Pour mieux économiser l’eau, satellites et capteurs dans les champs
AFP le 12/10/2026 à 11:02
Images satellites ou capteurs mesurant le stress hydrique des plantes : les agriculteurs français se tournent plus que jamais vers des technologies innovantes pour éviter de gaspiller l'eau, sujet brûlant après un été de sécheresse et de chaleur intense.
Un millier d’experts internationaux de l’irrigation, venus de 75 pays, se réunissent de lundi à mercredi à Marseille pour échanger sur la gestion de l’eau pour l’agriculture.
L’un des organisateurs du congrès, Sami Bouarfa – chercheur à l’Inrae (Institut national de la recherche agronomique) – explique à l’AFP que les agriculteurs français ont largement amélioré leurs pratiques d’irrigation grâce à la technologie, mais que cela ne suffira pas face au changement climatique.
Quelles sont les technologies actuellement disponibles pour une irrigation intelligente ?
Elles tournent autour des capteurs dans les sols, qui signalent quand la plante à soif. L’irrigation s’est équipée d’une batterie technologique qui permet d’apporter de l’eau au bon moment, avec la bonne quantité, dans l’esprit de ne pas gaspiller.
Le goutte-à-goutte est toutefois plus adapté à l’arboriculture, aux fruits et légumes, plutôt qu’aux grandes cultures.
Des sociétés développent des capteurs de flux de sève pour les vignobles afin de détecter les moments de stress qui pourraient pénaliser la production ou la qualité.
Le plus gros du développement, qui bouge vite, se passe du côté des satellites avec des sociétés associées à des laboratoires de recherche. La télédétection permet d’évaluer les ressources hydriques sur une échelle large, de documenter l’état des fleuves, mais également les besoins des plantes sur de grands territoires.
L’Inrae considère que l’agriculture irriguée a encore des marges d’amélioration en matière d’économie d’eau, de l’ordre de 30 %, grâce à la technologie. En revanche, ce n’est pas l’alpha et l’oméga pour résoudre tous les problèmes face aux étés secs qui vont se généraliser.
Où voyez-vous d’autres pistes d’amélioration ?
Il faut avoir une réflexion plus large, grande région par grande région, culture par culture.
Doit-on continuer à irriguer le maïs ou le déplacer dans des zones où il n’y aurait pas besoin d’irrigation ? 40 % de l’irrigation en France était consacré au maïs il y a vingt ans, aujourd’hui c’est 30 %.
Nous sommes aussi en présence de différentes logiques. Dans le nord de la France, la pomme de terre est irriguée pour la qualité et le calibre. Il faut une pomme de terre bien ronde qui puisse être traitée industriellement pour faire des frites et les industriels passent contrat avec les agriculteurs sous réserve qu’ils aient recours à l’irrigation.
Les fruits et légumes, si on en veut, il nous faut de l’irrigation. Mais ce n’est pas ce qui consomme le plus d’eau en France.
La viticulture, considérée par essence comme résistante à la sécheresse, a changé de paradigme. Faut-il irriguer la vigne ou pas, en particulier dans le sud de la France? Il y a beaucoup de débats là-dessus.
Plus généralement, peut-on développer davantage l’agroécologie axée sur des sols plus sains apportant une meilleure résilience aux sécheresses ?
La France doit-elle se faire du souci après la sécheresse aiguë de l’été dernier ?
Globalement, la France reste très bien arrosée par les pluies. C’est un pays béni des dieux sur le plan de l’eau, avec ses rivières et fleuves.
Le changement climatique ne change pas tant que ça la quantité d’eau qui tombe, mais plutôt sa répartition. Ça tombe d’un seul coup, trop violemment, et puis après, plus rien. Cela crée des inondations, puis des sécheresses.
Au lieu d’avoir de l’eau bien répartie dans le temps et dans l’espace, elle l’est de moins en moins. C’est comme si c’était déréglé.
L’idée qu’on risque d’avoir moins d’eau en raison du changement climatique est très récente. Et cela crée une forme de traumatisme collectif.