Dans les serres de tomates, ouvriers et bourdons à l’épreuve de la canicule
AFP le 26/06/2026 à 14:39
Des horaires allégés et des réveils plus matinaux : dans les serres de tomates bretonnes, les ouvriers agricoles doivent s'adapter à la chaleur étouffante, qui les fait transpirer à grosses gouttes. A l'instar des bourdons, qui pollinisent moins.
Il est à peine 09h00 dans la campagne verdoyante de Taulé, à quelques kilomètres au nord-ouest de Morlaix (Finistère), et la température extérieure avoisine déjà les 30°C. « Aujourd’hui, ça commence à chauffer plus fort qu’hier », remarque Tomislav Stojanovic, chef d’équipe de 53 ans, hissé sur une nacelle au-dessus de la canopée des plants de tomates.
Dans ces immenses serres en verre qui s’étendent à perte de vue, le thermomètre n’affiche encore que 27°C, aidé par l’effet refroidissant de la transpiration des plantes. « La plante se ventile et rejette de l’eau dans l’atmosphère, ce qui permet de faire baisser la température dans la serre », détaille Guénolé Kerbrat, maraîcher de 45 ans, qui exploite 9 hectares avec sa famille.
En plein soleil, la chaleur est cependant vite accablante. Pour parer à sa virulence, Tomislav a emporté casquette, bouteille d’eau et ventilateur sur son chariot élévateur. « Comme ça, j’ai un peu d’air quand il commence à faire trop chaud », dit-il.
Journée décalée et écourtée
En pleine canicule, « tu travailles pas bien, tu passes ton temps à boire de l’eau », lâche Ronan Le Borgne, 46 ans, transpirant sous son treillis et sa casquette Jurassic Park. Et encore, « le matin, il fait bon, c’est agréable », explique l’ouvrier agricole, qui se félicite de terminer le travail à 13h00, alors que les températures maximales doivent avoisiner 36°C l’après-midi – 16 degrés au-dessus des normales de saison.
« Après 14h00, on ne pourrait pas travailler. Pour notre santé, ça serait insupportable », dit-il. « On suffoquerait », confirme Lætitia Miossec, 37 ans, qui assure elle aussi ne pas souffrir de la chaleur précoce du matin. « Ça va, c’est supportable. Je m’adapte », dit-elle, malgré les gouttes qui perlent sous sa casquette.
Depuis que le thermomètre s’affole, Guénolé Kerbrat a décalé les horaires de travail de ses salariés, qui commencent deux heures plus tôt, à 06h00, et ne travaillent pas l’après-midi. La journée de travail a même été écourtée d’une heure et demi lors des trois journées les plus chaudes de la semaine.
« On ne peut pas demander au personnel de travailler dans ces conditions exceptionnelles. On est moins efficace au bout d’un moment. Ça ne sert à rien de les faire travailler pour le principe », explique l’agriculteur aux mains noircies par la sève des plants de tomates.
« Un cap est passé »
Les postes de travail ont également été adaptés pour éviter aux équipes qui s’occupent du palissage d’être exposés au soleil en fin de matinée. Quant aux ruches de bourdons, il a fallu tripler leur nombre pour s’assurer une bonne pollinisation. Car par cette chaleur, « les bourdons travaillent moins. Ils adaptent leurs horaires, comme nous », sourit Guénolé Kerbrat.
« Il faut qu’on apporte plus de bourdons pour bien féconder nos fleurs. Sinon, il va y avoir des fruits en moins dans les grappes de tomates », ajoute-t-il. Dans les années qui viennent, le maraîcher estime d’ailleurs qu’il va devoir investir pour s’adapter « aux conditions climatiques futures », en installant des écrans d’ombrage ou des systèmes de brouillard diminuant la température dans les serres.
« Avant, 30°C c’était dingue (en Bretagne, NDLR). Maintenant, c’est normal. On sent qu’un cap est passé et qu’on va avoir des canicules à répétition », remarque-t-il. Région au climat tempéré, la Bretagne produit un quart des tomates françaises, avec 150 000 tonnes par an, cultivées quasi exclusivement sous serres.
Au-delà de la tomate, c’est toute la production légumière de la région, grosse productrice de choux-fleurs, artichauts et brocolis, qui pourrait être menacée par ces pics de chaleurs récurrents. « C’est assez brutal », confirme Marc Kerangueven, président de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, première coopérative légumière française.
« Je suis plutôt quelqu’un d’optimiste mais là, je suis inquiet », confie l’agriculteur. « Si ça continue comme ça, il va falloir évoluer. Nos cultures ne sont pas adaptées à ce genre de températures ».