche sociétale et travail en élevage » à l’Institut de l’élevage, l’agrandissement des troupeaux laitiers nécessite, de la part des éleveurs, une anticipation particulière des conséquences sociales et économique, en particulier sur l’organisation du travail et la question de la transmissibilité.

Quelques mois après la suppression des quotas au printemps 2015, l’Institut de l’élevage a lancé une grande étude sur les grands troupeaux laitiers et les nouveaux « collectifs » de travail en élevage. Le projet « Orgue » porte plus particulièrement sur l’organisation du travail, la durabilité sociale et la transmissibilité de ces nouveaux collectifs.

« Trois profils d’exploitations sont étudiés », explique Emmanuel Beguin, responsable du service « Approche sociétale et travail en élevage » à l’Institut de l’élevage et coordinateur du projet. « Nous étudions des petits collectifs à très forte productivité par unité de main-d’œuvre, de l’ordre de 400 000 à 500 000 l de lait par UTH, mais aussi des modèles d’exploitations moins fréquents basés sur le salariat, et le modèle à la française avec plusieurs associés et éventuellement un ou plusieurs salariés. »

« Les agrandissements sont souvent progressifs, explique Emmanuel Beguin. On passe progressivement de 50 à 60, puis 80 voire 100 vaches ou plus. Les éleveurs ont l’impression que le métier n’évolue pas en soi. C’est, en fait, le contraire, avec l’atteinte de facteurs limitants comme la main-d’œuvre ou la taille des bâtiments. Tout l’enjeu est de trouver des solutions à ces facteurs limitants. »

Ne pas négliger le relationnel entre associés

Certaines exploitations, au contraire, connaissent une croissance très rapide. Ces évolutions « de rupture » imposent aux éleveurs de remettre à plat l’ensemble de leur système. Pour le spécialiste, que l’agrandissement soit progressif ou brutal, « les éleveurs ont besoin d’un accompagnement sur les aspects humains et le relationnel entre associés ».

« Quand on intègre de nouveaux associés, il peut s’avérer indispensable de remettre à plat et mettre noir sur blanc les objectifs de chacun en termes de conduite d’entreprise. C’est indispensable pour s’assurer que le projet d’entreprise est partagé par tous les associés. » Outre leurs relations entre eux, les éleveurs deviennent manageurs quand l’agrandissement s’accompagne d’une embauche.

Par ailleurs, l’agrandissement des collectifs d’élevage, que ce soit par de nouveaux associés ou l’embauche de salariés, impose de « mettre en place et entretenir un mode d’organisation strict », et « d’organiser le travail de manière beaucoup plus précise ».

Dans le cadre de cette étude, l’Institut de l’élevage a suivi de près le parcours de 14 exploitations qui s’étaient agrandies rapidement, avant d’être contraintes d’arrêter brutalement la production laitière.

« L’une des grandes problématiques de ces grands troupeaux laitiers réside dans leur transmissibilité. Dans ces 14 fermes suivies, on retrouve de nombreux cas de mésentente entre associés, qui, à un moment ou un autre, ne se retrouvaient plus dans le projet partagé initialement. »

« Il est tout à fait normal que les objectifs professionnels et personnels d’un éleveur évoluent au cours du temps. Mais quand on est associé d’une structure aussi capitalistique, il est nécessaire de faire le point, en toute transparence, sur ces propres objectifs pour s’assurer que ces derniers sont toujours en phase avec ceux des associés et correspondent au projet commun. »

Chaque année, « 1 000 exploitations laitières franchissent le cap des 100 vaches laitières », rappelle Emmanuel Beguin. « Dans le même temps, 90 exploitations arrêtent la production laitière. En proportion, ce sont davantage les petites structures qui s’arrêtent. Le phénomène d’arrêt du lait dans les grandes structures est relativement marginal, d’environ 3 %. » Mais ce sont des arrêts qui ont un impact sur l’environnement économique et social bien plus important.

L’étude de l’institut de l’élevage est toujours en cours. Des résultats affinés devraient être disponibles en septembre 2019. Nous proposerons des outils aux conseillers d’éleveurs, mais aussi aux enseignants.

>> En savoir plus : La présentation du projet Orgue de l’Institut de l’élevage

>> En savoir plus : Les premiers résultats du projet Orgue de l’Institut de l’élevage