Stress thermique des bovins : « passé un certain point, on ne maîtrise plus rien »
TNC le 25/06/2026 à 05:11
Ventilation, douches, abreuvement renforcé, adaptation des rations… Face à une vague de chaleur exceptionnelle, les éleveurs redoublent d’efforts pour limiter le stress thermique sur leurs troupeaux. Mais malgré ces précautions, les 40°C désemparent bon nombre d'entre-eux.
« La voiture affiche 45°C, il fait sûrement un peu moins chaud à l’ombre, mais peu importe : les vaches ne sont pas bien », regrette Guillaume Métayer, éleveur de vaches laitières en Loire-Atlantique. Sur la ferme, les ventilateurs installés au début du mois ont permis de supporter la production. « Fin mai, les vaches avaient perdu 8 kg de lait lors de la première vague de chaleur. Là, elles n’ont chuté que de 4 kg, et il fait plus chaud ! » Mais même avec des ventilateurs, le troupeau fait peine à voir. « Je suis obligé d’arroser les vaches pour les aider à supporter la chaleur. Hier soir à 19h30, il faisait 39°C dans la stabulation… »
En Loire-Atlantique, « j’ai une vache qui a fait une thrombose à cause de la chaleur »
Sur Rougé, la carte du stress thermique de Web-agri affiche un THI de 91 au plus chaud de la journée. À partir des 90, les experts s’accordent pour parler de situation critique, avec une augmentation du risque de mortalité en bovin. « J’ai une vache qui n’a pas apprécié, et qui a fait une thrombose », confirme l’éleveur. « Elle sortait des caillots de sang par le nez… J’ai fait le choix d’essayer de la traiter, on verra ce que ça donne, mais j’ai bien peur que ce soit compliqué ». Âgée de 11 ans, la vache a eu des jumeaux il y a peu. « Les animaux un peu fragiles payent très cher le coup de chaud ».
À terme, l’éleveur envisage d’investir dans un système de douchage. « Je n’aime pas la brumisation, elle laisse une ambiance moite… Je pense que je vais sauter le pas pour la douche, mais c’est ma dernière marge de manœuvre. Je ne vois pas trop ce que je pourrai faire de plus après… »
Chez Matthieu Corbeau dans l’Orne « je n’avais jamais atteint les 40°C »
Chez Matthieu Corbeau dans l’Orne, le mercure n’avait jamais dépassé les 40°C. Avec les journées du 23 et 24 juin, c’est chose faite. « Toutes les stations météo aux alentours ont battu leur record de chaleur », explique l’éleveur. En projet depuis quelque temps : l’installation de ventilateurs dans la stabulation. La canicule a fini de convaincre l’agriculteur, mais il faudra encore patienter un peu avant la pose.
« L’après-midi, c’est compliqué, je passe une bonne partie de mon temps à arroser les vaches », explique Matthieu, qui profite du surpresseur de la salle de traite pour rafraîchir son bâtiment. « Elles viennent d’elles-mêmes à la douche ». Avec cette chaleur, les pâtures n’ont plus la côte. « Dès 11 heures, elles rentrent à l’ombre du bâtiment », poursuit l’éleveur.
Côté production, Matthieu Corbeau est sûrement l’un des rares à voir son niveau d’étable progresser en ce moment. « Avec le coup de chaud, les pâtures ont grillé. Je suis passé du tout herbe à la complémentation à l’auge. Alors forcément, les vaches se maintiennent… Mais j’aurais dû gagner quelques litres », détaille Matthieu. « J’essaie de compenser avec une ration un peu plus riche pour ne pas trop les faire ruminer… Mais c’est délicat, le but n’est pas des vaches en acidose en plus de la chaleur ».
Problèmes de reproduction, parcelles grillées… L’éleveur redoute les conséquences silencieuses de ces vagues de chaleur à répétition. « En trois semaines, je suis passé de l’excès d’herbe aux parcelles paillasson… Le printemps a été clément et a permis de faire des stocks. Mais j’ai l’impression que ça va être vite mangé ».
