Les fortes chaleurs actuelles auront un impact durable sur les troupeaux
TNC le 28/05/2026 à 17:13
Au-delà des conséquences immédiates sur les troupeaux bovins, les températures très élevées enregistrées actuellement en France impacteront aussi les élevages sur le long terme, explique David Renaudeau de l’Inrae.
Depuis le jeudi 21 mai, la France connaît un « épisode de chaleur inédit, historique, exceptionnel pour un mois de mai », relate Météo France dans son dernier communiqué de presse. Et cela devait se poursuivre jusqu’au week-end.
L’ouest de la France est particulièrement touché par cet épisode, et les exploitations bovines présentes dans ces régions avec.
C’est la première grosse chaleur de l’année, et c’est « généralement la plus sévère pour les animaux car ils n’y sont pas encore habitués, ils s’adaptent mieux aux suivantes », indique David Renaudeau, zootechnicien et directeur de recherche à l’Inrae Bretagne-Normandie, lors d’un webinaire sur le sujet le 27 mai. Les nuits sont également très chaudes ce qui ne permet pas aux animaux de récupérer correctement.
La précocité de cet épisode engendre « une relative impréparation des éleveurs qui n’ont pas eu le temps de vérifier leur système de distribution d’eau ou de modifier l’alimentation du troupeau », poursuit-il.
« On connaît déjà les impacts qu’une telle vague de chaleur peut avoir sur un troupeau bovin et notamment une baisse de production. Elle peut atteindre jusqu’à – 5 % en lait et cela perdure une fois l’épisode terminé », ajoute le chercheur.
Il note aussi une variation dans la qualité des produits : le lait peut perdre en protéines et augmenter en cellules. Outre l’impact sur la paye de l’éleveur, cela complique sa transformation.
Autre conséquence : une surmortalité des animaux. Il faudra attendre un peu avant de dresser un bilan. Mais, « lors des fortes chaleurs de 2003 ou 2006, on a enregistré jusqu’à + 10 % de mortalité chez les vaches laitières et + 25 % pour les vaches allaitantes ! », rappelle David Renaudeau. « La surmortalité est aussi plus importante chez les vaches laitières en début de production quand elles sont au pic de lactation ».
Par ces fortes chaleurs, les avortements ne sont pas rares, le tour des bêtes approfondi quotidien est nécessaire (vs 3x/semaine en général).
Il y a pire comme moments dans mon métier 🙂 pic.twitter.com/wheHtKu7FF
— Antoine Thibault (@AgriSkippy) May 26, 2026
Des conséquences sur le fœtus
Les conséquences de la chaleur sur les animaux gestants et sur le fœtus sont moins connues mais bien présentes, elles ne seront mesurables que dans quelques mois « Une génisse qui va naître d’une gestation qui se termine actuellement pourra avoir des problèmes de reproduction et aussi une production laitière moindre à l’âge adulte. Il est possible aussi que ces difficultés se transmettent aux générations suivantes. Cela a été appréhendé par des mesures génomiques très fines, même s’il est encore difficile d’évaluer les effets à trois ou quatre ans », reconnaît le chercheur.
À court terme, plusieurs adaptations peuvent être mises en place par les éleveurs pour faire face aux fortes chaleurs rappelle David Renaudeau comme une réduction de la densité en bâtiment quand cela est possible, un bon réglage de la ventilation, une distribution des aliments en dehors des heures les plus chaudes et une distribution de l’eau adaptée. « On peut aussi supplémenter l’eau avec des additifs : ce matin, des vétérinaires m’ont dit qu’ils avaient vendu leur stock de 2 mois d’additifs pour l’eau en l’espace de 2 jours ! »
Certaines vaches sont plus sensibles que d'autres au stress thermique, ici Tartine est clairement au niveau sévère (malgré ventilos à fond, ration adaptée..)
Nous devons donc le prévoir de mai à septembre
5 mois sur 12 en Normandie pic.twitter.com/5U6QgynsTC
— Antoine Thibault (@AgriSkippy) May 25, 2026