Réduire les émissions d'ammoniac

L’introduction de légumineuses limite le recours aux engrais azotés


TNC le 05/02/2020 à 10:57
Les légumineuses sont capables de capter l'azote de l'air. (©TNC)

Les légumineuses sont capables de capter l'azote de l'air. (©TNC)

Parmi les bonnes pratiques pour réduire les émissions d'ammoniac, l'Ademe met en avant l'introduction de légumineuses dans la rotation. Avec leur aptitude à fixer l'azote de l'air, elles permettent de limiter le recours aux engrais azotés.

Comme le souligne l’Ademe dans une fiche pratique, l’introduction de légumineuses dans le système de cultures peut se faire de différentes façons : « en association avec une autre culture ou dans une prairie, en supplément ou en remplacement d’autres cultures annuelles, ou bien en tant que cultures de production de semences ». Quelle que soit l’utilisation choisie, « les légumineuses vont capter l’azote de l’air : elles n’ont pas besoin d’apport d’azoté et elles en restituent pour la culture suivante », rappelle l’Ademe. Cette qualité permet donc de limiter les apports d’engrais azotés, entraînant ainsi une baisse des émissions d’ammoniac.

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À votre disposition, un large panel d’espèces : « cultures annuelles de protéagineux (pois, féverole, lupin, soja), de légumes secs (lentilles, pois-chiche, haricot sec) et de légumes (haricots, pois de conserve), ou cultures pérennes et fourragères (luzerne, trèfle, vesce, sainfoin…), qui peuvent être fauchées ou pâturées ».

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Des points de vigilance à prendre en compte

Pour assurer une mise en place réussie de ces pratiques, l’Ademe note quelques points d’attention :

  • « Prendre en compte la fourniture de l’azote issu des légumineuses dans le bilan prévisionnel azoté ». En fonction des espèces, « les caractéristiques en termes de fourniture et de restitution peuvent être différentes ».
  • « Implanter une culture intermédiaire ou une culture d’hiver à absorption précoce pour capter les reliquats d’azote minéral post-récolte après une légumineuse annuelle estivale »
  • « Respecter les fréquences de retour des différentes espèces (5-6 ans minimum) sur une même parcelle afin de réduire la pression maladies ». La sensibilité aux maladies diffère en fonction des espèces. Ayant un cycle cultural plus long, les espèces d’hiver sont plus exposées. À noter aussi : « pour le pois et le pois de printemps notamment, il faut faire attention à la présence d’Aphanomyces euteiches dans les parcelles. [..] Il est donc recommandé de faire un test avant implantation ».
  • « Éviter d’implanter les légumineuses en cultures pures en guise d’interculture dans le cas où l’azote minéral du sol est fortement disponible »

Pour les lentilles, pois et soja, mieux vaut éviter les sols caillouteux et « favoriser leur implantation dans des parcelles à bonne réserve hydrique ».

Pour quels bénéfices ?

Parmi les bénéfices apportés par l’introduction de légumineuses dans un système cultural, on peut citer « le développement de la biodiversité » ou « le maintien de la qualité des sols ». « Les légumineuses génèrent des rendements variables et des marges à la culture qui, comparées à celles des céréales, peuvent leur être défavorables ». Mais il est important de toujours raisonner au niveau de la rotation, rappelle l’Ademe. Les légumineuses apportent notamment un gain de rendement pour la culture suivante, pas toujours significatif selon les espèces, mais il est « conséquent sur les blés » par exemple. « En culture associée, les légumineuses assurent aussi un complément de revenu à l’autre espèce ».

Ces cultures permettent également de réduire la fertilisation minérale azotée. Pour l’implantation de légumineuses à graines dans les rotations, on estime une réduction de « 33 kg N/ha » pour la culture suivante. Dans le cas des prairies temporaires (composées initialement de moins de 20 % de légumineuses), l’introduction de 40 % de légumineuses fourragères en association permet de diminuer « d’environ 35 kg N/ha la fertilisation minérale azotée. Si la prairie était initialement composée de 20 à 40 % de légumineuses, cette réduction est estimée à 14 kg N/ha », ajoute l’Ademe.

Économies potentielles liées à la baisse de la fertilisation azotée – Données issues de l’étude Prosp’Air 2018 pour le territoire sud Meurthe-et-Moselle :

 Coût azote moyen (€/ha/an)Économie potentielle (€/ha/an)
Rotation colza/blé/orge d’hiver 9326
Rotation maïs ensilage/blé/orge8754

Pour calculer les potentiels de réduction d’ammoniac (NH3) associés, l’Ademe a pris en compte les hypothèses suivantes :

  • « Pour un blé où l’on apporte 160 kg N/ha : l’économie de 33 kg N/ha liée au précédent de pois correspond à une réduction de 20 % de la dose d’azote apportée au blé »
  • « Pour une prairie temporaire où l’on apporte 45 kg N/ha : l’économie de 35 kg N/ha (moins de 20 % de légumineuses initialement) correspond à une réduction de 80 % de la fertilisation. L’économie de 14 kg N/ha (entre 20 % et 40 % de légumineuses initialement) correspond à une réduction de 30 % de la fertilisation ».

« Les émissions de NH3 sont, entre autres facteurs, directement proportionnelles aux doses d’azote apportées. En supposant que les formes des engrais appliqués aux cultures ne varient pas : une réduction de X % de la fertilisation azotée entraîne alors une réduction de X % des émissions de NH3. Ainsi, les potentiels de réduction présentés juste avant traduisent ces réductions d’azote apporté en termes de réduction d’émissions de NH3. »

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