Un THI proche des 90 chez Antoine Thibault dans l’Eure
En Normandie, Antoine Thibault (alias Agriskippy sur X) partage son quotidien d’éleveur en surchauffe sur les réseaux. « 21 h, 33°C, encore la moitié des vaches en stress sévère malgré douche et ventilation », constate l’agriculteur de l’Eure. « Elle va faire du mal à l’élevage celle-là ».
Pourtant, les vaches ne sont pas en reste. Ration adaptée, ventilation, abreuvement abondant… Mais de l’aveu de l’éleveur, « passé un certain point, on ne maîtrise plus rien ».
À Cintray, le village d’Antoine, la carte du stress thermique proposée par Web-agri annonce un THI de 87 mercredi 24 juin. Demain, il devrait même approcher les 89.
6ème veau en 5 jours (pour 65 vêlages prévus cette année)
Apparemment ils aiment pas trop rester à 39 40 degrés à l'intérieur de leur mère. pic.twitter.com/R1SkJ4pWPv
— Antoine Thibault (@AgriSkippy) June 23, 2026
De telles chaleurs ne peuvent être sans conséquences sur le troupeau : « 6 veau en 5 jours (pour 65 vêlages prévus cette année) », lance Antoine Thibault, photo de vêlage à l’appui. « Apparamment, ils n’aiment pas trop rester à 39-40°C à l’intérieur de leur mère ».
Dans la Loire, des avortements constatés sur les Aubracs
Sur les élevages allaitants, les conséquences du stress thermique sont plus difficiles à quantifier. Sans la traite, impossible d’avoir des vues sur la performance des animaux au jour le jour. Mais la chaleur n’épargne pas les bêtes à viande. Dans la Loire, Sylvain Planche partage ses déboires sur Facebook. Éleveur d’Aubrac, il a constaté qu’une vache avait avorté en visitant ses parcelles. « Pour la première fois de ma carrière après environ 1 500 vêlages, une de mes vaches a avorté d’une gestation triple ». Malgré des prairies ombragées et un abreuvement conséquent, « ces trois crevettes de 7 mois n’auront pas résisté. […] En temps normal, ce sont déjà des gestations très compliquées, alors avec des 40 degrés à l’ombre depuis quelques jours… ».
Une fraîcheur toute relative dans le Nord
À mesure que l’on monte vers le Nord, les températures baissent. « Nous avons eu seulement 36°C », explique Alexis Jouniaux, presque étonné de considérer 36°C comme une relative fraîcheur au sud de l’Avesnois. Chez lui, la production se maintient. « Les vaches sont comme nous, elles ont chaud, mais avec un système pâturant en monotraite, on subit moins les conséquences des différents aléas ».
Au tank : 1 500 l de lait par jour avec une cinquantaine de Jersiaises. « J’ai des vaches qui ne donnent pas beaucoup de lait… Mais qui sont constantes », sourit l’éleveur.
En ce moment, elles pâturent dans une parcelle ombragée. « On l’appelle Verdun », explique Alexis, en faisant un parallèle avec les champs de bataille. « Elle est escarpée, avec des bosquets, quelques sources… Elle est impossible à travailler en temps normal, mais en cas de canicule, elle se transforme en véritable atout », décrit l’éleveur, accaparé par les tours d’eau. « Je n’ai pas de réseau dans les parcelles, alors en ce moment, je passe mes journées à ramener à boire. Elles boivent presque deux fois plus que d’habitude ».
Mais le tableau n’est pas tout rose. « J’ai des voisins en bâtiment qui ont perdu 5 kg de lait par vache. J’arrive à maintenir mon niveau d’étable parce que je suis dans un système qui en demande peu aux vaches. Dès lors qu’on vise les 40 kg de lait, le moindre caillou dans la chaussure a des conséquences décuplées ».