La Lucilie bouchère : la mouche qui chamboule la filière bovine nord-américaine


TNC le 17/06/2026 à 05:43
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Les engraisseur travaillant directement avec des naisseur mexicain sont en première ligne, et peinent à remplir leurs ateliers. (© AdobeStock/ccestep8 )

Détectée au Mexique en 2024, puis en juin 2026 aux États-Unis, la Lucilie bouchère contraint les échanges de bovins vifs entre les deux pays. À tel point que les ranchs du Texas et du Nouveau-Mexique peinent aujourd’hui à remplir leurs enclos.

Qui eut cru qu’une simple mouche puisse semer la zizanie au pays des cow-boys ? Depuis plus d’un an, la Lucilie bouchère — ou New world screwworm aux États-Unis — complexifie les échanges de bovins vifs entre le Mexique et le sud des États-Unis.

Attirée par les plaies cutanées et les muqueuses, la Lucilie bouchère pond des larves dont le développement se fait aux dépens des tissus vivants de leur hôte.

Détectée au sud du Mexique en novembre 2024, puis en juin 2026 aux États-Unis, elle paralyse les échanges entre les deux pays, et met à mal naisseurs et engraisseurs de part et d’autre de la frontière.

Les échanges de vif à l’arrêt entre les États-Unis et le Mexique

À la détection du premier cas de la maladie au Mexique, les États-Unis ont cherché à préserver leur statut indemne. L’import de bétail vif a été suspendu fin novembre 2024. « Avant la fermeture de la frontière […], les importations américaines de bovins mexicains s’élevaient en moyenne à 1,18 million de têtes par an au cours de la dernière décennie », détaille le Western Livestock Journal. Si une brève reprise des échanges en 2025 a permis le passage d’environ 230 000 têtes, la propagation de la Lucilie bouchère à d’autres régions du Mexique a contraint les Américains à stopper de nouveau les imports quelques mois plus tard.

Les engraisseurs américains en mal de broutards

Alors que le cheptel américain est à son plus bas niveau depuis 75 ans, l’interruption des importations en provenance du Mexique joue le rôle d’amplificateur de crise. « Les ventes de bovins engraissés en avril ont totalisé 1,64 million de têtes, soit 10 % de moins qu’en 2025 », note le dernier rapport de l’USDA.

Les ateliers travaillant avec des animaux d’importation sont en première ligne. Via le média américain Beef Magazine, l’engraisseur Lubbock Feeders, d’une capacité de 50 000 têtes annonce une fermeture inévitable. « Pendant de nombreuses années, les bovins d’engraissement mexicains représentaient 60 à 70 % du cheptel de l’exploitation », explique l’article. Impossible pour les propriétaires de trouver de tels volumes sur le marché intérieur, alors que le cours du maigre s’envole. Dans le nouveau monde, il n’est pas rare de voir des veaux de 250 kg partir à plus de 2 500 $.

Du côté mexicain, le tableau est tout aussi complexe. La filière s’organise pour engraisser les veaux sur place. Dans un rapport de février 2026, l’USDA prévoit une « augmentation de 5 % des abattages en 2026 » pour le Mexique. « Cette hausse marque une correction due à l’accumulation d’animaux retenus pendant la fermeture des frontières en 2025 ».

En 2025, les exportations de bœuf mexicain vers les États-Unis ont déjà progressé de 10 %.

Mais ce type de restructuration demande du temps. En 2025, l’État mexicain estime que la fermeture de la frontière a généré un manque à gagner de 1,8 milliard de dollars pour la filière.

11 foyers actifs aux États-Unis, et environ 2 000 au Mexique

Depuis le 3 juin, la situation se complexifie encore pour les éleveurs américains. La détection d’un premier cas de la maladie sur un troupeau du sud du Texas attise les craintes. Au 15 juin, l’USDA fait état de 12 foyers de la maladie (dont 1 inactif) répartis entre le Texas et le Nouveau-Mexique.

Pour contenir la menace, l’USDA a mis en place des mesures de biosécurité. Une zone de quarantaine est établie dans un rayon de 20 km autour des foyers. Le transport de bétail est désormais interdit sur certains axes routiers des États touchés, et des points de contrôle sont dédiés à l’inspection du bétail.

Au Mexique, les conséquences sont lourdes. Depuis le début de l’épizootie en 2024, le pays a comptabilisé 27 721 foyers, dont environ 2 000 actifs au 9 juin.

L’apparition de la maladie au Texas a des retentissements jusqu’au nord du continent. Après l’annonce du premier cas de la maladie, le Canada a pris le parti de suspendre les importations d’animaux vivant en provenance des États touchés. Dans les faits, peu de bovins transitent entre le Texas ou le Nouveau-Mexique vers le Canada. Mais cette décision fait office de verrou sanitaire, et aura davantage de conséquences si la maladie est amenée à se développer au nord du pays.

Dans une prospective réalisée en 2024, l’USDA estimait qu’une « épidémie de NWS d’une ampleur comparable à celle de 1976 pourrait coûter aux producteurs texans 732 millions de dollars par an et à l’économie du Texas une perte de 1,8 milliard de dollars ».

Des lâchers d’insectes stériles

Pour venir à bout de la maladie, les deux pays affichent une stratégie conjointe autour du déploiement d’insectes stériles. En 2025, l’USDA cofinançait des travaux sur une unité de production de mouche stériles par irradiation au Mexique. L’objectif étant de lâcher des insectes rendus stériles afin que les femelles sauvages ne donnent pas de descendance. Une unité de production d’insectes stériles est également en construction au Texas. Mais cette dernière ne sera opérationnelle qu’en 2027.

Cette stratégie a fait ses preuves par le passé. C’est elle qui a permis aux États-Unis et au Mexique d’éradiquer la maladie au siècle dernier.