Avant même l’installation, sensibiliser et prévenir les risques climatiques
TNC le 01/07/2026 à 15:16
Sensibilisation aux risques, prévention, et ensuite réalisation d’un diagnostic et élaboration d’un plan d’action… En Bretagne, la nouvelle dotation jeune agriculteur intègre une approche climatique. L’objectif : que les porteurs de projets puissent évaluer la vulnérabilité de leur future exploitation.
Les vagues de chaleur, brutale et précoce de fin mai, intense et longue à partir de la mi-juin, remettent le changement climatique en première ligne. Les exploitants agricoles sont particulièrement concernés, et notamment la génération qui s’apprête à prendre la relève. Alors la Bretagne a décidé, dans la nouvelledotation jeune agriculteur, de mettre l’accent sur le climat. Pour rappel : dans le cadre de la programmation 2024-2027 de la Pac, la gestion de la DJA a été confiée aux Régions.
« Cette approche bretonne « adaptation climatique » est assez innovante », commente Marie-Isabelle Le Bars, chargée de mission régionale installation/transmission à la chambre d’agriculture, lors d’un webinaire diffusé début juin sur la chaîne Youtube de l’organisme. En amont de la demande d’aide, dans l’accompagnement proposé, et en particulier le stage 21h, le futur agriculteur est sensibilisé aux risques climatiques sur la ferme où il va s’installer, et à la façon de les prévenir, en cohérence avec son projet d’installation agricole.
Sans diagnostic climat, vous ne toucherez pas l’intégralité de la DJA
« L’objectif aussi : que les candidats à l’installation échangent sur cette problématique, met en avant Marie-Isabelle Le Bars. Avec les événements climatiques que nous vivons depuis quelque temps, ils l’ont bien en tête. » Puis, dans leurs quatre premières années d’activité, ils doivent réaliser un diagnostic climat et mettre en place un plan d’action en fonction des résultats. Ce point fait partie des éléments vérifiés lors du contrôle à cinq ans de la DJA et conditionne l’octroi des 20 % restant à verser. Le diagnostic s’appuie sur un outil multi-filières, ClimAléas, issu de la recherche et partagé avec plusieurs partenaires, disponible entre autres en grandes cultures.
« On peut voir ce qu’il est possible de mettre en place techniquement dans chaque filière », indique Stéphane Cornec, agriculteur en charge du dossier installation à la chambre d’agriculture. Le premier niveau, ClimAléas Test, incite les porteurs de projets agricoles à réfléchir à la vulnérabilité de leur future exploitation aux aléas climatiques. Le second, ClimAléas Diag, consiste à effectuer un auto-diagnostic quantitatif de cette vulnérabilité, aujourd’hui et pour les années à venir, en répondant à une vingtaine de questions. À disposition également : un diagnostic « eau », commun à toutes les productions.
Tester des leviers d’adaptation avant de les adopter
Des leviers d’adaptation sont ainsi identifiés au niveau des bâtiments, des variétés et des assolements, de la diversification des ateliers, de la gestion des sols, des couverts, de l’eau et de l’irrigation… « C’est assez concret, il est facile de se projeter sur son exploitation », fait remarquer Stéphane Cornec. Ils peuvent être testés, via des simulations par exemple, avant d’être adoptés ou non. Des fiches détaillées, avec des exemples et des témoignages, permettent d’aller plus loin.
« Il y a la question des pratiques, et celle du choix des investissements derrière », souligne Marie-Isabelle Le Bars qui insiste sur le côté collectif de la démarche, pour favoriser les échanges entre futurs installés en agriculture, et son caractère local puisque le contexte pédo-climatique peut varier fortement d’une zone à une autre.
« Dans l’étude globale d’installation, et dans le cadre du contrat de transition agroécologique, les aspects « eau, phytos et climat » sont regardés pour montrer la viabilité, la vivabilité et la durabilité des projets », précise-t-elle, par exemple, à travers la mise en œuvre de MAEC (mesures agroécologiques et climatiques) système, de pratiques visant à réduire le carbone émis, etc.
Marie-Isabelle rappelle que la nouvelle DJA a été revalorisée de 8 000 € en Bretagne, passant de 22 000 à 30 000 €, et simplifiée : « la sélection ne se fait plus par le produit brut standard dégagé – il fallait un chiffre d’affaires équivalent de 10 000 à 1,2 M€ – ce qui était à la fois complexe, théorique et peu réaliste. Désormais, l’étude d’installation fait foi : il faut un revenu d’au moins un Smic en année 4. »