Dans l’oeil du cyclone, le maïs européen voit ses prix augmenter
AFP le 01/07/2026 à 21:30
Rendements et surfaces cultivées en repli, le maïs a vu ses cours monter cette semaine en Europe, où une nouvelle vague de chaleur s'annonce, porteuse d'inquiétudes supplémentaires.
Sur Euronext, le grain jaune a gagné 3 % en une semaine, à plus de 234 euros la tonne, s’ajoutant aux + 8 % de la semaine précédente, même si les cours restent loin de leurs sommets historiques.
« De toutes les cultures, celle qui inquiète le plus aujourd’hui en Europe est le maïs, avec la canicule passée mais aussi des semaines à venir qui s’annoncent peut-être moins intenses en chaleur mais tout aussi sèches, avec l’absence de perspective de pluies significatives sur une large partie de l’Europe jusqu’à la mi-juillet », explique Sébastien Poncelet, analyste à Argus Media. Dès lors, « les prix du maïs européen s’envolent dans une logique de « rationnement » de la future demande ».
Grand pays producteur de l’UE, la France s’attend à sa plus petite récolte depuis 26 ans, en baisse de 30 % sur un an, estime l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM).
En cause, des rendement réduits de 15-20 % « minimum » sous l’effet des coups de chaleur et du manque d’humidité, et un recul de 20 % des surfaces cultivées.
Pour autant, si la situation raffermit les cours, ceux-ci restent loin des sommets atteints en 2022 avec l’invasion russe de l’Ukraine, grenier de l’Europe : depuis ce pic, les bonnes productions se sont enchaînées en Amérique notamment, contribuant à déprimer les prix.
Courtier au cabinet Inter-Courtage, Damien Vercambre ne croit pas que les prix actuels puissent aller bien plus haut : « le maïs français ne peut pas non plus monter trop haut parce qu’il va se faire tailler des croupières » par la concurrence.
Petit à petit, les observateurs voient la géographie du maïs changer : depuis deux à trois ans les surfaces reculent aussi en Hongrie, Bulgarie, Roumanie… frappées par « des canicules à répétition », relève M. Poncelet.
« Presque tous les ans, il y a des pertes de production. Donc les producteurs lèvent le pied pour aller vers d’autres cultures et donc on a un effondrement, pas que français, des surfaces de maïs ».
Ormuz « au second plan »
Moins d’inquiétude en revanche pour le blé, dont les cours ont reflué cette semaine en Europe.
Les moissons sont en cours, débutant aussi au nord de Paris. Et même si quelques pertes sont possibles, elles devraient être « limitées ».
Les prix sont en outre contenus par la concurrence des blés de la mer Noire, attendus en abondance de la Bulgarie à la Roumanie, en passant par l’Ukraine et même la Turquie qui, les années précédentes, a parfois pu acheter les productions européennes. De la même façon, « la production a été très bonne dans tous les grands bassins d’importation que représentent l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient », note Sébastien Poncelet.
Contrastant avec ces mouvements européens, le marché américain est lui resté globalement stable, blé, maïs et soja évoluant en dents de scie avant de se reprendre un peu.
La « Corn Belt » attend un coup de chaud, avec des températures supérieures à 30°C prévues dans la plupart des États du centre et de l’est des États-Unis, selon les services météorologiques (NWS). Mais le marché ne semble dans l’immédiat pas s’en inquiéter.
« Si l’on examine la situation jusqu’à la mi-juillet environ, on constate certes une vague de chaleur sur une grande partie du Midwest, mais nous avons également bénéficié de précipitations en amont », note Dewey Strickler, analyste à Ag Watch Market Advisors. « Il n’y a donc aucun problème pour l’instant ».
Quant à l’impact de la situation dans le détroit d’Ormuz, le sujet est « passé au second plan », notent les analystes de part et d’autre de l’Atlantique. « La guerre en Iran est considérée comme pratiquement terminée par une grande partie des acteurs du marché ici », souligne Jack Scoville, analyste de Price Futures Group.
Les prix des engrais, montés en flèche avec la guerre, se détendent depuis quelques semaines, la Chine ayant repris ses exportations d’urée et les agriculteurs retenant encore leurs achats. Il reste cependant à voir quels en seront les impacts sur les décisions de semis des agriculteurs cet automne.