Reportage

Un cultivateur de chanvre « bien-être » attend la reconnaissance de son activité


AFP le 08/09/2019 à 10:50

Au milieu de son exploitation en Vaucluse, Yohan Paulvé couve du regard ses plants de chanvre, destinés à des produits « bien-être » : entre le « flou juridique » actuel et l'espoir de voir bientôt autorisé en France le cannabis thérapeutique, le cultivateur mise sur la reconnaissance de son activité.

Les fleurs ressemblent à s’y méprendre à celles du cannabis, son cousin, mais qu’on ne s’y trompe pas, selon l’agriculteur, celles-ci « n’ont aucun effet psychotrope ».

Yohan Paulvé vend principalement des produits estampillés « bien-être » à base de cannabidiol (CBD), des huiles essentielles aux propriétés relaxantes. Le marché fleurit actuellement sur internet : « Il y a quelques années, on vendait surtout à des connaisseurs mais depuis deux ans, ça s’est vraiment diversifié et la demande ne cesse d’augmenter », assure le chanvrier dont l’exploitation fait environ 5 hectares.

Dans une région où la plante est cultivée de longue date, comme en témoigne la Canebière marseillaise – une référence au cannabis dont étaient faits les cordages dans la marine -, Yohan Paulvé lutte pourtant contre des courants contraires : « J’ai eu deux procès dans l’année. Il y en a certainement un troisième qui arrive ».

La faute à un secteur encore dans le « flou juridique », loin de celui du chanvre industriel destiné par exemple à l’agroalimentaire, les cosmétiques ou la construction, explique le cultivateur : « Nos huiles essentielles, ce n’est ni autorisé d’en faire, ni interdit ».

Dans la législation actuelle, certaines variétés de chanvre ne peuvent être produites et commercialisées que sous trois conditions cumulatives : produire à partir des graines certifiées par l’UE, utiliser seulement les graines et les fibres de la plante, et non les fleurs, et avoir une teneur inférieure à 0,2 % en THC, la molécule qui provoque les effets psychotropes du cannabis. « La présence de THC dans les produits finis, quel que soit son taux, est interdite », rappelle la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les pratiques addictives, une loi « inapplicable » pour Yohan Paulvé qui estime qu’il y a des résidus de THC dans tous les produits à base de chanvre.

« Pas encore légal »

Pour « défendre la mise en place d’un cadre légal et économique clair permettant un accès sécurisé des consommateurs et des patients », les producteurs, transformateurs, et distributeurs des secteurs du chanvre bien-être et du cannabis thérapeutique, dont Yohan Paulvé, se sont organisés et ont créé en juin 2018 le Syndicat professionnel du chanvre. L’agriculteur de 40 ans espère une avancée rapide en la matière.

Le 11 juillet, une mission d’information sur les usages du cannabis, portée par le député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau, a été créée pour éclaircir la législation autour du « chanvre bien-être ». Le producteur provençal se félicite également du feu vert donné en juillet par l’Agence du médicament (ANSM) à l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France. Il y voit « la continuité de la reconnaissance de (son) activité » et veut se « positionner dès que possible auprès de l’ANSM pour cultiver du cannabis thérapeutique », c’est-à-dire une production avec plus de 0,2 % en THC. Mais la législation française n’en est pas encore là.

« Pour l’instant le cannabis thérapeutique n’est pas encore légal », rappelle Stéphane Honoré, président de la société française de pharmacie clinique. « Il va y avoir une étape de réflexion sur les producteurs de chanvre, pour savoir si on doit l’importer de l’étranger (Israël, Canada, Pays Bas) ou s’il y a une filière française qui se crée », poursuit le pharmacologue. « Si c’est le cas, les chanvriers français vont devoir créer des petites industries pharmaceutiques pour proposer des matières premières en respectant les bonnes pratiques en termes de médicaments. Cela nécessite des investissements en termes de locaux et d’infrastructures pour qu’à la fin, il y ait une qualité pharmaceutique », explique-t-il.

Après le feu vert de l’ANSM s’ouvre ainsi une période de mise en œuvre pratique avant l’inclusion des premiers patients qui devrait intervenir début 2020. Il faudra notamment modifier au préalable le code de la santé publique qui réglemente la possession et la commercialisation de substances stupéfiantes.