Du champ à l’étable, les conséquences de la canicule sur l’agriculture
AFP le 27/06/2026 à 07:00
Volailles en souffrance, melons ou blé à la peine... les productions agricoles ont souffert sous la canicule, en particulier dans l'Ouest où ces températures ont été inédites. Les filières se gardent cependant de tout catastrophisme et ne livrent encore aucun bilan national.
Animaux à la peine
Les pertes les plus massives en cas de chaleur concernent la volaille. Dans l’Ouest, où se concentre la majorité de la production, des départements ont fait état de dizaines d’éleveurs concernés par des surmortalités.
Des équarrisseurs de l’ouest, chargés de récupérer et traiter les cadavres, ont fait état, interrogés par l’AFP, de quelques centaines de tonnes de volailles depuis le début de la canicule. Soit une infime partie de la production française.
En 2025, la France a abattu près de 900 millions de volailles (1,6 million de tonnes). En 2003, 4 à 5 millions de volailles avaient succombé à la canicule mais l’interprofession assure que, depuis, la plupart des éleveurs ont mis en place des mesures pour mieux s’y préparer.
Pour les bovins (15 millions de têtes) et les cochons (22 millions de porcs produits en 2025), le risque existe mais le nombre d’animaux morts est bien moins élevé.
La production laitière baisse drastiquement en cas de forte chaleur, les vaches utilisant leur énergie pour réguler leur température. Les chiffres mensuels ne sont toutefois communiqués par le ministère qu’un mois et demi après la collecte.
Carole Joliff, présidente du comité régional porcin de Bretagne – première région productrice – n’a pas constaté de « vague de surmortalité », les cochons résistant mieux que la volaille.
Maraîchers en difficulté
Côté fruits et légumes, les difficultés frappent en particulier les producteurs cumulant stress thermique et hydrique. « La vraie différence c’est l’eau », dit Daniel Sauvaitre, président d’Interfel.
Ainsi les melons du Centre-Ouest, qui venaient d’entrer en production, ont « énormément souffert », surtout dans les zones non irrigables où des parcelles ont perdu 50 % de rendement potentiel, selon Myriam Martineau, présidente de l’Association interprofessionnelle melon et pastèque (AIMP).
La canicule « commence à se calmer, mais on n’a pas fini d’en mesurer les conséquences : quid des jeunes plants, dont la croissance a été bloquée ? On verra si ça repart », dit-elle.
Le ministère de l’Agriculture cite des exemples comme celui des « carottes nouvelles des Hauts-de France » dont « une part de la production est mal en point ». « Ce n’est pas forcément le cas des légumes sous serre (…). Donc une partie de la production légumière va pouvoir arriver sur les marchés. » « Avec le soleil, on a bien vendu les fraises, nectarines, abricots… L’ambiance est plutôt positive sur les étals », note M. Sauvaitre.
Situation inégale pour les céréales
Ces cultures souffrent à des degrés divers selon leur stade de maturité.
La moisson s’achève presque pour les orges, pour lesquels les jeux sont faits. Pour le blé, la récolte débute avec « une bonne qualité » de graine, mais « des rendements inférieurs à la moyenne » du fait d’une année climatique difficile, entre pluies trop abondantes l’hiver et coups de chaud au printemps. L’inquiétude est plus forte pour les blés tardifs du nord de la France.
La principale inconnue porte sur le maïs, qui va entrer en période de floraison. L’hypothèse d’une nouvelle vague de chaleur début juillet inquiète.
La vigne résiste
Le vignoble à ce stade de sa croissance « résiste bien », indique Bernard Farges, président du Comité national des interprofessions des vins (CNIV), qui ne constate « pas de dégâts », sauf peut-être pour de « jeunes vignes dont l’enracinement n’est pas assez profond ».
Selon lui, la profession a appris de la canicule de 2003 et des épisodes qui ont suivi.
En particulier, elle enlève moins les feuilles, qui assurent l’ombrage des raisins. Elle évite aussi de traiter dans ces conditions climatiques avec des produits comme le soufre qui, associé au soleil, brûlent le plant : « ces températures, c’est comme du lance-flammes qui brûle les feuilles ».
Surtout, le secteur espère qu’il y aura de l’eau en juillet pour faire grossir le raisin, sinon il y aura « des problèmes de rendement et de quantité », souligne le viticulteur bordelais. Quant aux vendanges, elles s’annoncent à nouveau plus précoces que jamais, ajoute-t-il.