Champs inondés, semis retardés...

Avec la pluie, les agriculteurs saturent autant que leurs sols !


TNC le 09/03/2020 à 06:38

L'excédent pluviométrique enregistré depuis l'automne sur de nombreuses régions de l'ouest et de la moitié nord de la France perturbe l'avancée des travaux dans les champs. Les semis de printemps sont en retard, les cultures d'automne sont parfois noyées et il est impossible d'intervenir en plaine. Pour couronner le tout, les prévisions météo à court terme sont pessimistes. Cette semaine, les agriculteurs ont partagé sur Twitter leur désarroi face à ces conditions météorologiques.

D’après les derniers chiffres de FranceAgriMer, les semis des cultures de printemps sont en retard cette année. Alors que les orges de printemps étaient semées à hauteur de 88 % en 2019, ce pourcentage ne s’élève qu’à 33 % au 2 mars 2020 (contre 32 % au 24 février 2020). Autant dire que depuis 10 jours, les chantiers sont stoppés. 

Il faut dire que le cumul des précipitations est impressionnant sur la moitié nord de la France. En février, « les cumuls de pluie ont souvent été excédentaires de plus de 30 % sur la moitié nord du pays et de plus de 50 % sur les Alpes du Nord. De la Normandie aux frontières du Nord, la pluviométrie a affiché une fois et demie à deux fois et demie la normale, voire près de trois fois en Meurthe-et-Moselle, en région parisienne et dans la Somme », indique Météo France dans son bilan météorologique de février 2020.

Plus de 1 150 mm enregistrés en Bretagne depuis octobre !

Et depuis l’automne, les chiffres sont parfois vertigineux. Pour Cédric Minet, en Seine-et-Marne, c’est 600 mm depuis cinq mois ;  930 mm pour Daniel Barach dans le Morbihan depuis septembre soit l’équivalent d’une année de pluviométrie et 1 150 depuis fin octobre pour son voisin morbihannais Dominique Luherne. Ce dernier relève d’ailleurs plus de 100 mm pour cette première semaine de mars ! Chez François Pétorin en Charente-Maritime, le cumul atteint 678 mm depuis le 1er octobre. Enfin, en Vendée, le Gaec les Groix note 978 mm depuis octobre et 80 mm depuis le début du mois de mars. 

En revanche, les précipitations ont été déficitaires sur la moitié sud du pays en février. « Le déficit a atteint 25 % de l’Allier au nord de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées hormis sur le relief », précise Météo France. C’est ce que fait remarquer également François Walraet, agriculteur dans l’Allier, sur Twitter : en février, la pluviométrie ne s’est élevée qu’à 40 mm.

Pour les agriculteurs de l’ouest et de la partie nord de la France, les champs et prairies se retrouvent irrémédiablement inondés :  

Les semis se révèlent impossibles pour beaucoup. En Vendée, les semis de blé dur ne sont pas terminés, et les producteurs espèrent toujours pouvoir les achever à l’instar de François Arnoux. 

Pour ceux qui avaient réussi à trouver une fenêtre pour implanter leurs cultures de printemps en février, elles se retrouvent désormais sous l’eau. C’est le cas pour les féveroles de Denis Laizé, agriculteur dans le Maine-et-Loire, qui commençaient à sortir de terre et sont désormais noyées par l’excès d’eau. Ou encore pour les pois de printemps de Thierry Bernier dans les Deux-Sèvres et les semis de blé de Lino en Vendée effectués en janvier.

État des cultures d’automne hétérogène

En ce qui concerne les cultures semées à l’automne, la situation est hétérogène. L’état des blés au 2 mars 2020 est bon à excellent pour 64 % des cultures contre 86 % l’an dernier selon le dernier rapport de FranceAgriMer Le pourcentage s’établit à 65 % pour les orges d’hiver contre 80 % en 2019. 

Vincent Guyot, céréalier dans l’Aisne, indique que ses blés après colza sont bons. En revanche, il est plus inquiet pour ses colzas. Inquiétude partagée par Jean-René Menier, producteur de grandes cultures dans le Morbihan, qui note des colzas corrects et d’autres dans un état catastrophique. 

Coté éleveurs, certains ont débuté leur déprimage dès janvier mais doivent s’adapter à cette pluie incessante en limitant la présence dans les paddocks voire en rentrant de nouveau leurs animaux. Vincent Luherne, en Bretagne, avait sorti ces vaches pendant trois semaines, début février mais depuis quinze jours, elles sont en bâtiment. « On va avoir deux mises à l’herbe cette année ! » s’exclame-t-il. Pour d’autres, pas question de sortir leur troupeau, ce qui leur fait dire : « c’est plus la déprime que le déprimage » !

Et la situation ne semble pas s’améliorer pour la semaine prochaine. Christophe Mertz de MeteoNews indique ce vendredi : « De nouvelles perturbations reviendront à partir de dimanche. La semaine prochaine s’annonce encore une fois bien perturbée et pluvieuse sur l’ensemble du pays. 30 à 50 mm supplémentaires pourraient s’accumuler sur la semaine à venir notamment dans l’Est, le Massif Central et au pied des Pyrénées. »

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