Campagne 2021/2022

Les prix des engrais flambent, quels impacts sur vos assolements ?


TNC le 25/10/2021 à 09:15
Faut-il s’attendre pour 2021/22 à moins de surfaces emblavées en blé, maïs et colza ? (©TNC)

Faut-il s’attendre pour 2021/22 à moins de surfaces emblavées en blé, maïs et colza ? (©TNC)

605 €/t pour la solution azotée (N39) au 14 octobre, 755 €/t pour l’ammonitrate 33,5 %... Les prix des engrais azotés ne s’arrêtent plus de flamber tandis que la demande explose. Dans la plaine, la situation inquiète et certains réfléchissent à modifier leur assolement 2021-2022 en faveur de cultures moins gourmandes en azote.

«L’incertitude sur les prix et les disponibilités en engrais pourrait jouer sur les choix d’assolements à venir, surtout au printemps, a déclaré Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé « grandes cultures » de FranceAgriMer, au terme de la séance du 13 octobre. 

Pensez-vous intégrer plus de légumineuses dans votre assolement 2021-2022 ? Selon un sondage publié sur le site Terre-Net entre le 12 et le 19 octobre 2021 (1 385 votants), pour 58,4 % des répondants, c’est un « non » catégorique ! Beaucoup d’agriculteurs se sont notamment couverts depuis mai ou juin, « même si on ne s’attendait pas à ce que les cours montent aussi haut et aussi rapidement », note Olivier Coste, agent relation cultures chez Soufflet Agriculture. « Je suis couvert depuis juin, confirme Roan Moiteret sur Facebook. À voir l’année prochaine. Si les prix restent comme ça, on fera autre chose. » 

Une question surtout pour les semis de printemps

Donald Opal pense également ne rien modifier cette campagne : « par chance, j’avais acheté autour des 350 euros la tonne. Mais je me pose quand même des questions : est-ce que je stocke et j’implante des légumineuses ? ». Le report vers des cultures moins demandeuses en apports azotés pourrait être massif sur la campagne 2021/22, juge quant à lui Nathan Cordier, analyste chez Agritel : « le soja, l’orge de printemps et le tournesol devraient sortir plutôt gagnants. »

Chez Michaël Pavan, jeune agriculteur du Gers, c’est le soja qui devrait prendre le dessus cette campagne dans son assolement composé aussi de blé, maïs et tournesol. « Si les féveroles, semées à 150 kg/ha en tant que couverts végétaux, passent bien l’hiver, je pourrais peut-être les emmener jusqu’à la récolte », témoigne-t-il. Sur Twitter, @pichtard1, agriculteur breton, voit d’autres cultures alternatives : « une orge d’hiver, ça passe aussi, c’est 40-50 unités de moins que du blé tendre pour un rendement identique. Je ne parle même pas du blé améliorant et du blé dur. »

Toujours selon le même sondage Terre-net, 24,9 % des agriculteurs indiquent ainsi réfléchir à modifier leur assolement et pour 16,7 %, « c’est sûr ! » Selon Nathan Cordier, si des modifications d’assolement se dessinent sur les semis d’hiver, ils restent « à la marge » : la question se posera surtout sur les emblavements de printemps. Plus que le blé tendre, « ce sont surtout les cultures comme le maïs qui pourraient être impactées ». Mais « il faudra bien évidemment tenir compte de la situation telle qu’elle sera en sortie d’hiver, avec l’évolution des prix du gaz et des engrais », nuance l’expert. 

Sur les plateaux du Tonnerrois, Olivier Coste estime qu’il y aura peu ou pas de bouleversement des assolements dans son secteur. Il mise surtout sur un « maintien de la surface de tournesol, peu consommatrice en azote. De plus, les agriculteurs ont pour référence des excellents rendements et des prix très rémunérateurs cette année ».  

Sur Twitter, Thomas partage ses inquiétudes quant à la potentielle culture alternative à choisir : « Orge de printemps = revenu 0 avec la sécheresse. Légumineuses = 0 pour les mêmes raisons. Tournesol, aléatoire, problème d’oiseaux à la levée, rendements décevants… On fait quoi dans nos zones intermédiaires ? » 

Encore plus cette campagne, Olivier Coste insiste sur l’importance des reliquats azotés et des outils d’aide à la décision pour un pilotage optimisé de l’azote. Il craint aussi des potentielles impasses en phosphore et en potasse. Pour Nathan Cordier, « si les producteurs font des impasses ou s’il y a des pénuries sur les derniers apports azotés, on peut s’attendre à des impacts pour la production de blé européenne ».  

Il développe : « Au vu des dernières années, la protéine est un facteur important mais pas forcément rémunéré. Il est clair que les producteurs n’iront pas forcément chercher ces points de protéines et on pourra avoir des problèmes, aussi bien en quantité qu’en qualité. » 

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