Gelées

Quels impacts sur les cultures ?


TNC le 13/05/2019 à 18:04

Pour cette période des Saints de Glace, les gelées matinales sont restées assez limitées. Elles étaient par contre importantes et largement répandues sur le territoire français en début de semaine passée. Nombreux sont les agriculteurs à s'inquiéter des conséquences possibles pour leurs cultures.

Le début du mois de mai a connu une vague de froid importante. Si les gelées matinales en cette période des Saints de Glace (11, 12 et 13 mai) sont restées assez limitées, elles étaient largement répandues sur le territoire français en début de semaine passée (5 et 6 mai notamment). Nombreux sont les agriculteurs à exprimer leurs inquiétudes sur les réseaux sociaux. Quels impacts peut-on attendre de cet épisode de gel sur les cultures ?

Céréales à paille : « tout dépend du stade »

Cette période de gel a été en tendance moins forte comparée au gel de 2017, « mais elle est intervenue légèrement plus tard dans le calendrier et dans le cycle des céréales d’hiver », précise Arvalis. La montaison étant une phase phénologique sensible des céréales vis-à-vis du gel, les conséquences vont donc dépendre du stade des cultures :

– Avant le stade dernière feuille étalée (DFE ou BBCH 39), « une destruction partielle ou totale d’épis est à craindre en cas de gel. Pour cela, il faut des températures significativement inférieures à 0°C pour faire geler les cellules de l’épi. La pluie est un facteur aggravant : s’il a plu fortement juste avant l’arrivée de la gelée et que de l’eau libre est rentrée dans la gaine de la F1, elle peut cristalliser à proximité de l’épi et engendrer des dégâts ». Pour faire le diagnostic, il suffit alors « d’ouvrir la tige et d’observer l’épi ».  Si l’épi du maître-brin est gelé, « les talles peuvent prendre le relais (si les conditions hydriques et minérales sont favorables) ».

– Pour les cultures après le stade dernière feuille étalée, « la plante atteint le stade de la méiose pollinique. On sait qu’il s’agit d’une phase sensible de la culture, sans pouvoir cerner précisément le poids des stress thermiques, hydriques ou radiatifs ». Dans ce cas, le diagnostic est « impossible avant la fin de la floraison », d’après Arvalis. Vous pouvez observer les fleurs et l’autofécondation. « Si le pollen est faiblement affecté, des fécondations croisées entre plantes peuvent avoir lieu. S’il est fortement affecté, la fertilité épi sera significativement abaissée ».

– Autour de l’épiaison (notamment pour les orges précoces), « les impacts sont plus difficiles à cerner, faute de références. Nous n’avons pas trace de destructions de fleurs ou d’épis lors de précédentes chutes de températures à des stades tardifs », ajoutent les experts Arvalis.

Des conséquences difficiles à mesurer pour le moment sur  les protéagineux

Du côté des cultures protéagineuses, les seuils de sensibilité diffèrent également en fonction des stades, comme le précisent Agathe Penant et Véronique Biarnès de Terres Inovia. Si la plante a « passé le stade initiation florale (> 6 feuilles) et lorsque la plante est encore à l’état végétatif, le pois est sensible à des températures de l’ordre de – 5 °C. Ces dernières peuvent entraîner des gels d’apex, qui pourront être compensés par l’émission de ramifications. Par contre, lorsque la plante a commencé à fleurir, « des températures gélives peuvent provoquer des avortements de fleurs et de jeunes gousses en formation ».

Pour le moment, il est difficile d’évaluer l’impact sur le rendement de cet épisode de gel. « Il y a aura probablement des pertes d’étages de fleurs sur protéagineux d’hiver et sur protéagineux de printemps en fleurs, et de tiges principales sur les cultures de printemps à des stades moins avancés », estiment Agathe Penant et Véronique Barbiès. « Un retour des pluies s’avère nécessaire pour favoriser le développement de nouvelles ramifications ou de nouveaux étages de fleurs. Il sera déterminant pour le rendement […] Observer l’état des fleurs, des gousses et des bourgeons terminaux », d’ici une dizaine de jours, permettra d’évaluer si la culture a été impactée.

« Ne rien faire et attendre » pour les maïs

Pour les parcelles de maïs non levées, « c’est la température du sol qui est à prendre en compte », selon Arvalis. « Celui-ci a un effet « protecteur », et la plante n’est pas touchée par le gel ». Pour les plantes déjà levées, « les jeunes feuilles sont exposées à la température de l’air et un gel de quelques heures est suffisant pour les détruire ». Comment l’observer ? « Les feuilles brunissent rapidement, puis elles deviennent plus ou moins translucides ». Toutefois avant cinq feuilles, « le méristème apical (apex) qui produit les feuilles est encore dans le sol. Il est donc bien protégé des basses températures. En cas de gel de feuilles, les nouvelles feuilles formées, mais pas encore visibles, se développeront et les conséquences seront donc limitées. Parfois, sur certaines plantules, les feuilles gelées, en se repliant plus ou moins sur elles-mêmes, peuvent bloquer le déploiement des nouvelles feuilles formées. Dans ce cas, il y a perte de pieds ».

Face à cet épisode de gel, l’institut technique conseille donc de « ne rien faire et d’attendre. […] Il faudra, en revanche, être prudent lors des traitements herbicides de postlevée précoce et laisser à la plante fragilisée par le gel le temps pour repartir en végétation. Attention au risque de manque de sélectivité des mélanges herbicides »