Betteraves sucrières bio

Repiquage ou semis en carré pour faciliter la gestion des adventices ?


TNC le 18/03/2020 à 08:08
Comme le rappelle l'ITB, la betterave est une culture exigeante, qui ne supporte pas la concurrence. La gestion des adventices est donc un problème majeur dans la conduite de cette culture, et de surcroît en agriculture biologique. (©ITB)

Comme le rappelle l'ITB, la betterave est une culture exigeante, qui ne supporte pas la concurrence. La gestion des adventices est donc un problème majeur dans la conduite de cette culture, et de surcroît en agriculture biologique. (©ITB)

La gestion des adventices constitue la principale difficulté rencontrée par les producteurs dans la conduite des betteraves sucrières en agriculture biologique. Dans ce contexte, l'ITB travaille à la recherche de différents leviers, notamment au moment de l'implantation. Parmi les techniques testées : le repiquage et le semis en carré.

Pour accompagner les planteurs de betteraves sucrières en agriculture biologique, de plus en plus nombreux, l’Institut technique de la betterave (ITB) cherche à « limiter les coûts en évitant au maximum d’avoir recours au désherbage manuel, et à garantir une récolte (avec dans l’idéal, un niveau de production correct) ». D’après les travaux d’expérimentation menés, le semis en carré et le repiquage montrent des avantages notables. Faisons un rapide zoom sur ces deux techniques !

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Le semis en carré, une technique prometteuse

Avec un semis à 45 x 45 cm ou 45 x 30 cm réalisé avec le semoir Geoseed 2 de Kverneland, il est possible de passer la bineuse dans les deux directions et donc d’éliminer mécaniquement les adventices entre les pieds de betteraves sur la ligne de semis. « On arrive à environ 85-90 % de la surface travaillée », souligne Ghislain Malatesta, responsable du département « expérimentation et expertises régionales » à l’ITB. Il ne reste alors qu’à gérer manuellement les adventices situées aux pieds des betteraves ou dans les espaces laissés par des betteraves détruites.

Selon l’expert, cette technique du semis de betteraves en carré (ou en rectangle) dispose du « meilleur rapport qualité/prix, car elle permet de limiter drastiquement les passages de désherbage manuel ». À noter cependant :

  • « Il faut attendre le stade 2 feuilles pour démarrer les interventions de désherbage mécanique (environ 1 mois après le semis) »
  • « Il est nécessaire d’être équipé d’une bineuse ». Ghislain Malatesta rappelle toutefois que ce n’est pas un investissement en vain, et qu’il peut être utilisé pour d’autres cultures de la rotation.

À ce jour, la plus grande difficulté de cette technique reste le réglage du semoir. Il est très important « pour que les graines soient placées au bon endroit et que les plantes soient ensuite bien alignées ». Mais l’ITB travaille en lien avec le constructeur Kverneland pour avancer sur le sujet.

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Le repiquage, intéressant mais coûteux

Concernant le repiquage, l’idée est de « passer les premières phases de développement des betteraves sucrières sous serre et ainsi d’éviter la pression précoce des adventices, et par la même occasion celle des ravageurs souterrains. De plus, les betteraves étant implantées au stade 4-6 feuilles, « le premier passage de herse étrille, par exemple, est possible dix jours seulement après l’implantation », ajoute Ghislain Malatesta.

Dans les trois essais conduits par l’ITB en 2019, la maîtrise du désherbage a été satisfaisante avec le repiquage, « avec un recours au désherbage manuel inférieur à 15 h/ha ». Cette technique se montre donc intéressante afin de maintenir un potentiel de production élevé malgré un semis tardif en bio (pour favoriser les faux-semis). Elle reste, par contre, chronophage et coûteuse. « Pour une parcelle de 5 ha de betteraves sucrières, comptez quelques heures pour un semis en carré et plutôt quelques jours avec 6-7 personnes pour un repiquage », précise Ghislain Malatesta.

Pour une repiqueuse de 4 rangs, il faut en effet mobiliser 6 personnes au minimum : une personne pour chaque rang, une personne pour approvisionner la repiqueuse et un conducteur. Le débit de chantier est alors estimé à environ un hectare par jour. Autre inconvénient du repiquage : le coût des plants, environ 1 800 €/ha pour l’achat de 60 000 plants.

Le point sur ces deux techniques comparées au semis conventionnel

Le graphique suivant compare les coûts associés pour les différentes techniques d’implantation : semis en carré, semis conventionnel et repiquage. L’ITB précise que ces chiffres sont à prendre avec précaution, car il s’agit de données issues d’un seul essai, réalisé en 2019 dans l’Aisne. « Même si le repiquage permet une réduction importante voire une suppression du recours au désherbage manuel, les charges associées au prix des plants et à la main d’œuvre pour le repiquage sont très conséquentes. Le semis en carré pour binage intégral permet lui une réduction moindre des charges liées au désherbage manuel mais tout de même intéressante, sans une augmentation conséquente des charges de mécanisation », explique l’ITB.

Charges en fonction du type d’implantation des betteraves sucrières en bio. (©ITB)

Traduction : 
– 45 x 30 seedling : semis en carré, 45 x 30 cm
– Conventional seedling : semis conventionnel
– Transplantation : repiquage
– Workforce (weeding) : main d’œuvre pour le désherbage
– Workforce (seedling/transplantation) : main d’œuvre pour le semis ou le repiquage
– Mechanisation cost : coûts de mécanisation
– Inputs : intrants
– Seeds/plants : semences/plants
– Intercropping/soil preparation : cultures intermédiaires/préparation du sol

Comparaison entre le semis en carré pour binage intégral et le repiquage. (©ITB)

Ces données s’appuient sur les expérimentations menées depuis quelques années. De nouvelles sont programmées dans l’Oise, l’Aisne et la Marne pour les campagnes 2020 et 2021. Elles permettront d’étayer les études et d’avancer sur ces sujets. À suivre donc !