La majorité des aires marines protégées ne protègent pas de la pêche
AFP le 15/10/2026 à 08:15
Principale activité humaine affectant la biodiversité marine, la pêche ne diminue pas - et augmente même - dans la majorité des aires marines protégées (AMP), selon une étude scientifique publiée mercredi, portant sur 861 AMP dans le monde.
« On ne pensait pas observer des résultats aussi marquants », a confié à l’AFP Joachim Claudet, chercheur spécialisé en socio-écologie marine au CNRS, coauteur de l’étude parue dans Science Advances. Le nombre d’AMP a fortement augmenté ces dernières années en lien avec l’objectif de protéger 30 % des océans en 2030, scellé en 2022 par 196 pays dans le monde. Au dernier décompte, on recensait 17 227 AMP, couvrant 9,82 % des océans, selon le site Protected Planet.
Mais « on a remarqué que la plupart d’entre elles ont des niveaux de protection extrêmement bas et que la pêche industrielle s’y pratique toujours », a expliqué M. Claudet.
Pour mesurer l’effet de ces AMP sur l’effort de pêche en leur sein, les scientifiques ont comparé les données de suivi des navires de pêche de l’organisation Global Fishing Watch avec la cartographie des AMP, sur une période allant de 2012 à 2024.
« A part dans les quelques zones qui sont sous protection intégrale – la plus élevée, où il n’y a pas de pêche autorisée -, on voit la pression de pêche augmenter à l’intérieur de la majorité des aires marines protégées, lorsqu’on la compare avec ce qui se passait avant leur mise en place », résume M. Claudet. Ainsi, 58 % des AMP ont connu une augmentation de l’effort de pêche depuis leur mise en place, tandis que 40 % ont vu cet effort diminuer, 2 % des AMP n’enregistrant pas de changement.
L’étude souligne en outre que les aires marines sous protection intégrale, qui ont connu une baisse de l’intensité de pêche, ont été installées dans les zones où la pêche industrielle était déjà très faible.
« Au niveau international, les aires marines protégées qui régulent la pêche tendent à éviter les zones où il y a de la pêche », pointe M. Claudet.
Alors que le sommet sur la biodiversité (COP17) se tient en Arménie du 19 au 30 octobre, le chercheur s’interroge sur la pertinence de prendre comme seul indicateur le taux de couverture des océans en aire marine protégée. « Cela nous donne peu d’indications sur la contribution que peuvent avoir ces aires marines protégées à la conservation de la biodiversité », remarque-t-il.