Le cours du blé européen soutenu par des appels d’offres et les tensions en mer Noire
AFP le 14/10/2026 à 17:15
De gros appels d'offres pour des achats et les tensions en mer Noire ont soutenu les cours du blé sur le marché européen cette semaine, tandis que le rapport mensuel du ministère américain de l'agriculture, avec des rendements revus à la hausse, ont pesé sur les cours du grain jaune à Chicago.
Maxence Devillers, analyste chez Agritel, observe « un retour de la demande africaine » de blé européen : « le Maroc va continuer à acheter, on a des rumeurs sur l’Egypte, et l’Algérie a lancé un appel d’offres » pour quelque 600 000 tonnes, détaille-t-il auprès de l’AFP.
L’Algérie n’achète pas de blé français, en raison des brouilles diplomatiques entre les deux pays, et se fournira sans doute auprès de la Pologne, l’Allemagne, la Roumanie ou la Bulgarie (et d’autres pays en dehors de l’Europe). Mais « ces blés-là ne pourront donc pas aller ailleurs et le blé français prendra la relève sur d’autres destinations », explique encore l’analyste.
De nouvelles frappes se sont produites en mer Noire, par où passaient les navires russes et ukrainiens avec leurs cargaisons de céréales dédiées à l’exportation. Dans la nuit de lundi à mardi, deux navires ont été atteints, près des côtes de Bulgarie, dont un a coulé, avec onze marins portés disparus.
Depuis l’intensification des attaques en mer Noire cet été, les céréales ukrainiennes sont exportées principalement via le port roumain de Constanta tandis que les exportations russes, surtout destinées à l’Afrique (du Nord et sub-saharienne), passent encore un peu par la mer Noire, par la mer Caspienne pour aller en Iran et par voie terrestre vers les pays d’Asie centrale.
Choc sur le marché de Chicago
Ces deux pays, en guerre depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, représentaient habituellement un quart des exportations mondiales de blé. Mais cette année, les deux pays « affichent un rythme d’exportation inférieur de plus de 50 % à celui de l’an dernier », selon Jack Scoville, de The Price Futures Group.
Le blé échéance décembre s’échangeait à 247 euros la tonne mercredi sur le marché européen Euronext, contre 247,75 euros sept jours auparavant. Le cours de la céréale du pain, sur le marché de Chicago, a lui reculé, à 6,68 dollars le boisseau (27 kg) mardi soir, contre 7,04 USD une semaine auparavant, dans le sillage du maïs.
Les tensions en mer Noire « auraient dû rediriger une partie de la demande vers les États-Unis, mais cela ne s’est pas produit », indique Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors. « Au contraire, le rapport Wasde (rapport mensuel du ministère américain de l’Agriculture publié le 9 octobre) a même abaissé sa prévision d’exportations de blé américain, tout en relevant celles de l’Argentine et du Canada ».
Ce rapport, qui estime stocks, productions et exportations des principales matières premières agricoles dans le monde, est très suivi par les marchés. Ses estimations sur les rendements de maïs américain, revues en nette hausse alors que les analystes s’attendaient à une baisse, a provoqué un choc sur le marché de Chicago : le cours du grain jaune a décroché dans la foulée (- 6 % vendredi).
Le cours se stabilisait en début de semaine : le boisseau de maïs (25 kg) s’échangeait à 4,82 USD mardi soir, contre 5,08 USD sept jours auparavant (- 5,40 %).
Récolte divisée par deux
Ces estimations ont peu affecté les cours du grain jaune en Europe où c’est la faiblesse de la récolte, et de la France notamment, qui influe sur les cours.
Le ministère français de l’agriculture a ainsi de nouveau abaissé mardi ses estimations de production pour la récolte 2026 – presque terminée – en net repli à cause de la sécheresse et d’une baisse des surfaces cultivées. Le ministère s’attend désormais à une production quasiment divisée par deux par rapport à l’an dernier, à 7,3 millions de tonnes.
Sur Euronext, la tonne de maïs échéance novembre valait 304,50 euros mercredi, un plus haut sur le contrat novembre 2026, contre 272,25 euros le mercredi précédent (hausse de presque 12 %). Toujours sur Euronext, le colza était stable, à 559,75 euros la tonne pour l’échéance février, contre 559 euros la semaine dernière, un niveau toujours soutenu (il était autour de 440 euros début janvier).
Le soja valait lui 12,82 USD le boisseau (27 kg) mardi soir, contre 13,04 USD il y a une semaine.