Oléagineux semences

Les abeilles, partenaires privilégiés des producteurs de colza semences


TNC le 24/04/2020 à 06:03
Serge Brugière témoigne : les abeilles permettent de sécuriser le rendement du colza semences. (©Anamso)

Serge Brugière témoigne : les abeilles permettent de sécuriser le rendement du colza semences. (©Anamso)

En production de semences de colza, les multiplicateurs font appel à des apiculteurs pour installer des ruches en bout de champ. Une obligation imposée par leurs établissements pour sécuriser le rendement et la qualité des futures graines. Les abeilles contribuent en effet pour 90 % à la pollinisation.

Les abeilles ne connaissent pas le confinement. Pendant la floraison des colzas, les champs bourdonnent d’activité. Dans le sud de la France, où est localisée la majeure partie des cultures d’oléagineux semences, cette période est cruciale. « Un hectare de colza semences compte environ 400 000 pieds comportant entre 350 et 400 fleurs », pointe Jean-Christophe Conjeaud, de l’association nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences d’oléagineux (Anamso). « Cela représente plusieurs centaines de millions de fleurs à polliniser ! 90 % de la fécondation est assuré par les abeilles ».

Développée au début des années 1990, la production de semences de colza composite  hybride-lignée nécessite de croiser des plants mâles et femelles… grâce aux pollinisateurs. Les établissements semenciers imposent ainsi aux producteurs une moyenne de deux ruches par hectare afin de sécuriser les rendements.  « Sans abeilles, on ne pourrait compter que sur le vent et les insectes sauvages. Les rendements seraient fortement impactés », reprend Jean-Christophe Conjeaud. Selon ce spécialiste, la présence d’abeilles en nombre suffisant améliorerait également la faculté germinative de 10 %, le PMG et la pureté des lots. « Il faut faire le maximum pour favoriser le travail des abeilles pendant la floraison : ménager un emplacement adapté pour le rucher ; irriguer en dehors des heures de butinage ; traiter uniquement si besoin, et ne pas utiliser d’insecticides nocifs pour les abeilles ».

Le colza, une source de nourriture abondante pour les abeilles en sortie d’hiver

Les précieuses auxiliaires sont « louées » par des apiculteurs. Un service dont le coût varie de 45 à 80 € par ruche, selon le nombre d’abeilles qu’elles contiennent. Le miel n’est généralement pas récolté : le colza, dont la floraison est précoce et abondante, constitue avant tout une source de nourriture privilégiée pour développer les colonies d’abeilles au printemps. Celles-ci sont ensuite affectées à des miellées plus rémunératrices, comme l’acacia ou le châtaignier. La pollinisation est également pratiquée en arboriculture, en production légumière et sur tournesol semences.

Serge Brugière et son fils, producteurs de semences à Pierrelatte dans la Drôme font chaque année appel à un, voire deux apiculteurs professionnels. Installés sur 240 ha, ils ont cette année implanté 15 ha de colza semences. 140 ha sont par ailleurs assignés aux maïs, 60 ha aux tournesols. Père et fils cultivent également de la lavande et de l’orge. « Dans notre secteur, le mistral transporte davantage le pollen qu’ailleurs, mais les abeilles restent le principal vecteur de fécondation des plants femelles, pointent-ils. C’est la garantie de sécuriser nos rendements. Pour cette variété de colza hybride, ils sont fixés par contrat à 14 quintaux ».

« Les abeilles sauvages stimulent l’activité de l’espèce domestique »

La pollinisation peut parfois s’avérer délicate. Trop froid, les butineuses ne sortent pas. Trop de vent, non plus. Certaines lignées peuvent aussi présenter un déficit d’appétence : les abeilles boudent les fleurs. Pour protéger ses colzas, Serge Brugière doit également s’assurer d’intervenir avec des traitements compatibles. « Le méligèthe est un ravageur que nous rencontrons souvent en début de floraison. Si décision est prise de traiter, il faut le faire très tôt le matin ou la nuit ». Le producteur veille également à préserver les réservoirs de biodiversité sur son exploitation. « Les abeilles sauvages, notamment, stimulent l’activité de l’espèce domestique. Il faut ménager leur habitat. Un fossé, une bande enherbée… les éléments du paysage sont des atouts. Aujourd’hui on n’arrache plus une haie comme avant. Sur ce point, les consciences ont évolué ».

L’impact de la pollinisation sur le colza destiné à la consommation n’est pas connu. « Les abeilles jouent certainement un rôle bénéfique mais qui reste difficile à mesurer », confirme Jean-Christophe Conjeaud.

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