Jaunisse de la betterave : les plantes compagnes confirment leur intérêt
TNC le 07/10/2026 à 17:30
Face à la jaunisse virale, les travaux de l’ITB valident, d’année en année, le fait qu’il n’existe pas de solution miracle, mais plutôt une combinaison de leviers à composer. Les plantes compagnes montrent notamment des résultats intéressants, tout comme l’étude du comportement des pucerons selon les variétés de betteraves.
Parmi les solutions alternatives ayant montré des résultats intéressants dans la lutte contre la jaunisse de la betterave, les plantes compagnes figurent en première ligne. Depuis 2021, plusieurs espèces ont été évaluées : des graminées comme l’avoine rude ou l’orge de printemps, et des légumineuses, dont la féverole, la vesce et le pois…
« Si les légumineuses présentent l’avantage de limiter la concurrence avec la betterave, elles supportent mal les programmes herbicides de la culture. On a donc fait le choix de concentrer les travaux principalement sur l’orge de printemps et l’avoine rude », indique Audrey Fabarez, coordinatrice des Fermes pilotes d’expérimentation du Plan national de recherche et d’innovation (PNRI).
« Dans les essais réalisés entre 2021 et 2026, ces plantes compagnes obtiennent environ 50 % d’efficacité, contre 80 à 90 % pour une référence chimique. L’objectif n’est pas de remplacer totalement les aphicides, mais de les compléter dans une stratégie associant plusieurs leviers. La présence de la plante compagne peut notamment permettre de retarder un premier traitement afin de le positionner plus tard dans la saison. »
Une destruction précoce pour préserver le rendement
Le principal frein à cette technique reste son coût, lié aux passages supplémentaires et à l’achat des semences, l’utilisation de semences de ferme peut néanmoins réduire ce dernier.
La gestion de la destruction des plantes compagnes est également déterminante. « Elles conservent un effet intéressant sur les pucerons jusqu’au stade 8-10 feuilles des betteraves, mais peuvent entraîner des pertes de rendement pouvant atteindre 15 à 20 %. On recommande plutôt une destruction au stade 4 feuilles, voire 6 feuilles si les conditions météo ne sont pas trop sèches. »
« Le coût global de cette stratégie est estimé à environ 100 €/ha. L’application d’un antigraminées représente généralement le poste de dépenses le plus important, mais cela dépend s’il déjà prévu dans le programme de désherbage. »
Les plantes compagnes sont toutefois déconseillées en présence de graminées résistantes. Dans ces situations, l’ITB évalue plutôt l’intérêt d’un mulch issu d’un couvert hivernal.
Médiateurs chimiques et biocontrôle : des résultats encore à confirmer
D’autres leviers sont également étudiés, dont les granulés Insior GrA développés par Agriodor, technologie olfactive répulsive de biocontrôle. « Les résultats restent cependant difficiles à interpréter à ce stade, selon le nombre d’applications. Le positionnement de l’application semble, en tout cas, jouer un rôle majeur », précise Audrey Fabarez.
Les équipes évaluent également les effets des phéromones destinées à attirer les auxiliaires, l’une d’elles cible spécifiquement les coccinelles afin de renforcer la régulation naturelle des pucerons. Le bio-insecticide Armélis, proposé par InCeres, est aussi entré pour la première année dans le réseau d’essais. « Les données sont, pour le moment, insuffisantes pour conclure, mais les premiers résultats montrent un gain d’efficacité lorsqu’il est associé au Teppeki. L’objectif n’est pas de diminuer les doses d’insecticide au risque de favoriser l’apparition de résistances. »
Les champignons entomopathogènes sont également étudiés, mais leur utilisation n’a pas encore été transposée à l’échelle du champ. Enfin, l’huile de paraffine Illion, déjà appliquée sur pommes de terre, est évaluée pour son potentiel à réduire la transmission virale, et par conséquent, l’expression de la jaunisse.
Des variétés « moins appétentes » pour les pucerons
En parallèle du PNRI, d’autres travaux financés dans le cadre d’Ecophyto explorent le comportement des pucerons vis-à-vis des variétés de betteraves commercialisées et on relève « des écarts hyper importants, concernant la réduction de pucerons au champ et donc de symptômes de jaunisse. C’est une piste prometteuse, qu’on continue à creuser, toujours dans l’optique de proposer des combinaisons de solutions ».