Pyrénées-Orientales : face au risque sécheresse, des eaux usées retraitées pour les agriculteurs
AFP le 20/06/2026 à 07:00
Au coeur de la plaine du Roussillon (Pyrénées-Orientales), grande productrice de fruits et légumes, la plus importante usine française de traitement des eaux usées destinée à l'irrigation agricole, inaugurée samedi, doit aider à faire face au risque de sécheresse, récurrent dans le département.
« Les problèmes en eau ont commencé avec deux sécheresses coup sur coup en 2022 et 2023 », se souvient Benjamin Guertin, 48 ans, arboriculteur à Palau-del-Vidre, commune rurale à vingt kilomètres au sud de Perpignan. A l’époque, les trois fleuves (le Tech, la Têt et l’Agly) qui irriguent ce riche terroir agricole restent désespérément à sec.
« Donc dès qu’on nous a parlé de l’usine (…) on a été intéressés », raconte le producteur de pêches et de nectarines, physique de rugbyman, dont les vergers s’étendent sur 90 ha et emploient 60 personnes en pleine saison.
« En ce moment, c’est le rush » : M. Guertin est en train d’empaqueter ses fruits, arrivés à maturité après les premières chaleurs du printemps. Il va désormais pouvoir compter sur l’apport de la nouvelle usine de traitement des eaux usées d’Argelès-sur-mer, à une dizaine de kilomètres de son exploitation.
L’infrastructure de Veolia a été sérieusement modernisée grâce à 13 millions d’euros de travaux dont 80 % issus des subventions du « Plan résilience » lancé par l’Etat en 2024 à l’heure où le stress hydrique dans ce département structurellement le plus sec de France était à son comble.
3,5 piscines olympiques
Maxime Zevaco, ingénieur chez Veolia, qui a piloté le projet, met en avant la qualité de l’eau produite qui « s’inscrit dans un cadre réglementaire très strict car c’est à destination d’une culture vivrière ».
« L’eau est d’abord pré-filtrée, ensuite ultra-filtrée par notre technologie », détaille-t-il, comparant le dispositif à des « pailles » percées de trous 5 000 fois plus petits qu’un cheveu. L’eau rendue propre est ensuite stockée et désinfectée sur le site.
En pleine saison, ce sera l’équivalent de 3,5 piscines olympiques envoyé vers les exploitations de 56 agriculteurs, détaille l’ingénieur.
Depuis quelques jours, M. Guertin peut ainsi irriguer près de la moitié de ses terres avec l’eau de l’usine. « Je suis vraiment content car avant, je faisais uniquement avec de l’eau de pompage de la nappe. Niveau éthique, c’est mieux maintenant ».
En 2023, alors que la zone rentrait dans une véritable crise de l’eau, Benjamin Guertin a connu une importante chute de ses rendements. Il a perdu 200 000 euros en un an pour un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, quand d’autres, encore plus touchés, mettaient la clé sous la porte.
Partage de l’eau
Pour relier ses vergers à la conduite de la centrale, l’agriculteur a déboursé 15 000 euros afin de tirer 450 mètres de canalisations. « Ca a un coût, mais bon, c’est essentiel de le faire, on peut pas rester sur le pompage de la nappe ».
Autre coût pour l’arboriculteur, le litre est à 20 centimes contre 7 pour un pompage traditionnel. « Ca fera environ 35 000 euros de plus », a calculé M. Guertin. Les autorités assurent que ce prix est déjà « bas » et que cela sert aussi à rentabiliser l’investissement dans l’usine.
Pour Marion Galaup, directrice de la Régie des eaux de la communauté de communes Albères – Côte Vermeille – Illibéris, sur laquelle se trouve le domaine de M. Guertin, la station va solder le problème du partage de l’eau entre les différents usages et éviter les restrictions que les habitants vivent « chaque été ».
A elle seule, au coeur de la saison estivale, Argelès-sur-Mer, station balnéaire de 10 000 habitants, voit sa population décupler, une affluence qui génère de lourds besoins hydriques mais qui produira également des quantités suffisantes d’eau usée pour l’usine de traitement.
Pour autant, Benjamin Guertin reste prudent, s’interrogeant sur l’efficacité de l’usine, si la sécheresse retrouve des niveaux de crise aiguë. Dans ce cas, dit-il, « je ne suis pas sûr que ça me sauve ».