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Dossier : Crise sanitaire

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Covid-19 et reconfinement

La filière du petit gibier a du plomb dans l'aile


AFP le 11/12/2020 à 16:29
(©Pixabay)

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« C'est comme dire à un glacier qu'il ne peut pas vendre en juillet-août » : après un mois de novembre sans chasse, les éleveurs de petit gibier de chasse craignent de ne pas se relever du Covid-19 malgré les annonces de Jean Castex.

« Novembre, c’est notre mois le plus fort. La grosse saison va du 15 octobre au 15 décembre. On fait environ 80 % de notre chiffre d’affaires », attaque Christophe Bertin, le président de la section Sologne du Syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC).

Interdite au début du reconfinement le 29 octobre, la chasse a ensuite été autorisée à partir du 28 novembre. Sans pour autant que cela change franchement la donne, selon l’éleveur situé à Chauvigny-du-Perche (Loir-et-Cher).

« En Sologne, il y a des propriétés privées et des gens qui n’habitent pas sur place. La limite de 20 km et trois heures empêche de chasser. La clientèle parisienne ne peut pas venir », explique-t-il. Les sociétés de chasse n’achètent donc pas de gibier. Depuis deux semaines, les éleveurs vendent un peu, mais entre 10 % et 25 % du volume habituel d’une semaine d’automne. Pas de quoi rattraper le manque à gagner.

« Et en plus, il y a la grippe aviaire », déplore ce spécialiste de la perdrix. « Et notre filière était déjà impactée par le Brexit, car on vendait pas mal en Angleterre. On est reconnu pour nos conditions sanitaires et notre qualité. » À Sully-sur-Loire (Loiret), Stéphane Puisset est l’un des 450 éleveurs français menacés (10 000 emplois directs et indirects selon le SNPGC). Lui non plus ne sait que faire de ses 68 000 oiseaux.

À cette époque-là, les volières longues de plusieurs centaines de mètres pour laisser les animaux s’entraîner au vol devraient abriter deux fois moins de faisans.

« On aurait dû vendre 30 000 oiseaux à neuf euros en moyenne et notre chiffre d’affaires c’est presque zéro », regrette le cynégéticulteur qui emploie onze salariés.

Pas de sapins de Noël en mars

« On ne sait pas ce que l’on va en faire. D’ici un mois, avec la maturité sexuelle, ils vont commencer à se battre… », explique-t-il.

Le regard noir, l’éleveur parle de « désespoir », sans solution. Pas moyen de vendre ses bêtes en boucherie, insiste-t-il. « Ce sont des oiseaux de chasse, (…) des souches légères. Ce n’est pas ce que les volaillers recherchent. » « Il n’y a pas d’autre marché car celui de la boucherie est déjà saturé », abonde Christophe Bertin. « Et avec la fermeture des restaurants, la filière gastronomique cailles et pigeonneaux n’existe plus. » Selon le SNPGC, il y a actuellement 4,5 millions d’oiseaux coincés dans des volières françaises. Il ne devrait plus rester que 600 000 bêtes dans les élevages.

« Le froid et l’humidité s’installent », détaille Thomas Delépine, éleveur à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher). « Les volières devraient être vides. Les oiseaux sont concentrés, ils ne vont pas bien se porter. » « Un oiseau coûte un euro par mois de nourriture et on a zéro rentrée d’argent. Les marchands d’alimentation nous vendent à crédit, mais quand cela atteint certaines sommes, ils serrent la vis et nous on n’a pas les sous », s’inquiète celui à qui il en reste 22 000 sur les bras.

Les annonces de Jean Castex jeudi n’ont pas rassuré les éleveurs. Le Premier ministre a autorisé les loisirs en plein air à partir du 15 décembre, mais la chasse, elle, ferme généralement, selon les espèces, durant le mois de janvier.

« On va bénéficier à partir du 15 décembre du même dispositif que les autres activités comme l’équitation ou la voile », apprécie Jean-Christophe Chastang, président du SNPGC. « Cela va dans la bonne direction mais on ne va pas rattraper. On ne vend pas des sapins de Noël au mois de mars. » Reste désormais à prolonger l’ouverture de la chasse jusqu’en février, selon la filière. Histoire d’éviter « la catastrophe ».

Cette prolongation exceptionnelle a d’ailleurs déjà été actée par les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais. C’est la seule solution selon les éleveurs qui n’imaginent pas d’alternative et scrutent le ciel.

Ils redoutent maintenant la neige, l’ennemi qui fait s’effondrer les volières et interdit la chasse.

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