Steaks hachés frauduleux

L’origine des produits impossible à déterminer


AFP le 24/07/2019 à 14:10

Il est impossible de déterminer l'origine des steaks hachés frauduleux fournis à des associations caritatives qui avaient dénoncé leur mauvaise qualité en début d'année, déplore un rapport sénatorial publié mercredi.

Les sénateurs recommandent donc de « muscler » les appels d’offres pour garantir a minima la traçabilité des denrées distribuées. « Personne ne peut aujourd’hui déterminer l’origine de la viande contenue dans les steaks hachés distribués dans le cadre du marché public incriminé », indique ce rapport rédigé au nom de la commission des affaires économiques. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait révélé début juin que des steaks hachés de très mauvaise qualité avaient été fournis en France à des associations d’aide aux plus démunis. Ce sont les associations qui avaient alerté les autorités début mars : elles signalaient que les steaks hachés fournis grâce au Fonds européen d’aide aux plus démunis (Fead) présentaient des tâches brunâtres suspectes. « Tous les auditionnés, les entreprises concernées comme les administrations, ont confirmé qu’il leur était impossible de garantir que l’origine des carcasses utilisées par l’industriel était polonaise », souligne le rapport.

« Ainsi, les carcasses de viandes utilisées par l’industriel Biernacki peuvent très bien être polonaises, ukrainiennes ou brésiliennes, sans qu’il ait à en rendre compte à quiconque », appuie le rapport. Les steaks hachés, censés ne contenir que du muscle selon la législation en vigueur, « contenaient quand même de l’estomac, des amygdales, du cartilage, des cœurs de bœuf, du soja, de l’amidon et des morceaux de viande déjà transformés », a déclaré le rapporteur Fabien Gay (CRCE à majorité communiste) à l’AFP. « On demande à nos agriculteurs de tracer chaque bête, chaque morceau de viande, on est en train de passer un traité de libre-échange avec le Canada (Ceta), où on nous dit « il n’y a pas de problème, la traçabilité sera assurée » et aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, avec un marché public, on produit de la viande dont on ne connaît pas la traçabilité », s’insurge-t-il.

Parmi les 18 recommandations du rapport, l’amélioration du cahier des charges des appels d’offres figure donc au premier rang. Sa première piste consiste à « mettre en place un critère de traçabilité sur les matières premières utilisées pour produire les denrées Fead dans les appels d’offres ». L’appel d’offres du Fead concernait près de 1 500 tonnes de steaks hachés surgelés pour la somme de 5,2 millions d’euros.