Colza

« On a perdu près de 40 % des surfaces en trois ans »


AFP le 10/09/2020 à 11:05
La culture de colza est en recul depuis plusieurs années en France. (©TNC)

La culture de colza est en recul depuis plusieurs années en France. (©TNC)

« Il n'y a aucune certitude pour le moment de récolter du colza l'été prochain ». En France, nombre d'agriculteurs se « grattent la tête » devant des cultures qui ne sortent pas d'un sol trop sec et colonisé par les ravageurs, mettant à mal l'autonomie du pays en matière de production de protéines.

La France dépend actuellement à près de 45 % des importations de protéines végétales pour nourrir ses animaux d’élevage, une dépendance que les producteurs d’oléoprotéagineux aimeraient voir descendre à 35 %, avec l’aide du nouveau plan protéines inscrit dans le volet agricole du plan de relance pour un montant de 100 millions d’euros.

Seul hic, alors que la campagne de semis s’achève à la mi-septembre, le colza, premier rempart contre les importations de soja, est mal en point.

En France, « on avait 1,6 million d’hectares il y a trois ans, on va emblaver cette année autour d’un million d’hectares, avec un petit risque que ce soit un peu moins. Ça veut dire qu’on a perdu près de 40 % des surfaces en trois ans », déclare à l’AFP Arnaud Rousseau, agriculteur en Seine-et-Marne et président de la FOP (producteurs d’oléo-protéagineux).

« Ces deux dernières années, notre recours aux importations a eu tendance à augmenter » de quelques pour cent, même s’il demeure, notamment grâce au colza, très inférieur à la moyenne européenne, indique Stéphane Radet, directeur du Snia, qui regroupe les fabricants d’aliments pour l’élevage.

Premier accusé : le changement climatique. Pour la troisième année consécutive, le colza, planté entre début août et mi-septembre pour être récolté en juillet de l’année suivante, est souvent en butte à une terre trop sèche, faute de précipitations suffisantes.

Retrouvez nos témoignages d’agriculteurs sur le sujet : Semer du colza ou non : une décision suspendue à la météo, mais pas seulement…

Ainsi, dans le Loiret, Sébastien Méry n’a « aucune certitude pour le moment de récolter du colza l’été prochain », compte tenu des populations de pousses « très faibles dans le champ ». « Parfois il y a deux graines sur dix qui lèvent », indique-t-il, après avoir semé « 40 à 45 graines au mètre carré ».

« Ce n’est pas parce qu’on a une conjonction d’années successives difficiles que c’est insoluble et que ça ne laisse plus la place pour cultiver du colza », estime cependant Afsaneh Lellahi, directrice des actions régionales et du transfert à Terres Inovia, l’institut technique des oléoprotéagineux.

Plantes « compagnes »

Parmi les préconisations adressées aux agriculteurs, se préparer à semer au plus tôt, dès début août : « en général, il y a une période de pluies début août qui permet de faire un certain nombre de semis », indique Mme Lellahi… « sauf cette année », reconnaît-elle, ou en tout cas de manière très hétérogène.

Autre objectif des semis précoces : permettre aux cultures d’atteindre fin septembre un stade de développement qui les rend plus résistantes aux attaques d’altises, des coléoptères friands de ces plantations.

Des ravageurs que Sébastien Méry tente également de « détourner » en implantant avec les colzas des « plantes compagnes », telles que les féveroles, la lentille ou le trèfle, qui permettent également de capter l’azote dans la terre, laquelle nourrit ainsi mieux le colza.

La lutte contre les ravageurs passe cependant toujours par la chimie, en dépit de l’interdiction des néonicotinoïdes. Si les cultivateurs ne demandent pas leur réautorisation, contrairement aux betteraviers, ils s’inquiètent du devenir du phosmet, un insecticide dont l’approbation par les autorités européennes arrive à échéance le 31 juillet 2021, selon l’Anses (agence de sécurité sanitaire).

 « On peut se retrouver exactement dans la situation de la betterave »

« On a besoin de conserver des moyens de production », déclare Arnaud Rousseau. « Que signifierait un plan protéines si, in fine, on n’est pas capable de produire, ça n’a pas de sens ».

« Si on n’a plus ce produit, on n’a plus de rempart et on verra disparaître 300 000 à 400 000 hectares de plus. On peut se retrouver exactement dans la situation de la betterave, c’est tout à fait plausible qu’en cas cas d’absence d’alternative, les producteurs se détournent de la production », ajoute-t-il.

« La solution de l’autonomie protéique de la France passe par le développement d’autres cultures protéiques, qui ramèneront de la biodiversité cultivée sur nos parcelles », estime Gilles Menou, agriculteur en Eure-et-Loir. Mais pois ou féveroles sont eux aussi « assez sensibles aux périodes de sécheresse au printemps », conclut-il.

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