« Bigard doit revoir sa copie » : des éleveurs manifestent contre la chute des cours de la viande
AFP le 28/07/2026 à 17:14
Un « coup de semonce » pour le groupe Bigard : des éleveurs de bovins ont manifesté mardi contre la chute des cours de la viande devant plusieurs établissements du géant français des abattoirs, accusé d'abus de position dominante.
À La-Roche-sur-Yon, en Vendée, une bâche noire barre la grille de l’abattoir Socopa, propriété du groupe : « Bigard ne tarie pas ta source, le juste prix pour les éleveurs ».
Au total, une quinzaine d’abattoirs ont fait l’objet de blocages mardi à travers la France, notamment dans la Sarthe, en Moselle, en Mayenne, dans l’Oise, dans le Finistère ou encore dans le Tarn, selon la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, à l’origine du mouvement.
[#Syndical] 📉🐂😡 Les @EleveursBovins sont mobilisés aujourd’hui devant les sites de #Bigard@Charal, à l’appel de la #FNB, @FNSEA et @JeunesAgri. Comme ici à #Cholet en #MaineetLoire, où la délégation s’étoffe au fur et à mesure des heures, en présence déjà des #mayennais. 🟩🟥 pic.twitter.com/kQW4SlEddF
— FDSEA53 (@fdsea53) July 28, 2026
Adossé à un tracteur garé près de l’abattoir vendéen, Maxime Sionneau, éleveur à Sainte-Florence, dénonce une « chute de prix incomprise et injustifiée ».
« D’autant qu’à côté de cela, on rencontre d’autres problématiques: la sécheresse, la hausse des charges sur l’engrais, sur le gazole non routier. La situation n’est pas tenable », souffle-t-il.
Pour Jordy Bouancheau, vice-président des Jeunes Agriculteurs, la filière arrive au « seuil critique », avec des prix « à la veille de passer sous les coûts de production ».
📢 Mobilisation nationale Jeunes Agriculteurs / @FNSEA / @EleveursBovins devant les abattoirs Bigard !
🎥 Depuis La Roche-sur-Yon, notre vice-président national @JordyBouancheau a rappelé nos deux revendications fondamentales face à l’attitude inacceptable du leader français… pic.twitter.com/qGQsZCxMHJ
— Jeunes Agriculteurs (@JeunesAgri) July 28, 2026
À ses côtés, le président de la FDSEA, Brice Guyau, appelle le leader français de la viande à mettre fin à sa « stratégie de baisse de prix » : « Bigard doit revoir sa copie ».
Des baisses « très violentes »
Le président de la Fédération nationale bovine, Patrick Bénézit, relève auprès de l’AFP des baisses de prix « très violentes » ces derniers mois, avec « des dépréciations » qui peuvent atteindre 600 euros par tête, soit jusqu’à 25 % du prix de l’animal.
La contestation des éleveurs « ne s’adresse pas qu’au groupe Bigard », souligne-t-il. « Nous le ciblons effectivement parce que c’est le leader du marché. Mais le message s’applique à tous les opérateurs (…) Car [le prix de] nos animaux baisse, par contre le [prix du] steak dans l’assiette du consommateur, il ne baissera pas ».
🚜 Les éleveurs de viande bovine en colère se mobilisent partout en France face à la baisse injustifiée des cours.
Aujourd’hui, le réseau FNSEA, la @FNB et @JeunesAgri sont mobilisés devant plusieurs sites du groupe Bigard dans l’Ouest, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté,… pic.twitter.com/GdFkVdwa6y— La FNSEA (@FNSEA) July 28, 2026
Sollicité par l’AFP, le groupe Bigard n’a pas répondu dans l’immédiat. Le leader du secteur, qui commercialise sa viande sous trois marques phare, Bigard, Charal et Socopa, détient en France 30 abattoirs.
Selon une récente enquête du Monde et de Lighthouse Reports, le rachat par Bigard de ses concurrents ces 25 dernières années a « créé ou renforcé » une position dominante pour un élevage sur cinq.
« Durabilité des cheptels »
Selon les éleveurs, les abatteurs justifient la baisse des cours de la viande par une baisse de la consommation, couplée à des stocks existants et des importations importantes et compétitives.
« Entre janvier et mai, la consommation est à moins 0,6 % seulement, un léger retrait, mais qui n’est absolument pas catastrophique. Pour les importations, les chiffre des douanes disponibles jusqu’à fin mai font état d’un recul de 1% », relativise Patrick Bénézit.
La consommation de viande bovine n’a cessé de baisser ces dernières années alors que la consommation globale de viande augmente légèrement grâce au poulet et au porc, moins chers et plus adaptés aux nouvelles habitudes de consommation.
Pendant des années, les éleveurs bovins ont figuré parmi les plus faibles revenus du monde agricole.
Mais les prix ont été soutenus l’an dernier par la raréfaction de la viande bovine française, conséquence de la baisse du cheptel, dans un contexte de départs d’éleveurs à la retraite non remplacés et d’aléas sanitaires.
Cela a permis aux éleveurs de compenser, pour certains pour la première fois depuis des années, leurs coûts de production. Ils craignent désormais de repasser dans le rouge.
Éleveuse à Grosbreuil, à une trentaine de kilomètres de La-Roche-sur-Yon, Anita Prouteau est venue à l’abattoir Socopa vêtue d’un T-shirt blanc marqué « Fiers de vous nourrir ». « Je me bats parce que je suis contente de nourrir les Vendéens, les Français. Le maintien des prix est nécessaire pour la durabilité des cheptels », affirme-t-elle.
La mobilisation du jour représente un « coup de semonce » avant une pause estivale, mais Jordy Bouancheau l’assure : « Si les mêmes désaccords persistent en septembre, on reviendra ».