Protéines

La culture du soja a tout pour plaire


TNC le 10/01/2020 à 18:00
Aujourd'hui, 10 % de la production de soja est produite sous la charte Soja de France, lancée il y a un an et qui engage les semenciers, producteurs, collecteurs et transformateurs. (©Adobe Stock)

Aujourd'hui, 10 % de la production de soja est produite sous la charte Soja de France, lancée il y a un an et qui engage les semenciers, producteurs, collecteurs et transformateurs. (©Adobe Stock)

Entre la polémique sur l’importation de soja brésilien, le développement d’unités de transformation pour l’alimentation animale et humaine, le lancement d’une charte et les avantages agronomiques que procure le soja, cette légumineuse a tout pour se développer en France.

Les chiffres ne trompent pas. Les importations françaises de soja ont chuté depuis dix ans de près de 40 %, à 2,4 Mt en 2018. Par ailleurs, sur cette même période, les surfaces françaises ont été multipliées par huit, pour atteindre 400 000 t produites en 2018. La filière veut aller encore plus loin. De 160 000 ha de soja français en 2019, elle souhaite passer à 250 000 ha à l’horizon 2025 pour approvisionner le marché français. Le but : substituer les 500 000 t de tourteaux de soja non OGM consommées par an en France et majoritairement importées. Et les acteurs se donnent les moyens de leurs ambitions en développant aux quatre coins du territoire des unités de trituration de soja pour l’alimentation animale, telles que Sojalim à Vic-en-Bigorre (Hautes-Pyrénées), Extrusel à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Bunge à Brest (Finistère)…

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Côté alimentation humaine, les fabricants de soyfood ne sont pas en reste. En outre, les avantages agronomiques et économiques pour les agriculteurs ne sont plus à démontrer. « Cette légumineuse permet de diversifier l’assolement et constitue par la même occasion un excellent précédent, précise Michaël Junqua, responsable collecte pour le groupe coopératif Euralis. Avec des charges variables autour de 400 €/ha, un bon potentiel de rendement autour de 3,5 t/ha et un prix de vente entre 300 et 350 €/t, le  soja irrigué offre une marge brute intéressante autour de 700 €/ha. »

Prime de 15 €/t

L’enjeu est de taille pour la filière, car les marchés, qui répondent à l’attente sociétale, sont demandeurs de produits issus d’élevages nourris localement, ou d’aliments à base de protéines végétales. D’où le lancement, voici un an, de la charte Soja de France par Terres Univia. Aujourd’hui, 10 % de la production de soja est produite sous cette charte qui engage les semenciers, producteurs, collecteurs et transformateurs.

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« Cette charte garantit l’origine française, le non-OGM, la traçabilité du champ au produit transformé et sa durabilité grâce au respect des bonnes pratiques techniques, sanitaires et environnementales », précise Charlotte Canale, chargée d’études filières oléagineuses chez Terres Univia. Euralis, qui est engagé dans cette charte pour une partie de sa collecte, verse une prime de 15 €/t à ses adhérents pour les inciter à produire du Soja de France.

Preuve de l’engouement autour de ce débouché, l’usine Sojalim, dans les Hautes-Pyrénées, a traité 25 000 t de graines en 2018 et « tourne à plein, un an seulement après le lancement de la charte », précise Michel Vernet, son directeur, avant de préciser : « Nous réfléchissons à doubler sa capacité, car les marchés sont demandeurs de soja non-OGM, mais nous devons encore trouver de nouveaux débouchés rémunérant l’origine France. » Le nouveau plan de relance des protéines végétales devrait l’aider à y voir plus clair. Il vise à améliorer la souveraineté en protéines végétales destinées à l’alimentation  animale et humaine.

L’engouement pour la culture du soja gagne notamment le Nord-Ouest

« La recherche semencière travaille sur la précocité des variétés, et l’on parvient aujourd’hui à cultiver du soja en Bretagne avec des variétés très précoces, dites 000 », observe Pierrick Tanguy, responsable des expérimentations de soja Triskalia. La coopérative bretonne mène depuis cinq ans des essais dans le Morbihan et le Finistère Sud en conventionnel et en bio.

Semée fin avril avec un écartement de 40 à 30 cm, voire même au semoir à céréales, cette culture économe en intrants nécessite deux désherbages, mais pas de régulateurs ni de fongicide ou d’insecticide. En agriculture biologique, c’est une culture intéressante et plutôt facile à conduire avec du binage. De plus, cette légumineuse restitue 50 à 60 unités d’azote /ha à la culture suivante. Le soja se récolte fin septembre début octobre autour de 15 % d’humidité. « En bonnes terres les rendements oscillent entre 37 et 45 qx/ha et sur les petites terres plutôt 25 quintaux », a mesuré Pierrick Tanguy. « Dans les bonnes terres, la culture du soja équivaut donc à un colza », ajoute l’expert.

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