Betteraves sucrières

22 alternatives aux néonicotinoïdes identifiées pour lutter contre la jaunisse


TNC le 03/06/2021 à 17:35
Parmi les 22 solutions identifiées, 4 sont immédiatement disponibles et les autres le seront dans un délai de 2 à 3 ans. (©Alexis Hache)

Parmi les 22 solutions identifiées, 4 sont immédiatement disponibles et les autres le seront dans un délai de 2 à 3 ans. (©Alexis Hache)

L'Anses a été saisie le 25 juin 2020 par le ministère de l'agriculture pour « identifier des alternatives efficaces et disponibles pour réduire les populations de pucerons infestant la betterave sucrière », explique l'agence. L'objectif : « que ces moyens de lutte prennent le relais des produits à base de néonicotinoïdes, interdits depuis 2018, mais dont l’utilisation a été réintroduite par dérogation en 2020 pour les traitements des semences de betteraves ».

Dans une mise à jour de son avis de 2018 publiée le 2 juin 2021, l’Anses annonce avoir identifié 22 solutions pour lutter contre les pucerons et la maladie de la jaunisse dans les cultures de betteraves sucrières. Pour cela, « le groupe d’experts a analysé plus de 3 800 références de la littérature scientifique, constatant que peu de ces travaux se sont intéressés à la lutte contre les pucerons de la betterave ». 

Des moyens de lutte à combiner 

Les alternatives identifiées présentent « des efficacités correctes mais insuffisantes en utilisation seule, précise l’agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Elles nécessiteront une approche de lutte intégrée pour atteindre une efficacité suffisante, voire une évolution des pratiques culturales ». Parmi elles, 4 sont « immédiatement disponibles », dont : 

  • 2 insecticides : flonicamide et sprirotétramate ;
  • 2 méthodes culturales « n’impliquant pas de modification drastique du système de culture de la betteraves à sucre, car fondées sur la modification du mode de fertilisation des sols : le paillage, d’une part, et la fertilisation organique à l’aide d’un vermicompost, d’autre part ».

Les 18 autres moyens de lutte devraient être, eux, disponibles « dans un délai de 2 à 3 ans ». On peut dénombrer : 

  • 4 produits phytopharmaceutiques de synthèse à pulvériser : indoxacrebe, abamectine, benzoate d’émamectine et cyantranilopole ; 
  • 3 produits phytopharmaceutiques d’origine naturelle à pulvériser : huile essentielle d’orange et huile de neem/azadirachtine ;
  • 2 champignons entomopathogènes à pulvériser sous forme de spores, Beauveria bassiana et Lecanicillium muscarium ; 
  • 2 macroorganismes à lâcher en masse : « le prédateur Chrysoperla carnea (en particulier sous forme d’œufs) et un parasitoïde Aphidiinae appartenant au genre Aphidius » ; 
  • 2 types d’huiles, organique et minérale, à pulvériser ;
  • 2 stimulateurs de défenses des plantes : « l’huile de paraffine et l’Acibenzolar-S- Methyl » ; 
  • 1 méthode génétique « fondée sur le développement de variétés de betteraves résistantes aux virus de la jaunisse » ; 
  • 2 types de méthodes culturales reposant « sur des associations végétales favorisant les effets d’évitement de la plante hôte (betterave) ou le renforcement du contrôle biologique des pucerons par les ennemis naturels (auxiliaires de culture) présents localement ».

Quelles perspectives ? 

En amont de l’application de ces méthodes de lutte elles-mêmes, l’Anses souligne « l’importance d’améliorer l’épidémiosurveillance des populations de pucerons et des virus associés dans les cultures de betterave, de développer des modèles prédictifs de leur pullulation afin de mieux cibler les lieux et dates d’intervention et de développer des agroéquipements permettant d’optimiser la qualité d’application des produits (notamment pour atteindre la face inférieure des feuilles) ».

Concernant les alternatives, « l’effort de recherche et développement devrait être surtout concentré sur la sélection génétique pour la résistance de la betterave aux virus de la jaunisse et sur l’adaptation ou le transfert des autres solutions identifiées sur d’autres cultures, au cas de la betterave sucrière (à l’exception du flonicamide dont le produit dispose déjà d’une AMM pour un usage sur betterave) ». Enfin, « au-delà de l’étude au cas par cas et compte-tenu de l’efficacité relative de chaque méthode mais aussi de leur complémentarité », l’agence entend « réfléchir dès maintenant à leur combinaison dans une approche de lutte intégrée, en les intégrant dans l’itinéraire technique de la culture de betteraves et dans la mosaïque paysagère ».