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Dossier : Crise sanitaire

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Hospices de Beaune

Une vente miraculée sur fond de Covid-19


AFP le 11/12/2020 à 11:13

Miraculée du confinement, la vente des Hospices de Beaune se tient dimanche après de multiples soubresauts mais avec une pertinence renouvelée, le Covid-19 venant réaffirmer la raison d'être caritative de ces plus anciennes enchères vinicoles.

Autorisées début novembre, suspendues dix jours plus tard, à nouveau autorisées quelques heures après, reportées sine die la veille de la date prévue (le 15 novembre) et finalement reprogrammées pour ce dimanche… Après de multiples rebondissements, les enchères de Beaune ont été sauvées in extremis grâce à l’assouplissement du confinement. Mais elles devront se tenir avec une jauge très limitée : 170 acheteurs seront présents physiquement, contre 600 environ en temps normal.

À Beaune (Côte d’Or), on pousse un « ouf » de soulagement tant une annulation de la vente, consacrée depuis 1859 au financement hospitalier, aurait été vécue comme un cataclysme dans la capitale des vins de Bourgogne. Seules les récoltes faméliques dues à la météo capricieuse (en 1956 et 1968) et les deux guerres mondiales ont jusqu’à présent fait annuler les enchères. « La pire des choses aurait été de ne pas les organiser », s’est félicité le maire LR de Beaune, Alain Suguenot. Pas tant parce que la vente est la vitrine mondiale des vins de Bourgogne mais plutôt parce qu’il s’agit « en tout premier lieu d’assurer les ressources permettant de pérenniser les investissements nécessaires à l’hôpital. »

Outre leurs quelque 60 hectares de vignes, les Hospices civils de Beaune sont en effet avant tout, et depuis leur création au XVe siècle, un centre de soins avec un hôpital de près de 1 000 lits. S’y ajoute un établissement pour personnes âgées dépendantes de 180 lits et deux maisons de retraite de 120 lits au total. C’est à leur financement que vont les bénéfices de la vente, et en particulier aux rénovations en cours, réalisées sans aide de l’État.

Des acheteurs « frileux »

La crise sanitaire accentue ainsi la raison d’être philanthropique des enchères, organisées dans le but de tirer un revenu des vignes léguées aux Hospices pour qu’elles puissent poursuivre leur oeuvre caritative : l’institution a été créée en 1443 pour venir en aide aux « pauvres malades ». De plus, lors de chaque vente, une pièce de charité (un fût de 228 litres soit 288 bouteilles) est adjugée au profit d’une oeuvre caritative différente des Hospices. Cette année, les bénéficiaires en seront les personnels soignants en difficulté en raison du Covid-19 (malades ou proches de défunts par exemple).

Ces fûts se sont ces dernières années vendus plus de 200 000 euros chaque, avec un record à 480 000 euros en 2015. « Le contexte sanitaire donne à cette vente une portée symbolique sans précédent », soulignait François Poher, directeur des Hospices civils de Beaune lors d’une récente visioconférence diffusée depuis la « Grande Salle des Pôvres » de l’Hôtel-Dieu, aux lits médiévaux à rideaux rouge vin immortalisés par le film « La Grande Vadrouille ». « À notre tour d’être là pour les soignants », a quant à lui souligné le chanteur Marc Lavoine dans un communiqué. Désigné parrain de la 160e vente, il sera seulement présent via un lien vidéo.

Reste cependant à savoir si la limitation du nombre d’acheteurs, et les atermoiements quant à sa tenue, ne doucheront pas l’envie d’enchérir. Seuls des professionnels triés sur le volet pourront être présents. Les autres, dont les particuliers, devront se connecter par téléphone ou internet. « Il y aura un impact pour les clients particuliers qui aiment vivre la vente et qui pouvaient se laisser porter par l’ambiance pour acheter », reconnaît auprès de l’AFP Albéric Bichot, patron de la Maison Bichot, premier acheteur de la vente des Hospices. À cela s’ajoutera la crise économique : « on sent une certaine frilosité de la part des acheteurs professionnels, français ou étrangers. Les gens mettent un budget moins élevé et certains vont passer leur tour », admet-il.

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