[Décryptage] Exportations

Où part donc le blé français ?


TNC le 23/01/2020 à 12:02
Pour la campagne 2019/20, les exportations de blé français vers les pays tiers devraient s'élever à 12,4 Mt selon FranceAgriMer. (©TNC)

Pour la campagne 2019/20, les exportations de blé français vers les pays tiers devraient s'élever à 12,4 Mt selon FranceAgriMer. (©TNC)

Premier pays producteur et exportateur de blé tendre d'Europe, la France exporte plus de la moitié de son blé. Les débouchés sont très diversifiés et variables chaque année. Guillaume Van de Velde, directeur général de Ceremis, a présenté un panorama des exportations françaises de blé.

« En France, plus d’une tonne de blé sur deux est exportée », affirme Guillaume Van de Velde, directeur général de Ceremis. On connait bien la chanson, mais ce qu’on connait moins, c’est où part exactement le blé qui a été produit.

L’expert intervenait sur une table ronde qui s’est tenue pendant une journée dédiée à la géopolitique mondiale et aux marchés agricoles organisée par des étudiants d’UniLaSalle à Beauvais (Oise). 

Des débouchés très diversifiés

La production française moyenne de blé peut s’évaluer à 37 Mt de blé, affirme Guillaume Van de Velde, qui dresse un portrait type des débouchés du blé français. Sur la totalité du blé produit, une partie est destinée au marché intérieur, tandis que l’autre part à l’export. La partie consommée en France représente environ 15 Mt, dont 9 Mt sont destinées à la consommation humaine. Cette partie regroupe notamment la meunerie, l’amidonnerie, la glutennerie, la biscuiterie, la malterie et l’alcool. La seconde part, environ 6 à 7 Mt, est destinée à la fabrication d’aliments pour animaux. Alors que les quantités qui partent pour l’industrie agroalimentaire restent globalement stables chaque année, celles destinées à l’alimentation animale ont plutôt tendance à varier.

La part du blé destinée à l’export est généralement supérieure à la consommation intérieure. Elle s’élève en moyenne à 16/20 Mt, dont 8/9 Mt partent sur le marché communautaire, vers des pays limitrophes, essentiellement l’Espagne, l’Italie, La Belgique et la Hollande. « Les deux tiers de ces blés sont fourragers ».

Quant aux pays tiers, ils représentent un débouché pour 8 à 12 Mt du blé tricolore. Les destinations sont très diversifiées et les ventes réalisées sont particulièrement variables selon les années, mais c’est presque exclusivement du blé de qualité meunière qui y est expédié. Environ 5 Mt sont envoyées vers le Maghreb (Algérie, Maroc…) et l’Afrique de l’Ouest, ce qui représente presque autant de volume que ce qui est destiné à la meunerie française. L’Égypte, l’un des principaux acheteurs mondiaux, est également un client du blé français. Dans certains pays, tels que l’Algérie et l’Égypte, c’est un organisme étatique qui achète le blé, pour ensuite alimenter les moulins. Par ailleurs, « des cahiers de charges stricts écartent pour le moment pas mal des blés russes et ukrainiens, en raison des exigences élevées sur la qualité du blé, et notamment les dommages d’insectes ». Le blé français touche aussi des destinations un peu plus lointaines, comme Cuba, le Yémen ou encore la Chine.

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« Les exports vers les pays tiers représentent la variable d’ajustement du bilan français », affirme l’expert. « C’est là qu’on expédie ce qui n’est pas consommé en France ou envoyé vers les pays limitrophes ».    

Chaque débouché présente ses propres spécificités, avec des attentes particulières et des concurrents qui sont bien identifiés.

Sur le marché intérieur, pour le débouché alimentation humaine, les attentes sont surtout centrées sur les variétés, la teneur en protéines, ainsi que l’homogénéité. Certains meuniers achètent des variétés spécifiques, tandis que des amidonniers attendent des lots homogènes. Assurer une homogénéité dans la qualité et dans la livraison est primordial, selon l’expert, qui ajoute que ces industriels n’ont souvent pas de grandes capacités de stockage.

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Par ailleurs, pour répondre aux exigences des consommateurs, les clients meuniers recherchent du blé avec moins de pesticides (moins d’insecticides de stockage), plus de filières tracées et des cahiers des charges reconnus (label rouge, CRC, filière durable, bio), et plus de local. Sur ce segment, le blé français n’a pas vraiment de concurrence et sera toujours le plus adapté, selon Guillaume Van de Velde. Mais le risque, c’est que ces qualités deviennent demain le standard de marché et que leur valeur ajoutée soit réduite à zéro.

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Quant aux fabricants d’aliments pour animaux, les attentes concernent principalement le prix. « Les fabricants passent leur temps à formuler des aliments les moins chers possibles ». L’incorporation du blé dépendra du prix des autres céréales telles que l’orge fourragère et le maïs. Ils peuvent facilement se substituer : c’est ce qui explique la variabilité de ce débouché et ce qui fait de ces deux céréales des concurrents pour le blé français. Le maïs en provenance de la mer Noire est lui aussi considéré comme un concurrent.

Des spécificités selon les débouchés

Pour les exports intra-communautaires, les deux tiers des quantités vendues sont destinés à l’alimentation animale, ce qui explique que la principale attente des acheteurs soit le prix. Le plus gros concurrent sur ce segment est le maïs d’origine mer Noire. 

Sur les exports vers les pays tiers, les attentes varient en fonction des destinations et portent essentiellement sur la qualité meunière. Les achats se font de façon différente selon les pays : par des acheteurs privés ou des acheteurs étatiques (Égypte et Algérie par exemple). La concurrence vers ces destinations provient surtout de la mer Noire (Russie et Ukraine), mais le nord de l’Union européenne peut également être considéré comme un concurrent.

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Les pays autour de la mer noire ont énormément progressé durant la dernière décennie. Ils ont connu un très fort développement de leur secteur agricole et de leur logistique. Ils ont amélioré leur qualité, leur port, leur capacité de stockage. Leurs niveaux de productions ont bondi, tout comme leurs exports. La concurrence se renforce d’année en année, surtout en provenance de la Russie. À terme, restera-t-il une place pour le blé français ?

Rappelons que la France est le cinquième plus gros producteur mondial de blé, avec près d’un hectare sur six qui est consacré à la culture du blé. Durant la campagne 2018/2019, la production tricolore (34,05 Mt – FranceAgriMer) a représenté un peu moins de 5 % de la production mondiale (731,45 Mt – USDA). La récolte fluctue (on pense notamment à la très mauvais année 2016), mais les surfaces varient globalement peu selon les années (sauf pour 2020). C’est principalement le rendement qui joue sur le niveau de production. En 2019, la seconde meilleure récolte a été réalisée sur le territoire, avec une production qui a atteint 39,5 Mt de blé tendre, d’après les chiffres de FranceAgriMer.

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