Le drone peut-il faire décoller vos couverts ?


TNC le 07/10/2026 à 17:49
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Semer ses couverts végétaux quelques jours avant la moisson permet de bénéficier de l'humidité résiduelle du sol pour une levée plus rapide. (© Adobe Stock/Artyom Medvediev)

Et si le meilleur moment pour semer son couvert végétal était avant même d’avoir récolté la culture précédente ? C’est le principe du semis à la volée avant moisson, remis au goût du jour par les conditions estivales de plus en plus séchantes. Avec le drone, Oligo+ est capable d’implanter le couvert alors que la culture est encore sur pied, sans entrer dans la parcelle.

L’intérêt de la technique tient d’abord au calendrier. Après la moisson, le couvert doit rapidement trouver de l’eau pour assurer sa germination et donc sa levée. En découle ensuite sa capacité à produire de la biomasse avant l’automne. En semant quelques jours avant la récolte, la graine bénéficie de l’humidité résiduelle du sol et de la protection offerte par les plantes.

Dix jours pour faire la différence

Le principe n’est pas nouveau. Le semis à la volée, avant ou pendant la moisson, est étudié depuis plusieurs décennies. Mais les travaux récents d’Arvalis permettent de mieux cerner la fenêtre d’intervention.

Depuis 2019, l’institut a comparé, dans une vingtaine d’essais, des semis à la volée réalisés entre 0 et 9 jours avant la récolte, avec des semis effectués après moisson. Résultat : les levées sont en moyenne équivalentes. La biomasse et l’azote absorbé le sont également pour les semis réalisés moins de dix jours avant la récolte. Le trèfle incarnat, le sorgho, le radis, le lin ou encore la phacélie figurent parmi les espèces adaptées à cette stratégie.

En revanche, vouloir prendre trop d’avance peut se retourner contre le couvert. Dans ces mêmes essais, les semis réalisés 16 à 70 jours avant la moisson ont produit des biomasses significativement inférieures. Une plantule qui lève sous un blé encore en végétation peut vite manquer d’eau ou de lumière. Arvalis recommande donc de privilégier une implantation juste avant la récolte plutôt qu’un semis très anticipé.

Le calendrier est donc assez serré. Et c’est précisément là que le drone présente un intérêt.

Le drone passe avant la moissonneuse

Oligo+ propose d’intervenir directement dans la culture en place. Le drone dépose les semences à la volée, sans rouler dans la parcelle. Quelques jours plus tard, la moissonneuse fait son boulot, le couvert étant déjà implanté.

En juin 2026, à l’occasion d’une démonstration organisée à Lavaufranche dans l’Allier, Oligo+ avait ainsi semé du trèfle violet dans une parcelle d’avoine encore en place. Le drone utilisé pouvait embarquer jusqu’à 50 kg de semences, avec une largeur d’épandage de 6 m, soit un débit annoncé jusqu’à 7 ha/h en conditions optimales. La parcelle a ensuite été suivie pour vérifier la densité, la répartition et la biomasse produite, et ainsi pouvoir comparer avec un semis classique. Il n’y a pas encore de résultats publiés à date.

Le même principe a été utilisé en septembre dans les Côtes-d’Armor, cette fois dans du maïs grain, avec un mélange de phacélie et de vesce velue. L’objectif est là aussi de gagner du temps à l’implantation et permettre au couvert de produire davantage de biomasse avant l’hiver.

Le drone n’est finalement pas une nouvelle technique d’implantation, mais plus une solution au principal problème qu’est le semis avant récolte : comment distribuer les graines dans une culture encore debout sans passer avec un tracteur ?

Un intérêt agronomique chiffré

L’enjeu est loin d’être anecdotique. Plus un couvert démarre tôt, plus il a du temps pour produire de la biomasse et capter les éléments minéraux présents dans le sol.

