sommaire

Sommaire du dossier

Dossier : Crise sanitaire et reconfinement

précédent

24/30

articles

suivant

« Si Noël n'est pas une fête... »

Les volaillers anticipent des réveillons miniatures


AFP le 06/11/2020 à 09:05

Proposer des portions de foie gras plus petites ou vanter les mérites de la pintade, « idéale pour quatre personnes ». Les producteurs se préparent à un scénario redouté : celui de voir l'épidémie de Covid-19 empêcher la réunion de grandes tablées garnies de volailles dodues.

À sept semaines de Noël, l’ambiance n’est pas à la fête. D’autant que l’État vient de relever, dans 46 départements, le niveau de risque lié à l’influenza aviaire, une maladie très contagieuse qui menace d’atteindre les élevages français, après la détection de foyers aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume-Uni. Pour s’en prémunir, les producteurs doivent notamment enfermer les volailles qui évoluent habituellement à l’air libre. « On ne voudrait pas avoir à gérer une crise sanitaire (dans les élevages) en plus des conséquences du confinement » décrété contre le coronavirus, souffle Marie-Pierre Pé, directrice du Cifog, l’interprofession du foie gras, magret et confit.

Lire aussi : Grippe aviaire : 45 départements placés en risque « élevé »

Particulièrement pénalisée par les fermetures de restaurants, cette filière estimait en octobre que la pandémie lui avait déjà fait perdre 50 millions d’euros. Pour espérer sauver les meubles, les fêtes de fin d’année sont attendues avec encore plus de fébrilité que d’ordinaire. Dans les supermarchés et commerces de bouche, 75% des volumes de foie gras sont écoulés aux mois de novembre et décembre.

Les professionnels s’attendent déjà à ce que les conditions sanitaires ne permettent pas de se réunir en nombre : « Nous avons adapté les conditionnements » avec « des mini-formats pour des mini-tablées et des mini-budgets », dit Marie-Pierre Pé.

Les autres volaillers font aussi le dos rond. Dans le sud du Maine-et-Loire, Dominique Grasset s’est lancé pour la première année dans l’élevage de 2 500 chapons bio. Ces volailles « haut de gamme », élevées pendant 120 jours, seront abattues une semaine avant Noël et vendues « 45 ou 50 euros » pièce. À condition que ces classiques des réveillons, qui permettent de contenter huit convives, trouvent preneurs. « Nous craignons très fortement que nos volailles festives ne se vendent pas. Si Noël n’est pas une fête, ça va être compliqué pour nous », résume l’éleveur de poulets, aussi président de Galliance, filière spécialisée du groupe coopératif Terrena.

Voir : Réveillons confinés ? Les produits de fêtes sur le pied de guerre

« Disparaître »

Faute de demande, l’interprofession Anvol estimait en octobre à 12 000 tonnes les stocks de canards à rôtir (distincts des canards destinés à la production de foie gras). Les abattages ont pourtant reculé de 18,6 % sur les huit premiers mois de l’année, d’après une note de conjoncture de l’organisme FranceAgriMer. Dans cette filière, comme dans celles des pintades, cailles et pigeons, « les éleveurs ont perdu de 25 à 30 % de leur chiffre d’affaires et certains vivent sous la menace de devoir abandonner leur activité », selon l’Anvol. Les producteurs de pintades tentent une contre-offensive.

« Quels que soient le contexte et les mesures annoncées, la pintade s’adapte à toutes les situations et toutes les tailles de tablées grâce à son petit format », « idéal pour quatre personnes », fait valoir dans un dossier de presse le Comité interprofessionnel de la pintade (CIP). Le ton est moins enjoué au moment de rappeler que « plus de 17 % de la production est mise sur le marché en décembre, soit deux fois plus qu’en juillet et août ».

« Alors que la situation est loin de s’améliorer et que les restrictions dans les restaurants en France et en Europe continuent, c’est toute la filière des pintades qui pourrait disparaître », met en garde le CIP, qui dénombre 926 éleveurs de pintade en France, une activité généralement menée en complément de l’élevage de poulet, mieux portant. Les professionnels en appellent aussi à une forme de patriotisme gastronomique, pour préserver les élevages du marasme. Christiane Lambert, la présidente du premier syndicat agricole FNSEA, a indiqué à l’AFP vouloir demander aux cantines scolaires et d’entreprise, qui ont pu rester ouvertes, d’« acheter des canards français, des pintades françaises au lieu d’aller acheter des poulets étrangers ».

Les articles du dossier