Précocité, grêle… une moisson « encore atypique » pour Jérôme Régnault
TNC le 09/07/2026 à 17:41
À Plaisir dans les Yvelines, Jérôme Régnault vit une moisson hors norme. Après des fortes chaleurs et un violent épisode de grêle, l’agriculteur s’apprête à terminer ses récoltes à la mi-juillet, avec près de trois semaines d’avance. Une campagne « exceptionnelle » entre défis climatiques, contraintes réglementaires et nécessité de sécuriser les revenus de l'exploitation.
« Toutes les moissons sont exceptionnelles, mais jamais pour les mêmes raisons », observe Jérôme Régnault, installé sur la commune de Plaisir dans les Yvelines.
« Je n’avais encore jamais battu du blé au 25 juin »
« On pensait avoir battu un record de précocité l’an dernier, mais celui-ci a été largement dépassé en 2026. Je n’avais encore jamais battu du blé dès le 25 juin ! » Cette année, le producteur pense terminer la moisson autour du 14 juillet, alors que les premières coupes de blé démarrent habituellement à cette période.
« Chaque année, la récolte peut représenter un moment de tension, c’est l’aboutissement du travail de toute une campagne. Mais 2026 a été tout à fait particulière aussi, avec ses épisodes de canicule et les restrictions liées aux risques d’incendies. »
Dans ce contexte, Jérôme Régnault salue l’approche adoptée par la préfecture de son département, fondée surtout sur « la responsabilité des agriculteurs ». « Installé à proximité d’une ville de 32 000 habitants, on n’a pas attendu les obligations préfectorales pour mettre en place des mesures de prévention. »
Au-delà du déchaumage des fourrières des parcelles, Jérôme Régnault a pris soin de commencer à battre les parcelles les moins exposées, sans cailloux, non versées et où il ne broyait pas la paille. « Il faut avancer avec bon sens et prudence », explique-t-il. Pour l’agriculteur, il est important de « sacraliser ces temps de moisson ».
Quels résultats ?
Côté rendements, « les orges d’hiver affichent un potentiel inférieur aux attentes. Le blé tendre présente en revanche un bon niveau de production, on devrait atteindre la moyenne quinquennale de l’exploitation, autour de 88-92 q/ha. » L’agriculteur observe quelques décrochages sur les parcelles plus concurrencées par les adventices, notamment le ray-grass.
« Je sème généralement tôt, ici un blé de colza semé le 26 septembre, pour limiter les possibles impacts des coups de chaud de juin, même si ce n’est pas ce qui est forcément conseillé en termes de gestion des adventices. » Jérôme Régnault précise prendre soin de « réaliser des faux-semis, jouer avec les couverts et choisir des variétés de céréales qui couvrent bien le sol ».
Les orges de printemps semées à l’automne avaient un très beau potentiel : « On s’attendait à faire 90 q/ha, on est plutôt à 75 q/ha de moyenne, à cause des fortes chaleurs. C’est tout de même très bien, surtout que les récoltes restent conformes aux exigences du débouché brassicole ».
« La situation est plus compliquée pour les orges de printemps, semées après le 1er janvier. Plusieurs agriculteurs ont fait ce choix à cause de la contrainte réglementaire de l’éco-régime. Mais ils n’ont pu retourner dans les champs qu’à la mi-mars, et le potentiel de ces orges tourne plutôt autour des 50 q/ha, avec des taux de protéines trop élevés, donc c’est la double peine… »
80 ha touchés par la grêle
Le potentiel des parcelles a, par contre, été affecté par un violent épisode de grêle survenu une dizaine de jours avant la récolte, sur une partie de l’exploitation de Jérôme Régnault. Les dégâts sont importants : « jusqu’à 100 % de perte pour 38 ha de colza, et environ 50 ha de blé tendre impactés de 60 à 95 % ».
« Avec 10 q/ha en blé sur ces parcelles, si je n’avais pas été assuré contre la grêle cette année, je ne m’en serais pas remis », confie l’agriculteur. Il considère en revanche le dispositif d’assurance multirisques climatiques non adapté à son exploitation, en raison de « la forte hétérogénéité des sols, entre limons profonds et argilo-calcaires superficiels ».
L’agriculteur espère maintenant le retour de pluies pour favoriser les faux-semis et la levée des graines perdues, et ainsi préparer la campagne suivante.
« Réfléchir ses marges à l’échelle de la rotation »
Depuis trois ans, l’agriculteur vend toutes ses récoltes sous le contrat Cap Duo de sa coopérative NatUp, « c’est un « prix moyen dynamique » qui permet d’avoir une avance de trésorerie (65 %) rapidement. Je me dis que les traders de la coopérative sont plus attentifs que moi, face aux fluctuations du marché, et cela évite de brader sa récolte parce qu’on a vite besoin de trésorerie. »
« Sur les trois dernières années, le prix final est toujours au-dessus du prix moyen des alentours. J’espère reprendre davantage la main sur les marchés plus tard, mais compte-tenu de la conjoncture géopolitique actuelle, c’est une sécurité ! »
Dans le contexte actuel, et pour faire face aux impasses techniques croissantes, l’agriculteur précise aussi « réfléchir ses marges à la rotation et pas à la culture ». « Il faut accepter d’aller chercher une marge moindre une année, par exemple avec des féveroles. C’est un investissement pour les années suivantes. »