La plateforme expérimentale mise en place en 2025 à Lierville, dans l’Oise, donne un ordre de grandeur. Sur 22 modalités et 19 mélanges, avec plusieurs techniques d’implantation, la biomasse moyenne atteignait 4,5 t MS/ha pour les semis réalisés le 30 juin au drone, contre 3,2 t MS/ha pour les semis directs ou TCS réalisés le 5 août et 2,1 t MS/ha pour le semis simplifié du 25 août. Ces résultats sont issus de la plateforme conduite conjointement par Novalis Terra, Larécolte.fr et Gaya Consultants et relayés par Oligo+.

Mieux vaut rester prudent : il s’agit d’un essai mené dans un contexte pédoclimatique précis (précédent blé, betterave à suivre). L’essai montre surtout l’importance de la date d’implantation dans la production de biomasse, plus que de mettre en avant l’avantage du drone sur les autres matériels.

Semer tôt pour mieux capter l’azote. Terres Inovia recommande en effet d’implanter tôt, particulièrement dans les situations à risque important de lixiviation, de sorte que le couvert soit suffisamment développé avant la période de drainage.

Une valeur économique qui dépasse le coût du semis

Dans son étude publiée en septembre 2026, Semae apporte un autre éclairage sur l’intérêt des couverts. L’interprofession a croisé la littérature scientifique française avec l’expertise d’Arvalis, de l’Inrae et des Chambres d’agriculture pour attribuer une valeur économique aux différents services rendus par les intercultures.

L’étude estime jusqu’à 105 €/ha la valeur de l’azote restitué, jusqu’à 128 €/ha/an celle du carbone stocké et jusqu’à 960 €/ha le rendement préservé grâce à la limitation du tassement des sols. Ces valeurs ne sont pas cumulables : elles correspondent à des situations et hypothèses différentes. Ces chiffres donnent surtout une idée de la valeur des services rendus par les couverts, à comparer avec leur coût d’implantation.

Le drone n’est pas forcément le moins cher

L’argument économique doit lui aussi être relativisé. Terres Inovia estime le coût du semis à la volée avant moisson entre 10 et 12 €/ha, hors semences, pour un débit de chantier de 10 ha/h. Le semis direct est donné entre 30 et 50 €/ha, avec un débit d’environ 3 ha/h.

De son côté, Oligo+ annonce un coût moyen situé entre 30 et 45 €/ha pour le semis par drone, toujours hors semences. La société met en avant l’absence de travail du sol et de passage de tracteur, sans oublier la possibilité d’intervenir à un autre moment que lorsque l’exploitant est déjà mobilisé par sa récolte.

La méthode ne convient pas à toutes les parcelles

La technique conserve néanmoins plusieurs limites. Le semis à la volée est dépendant de la pluie qui suivra l’intervention, et du maintien d’une humidité suffisante. Idéalement, Terres Inovia recommande de viser 20 à 25 mm de pluie après le semis. Le choix des espèces est lui aussi déterminant. Mieux vaut opter pour des petites graines, dont le PMG est inférieur à 35 g.

Autre point de vigilance : la propreté de la parcelle. Arvalis souligne que le semis avant moisson n’est pas le plus adapté aux parcelles présentant une flore adventice difficile à contrôler. L’absence de travail du sol ne permet pas de profiter de l’interculture pour détruire les mauvaises herbes.

Le maintien des pailles joue également un rôle sur la réussite de l’implantation. Les essais Arvalis montrent que les résultats sont moins favorables lorsque les pailles sont exportées, le mulch jouant effectivement un rôle dans la couverture des graines et la conservation de l’humidité.

Le drone ne remplace donc pas le semoir. Il peut répondre à des situations précises : implanter tôt un couvert à petites graines, dans une culture encore sur pied, sans attendre la moisson et sans faire circuler de tracteur dans le champ.

C’est finalement moins le drone qui constitue l’innovation que la possibilité de gagner plusieurs jours sur le calendrier. Avec des étés de plus en plus secs, ces quelques jours d’avance pourraient s’avérer plus précieux que quelques hectares à l’heure de débit de chantier.