Série diversification/accueil à la ferme

Logements insolites : sans rouler, la roulotte des Mauger vous fait voyager


TNC le 02/08/2019 à 05:56

Non loin du château de Chambord, à Avaray, il est possible de festoyer dans une salle de mariage, de se reposer dans des chambres d’hôte et de découvrir le charme insolite d’une roulotte... le tout dans une même exploitation agricole ! Nathalie et Damien Mauger reviennent sur leur choix de se tourner vers un gîte sur quatre roues pour diversifier les activités de la ferme de l’Isle.

Sur les 142 ha de leur exploitation céréalière à Avaray, dans le Loir-et-Cher (41), Damien et Nathalie Mauger produisent principalement du maïs grain et du blé ainsi qu’un peu de colza et de trèfle semence. Des cultures sensiblement identiques à ce que faisaient les parents de Damien Mauger, si ce n’est que les haricots d’autrefois ont laissé place aux asperges blanches, semées cette année sur un demi-hectare. La diversification de la production céréalière n’est toutefois pas tant à chercher dans le maraîchage que dans une activité moins courante : la location d’hébergements à la ferme. « Tout a commencé par la salle de réception, il y a 25 ans » se souvient Nathalie Mauger.

Son succès a entraîné une forte demande de logements les week-ends et, pour y répondre, l’ancienne écurie de la ferme a été réaménagée en trois chambres d’hôte, mises en location depuis sept ans. « Nous avons eu envie par la suite d’ajouter un hébergement mais, étant en zone inondable, il fallait que nous nous adaptions ». Leur choix s’est porté sur une roulotte : un logement original qui, selon ses moyens de mobilité et son homologation pour la route, est assimilé à une caravane, un mobile-home ou une habitation légère de loisir. Il convient alors de bien se renseigner : selon les cas, et en fonction du terrain d’implantation, la roulotte ne sera pas soumise au même régime juridique. 

Créer plutôt qu’acheter

Si l’on trouve aujourd’hui des roulottes vendues « clés en main », aux alentours de 40 000 euros, le couple n’a pas choisi d’en acheter une : ils l’ont fabriquée. Conçue à partir d’une remorque quatre roues qui ne servait plus, elle est le fruit de l’imagination de l’agriculteur et d’idées glanées sur le net. « J’ai mis trois ans à la faire, je m’y attelais durant l’hiver » raconte-t-il. « Il aime bien travailler le bois » ajoute Nathalie, la roulotte étant en effet entièrement en sapin.

Un peu plus grande que ce qui se fait couramment, elle peut accueillir quatre personnes grâce à deux banquettes-lits sur les côtés et au lit double placé en hauteur pour pouvoir glisser le chauffe-eau en dessous. « C’est parfait pour les couples avec deux enfants et nous en recevons beaucoup ! », précise Nathalie Mauger. Le chauffe-eau permet d’alimenter la douche et le robinet de la kitchenette, la roulotte étant toute équipée : salle de bain avec WC chimique, coin cuisine comprenant notamment un frigo, des plaques à induction, de la vaisselle, une cafetière…

Un luxe inutile ? « Si j’ai un conseil à donner, c’est qu’il faut que la qualité soit là dès le départ : les hôtes veulent être à la campagne, dans un esprit « nature », mais profiter d’un certain confort », explique Damien Mauger. « Ils veulent avoir accès à une certaine autonomie, même si la cuisine, par exemple, ne sert presque jamais », ajoute sa femme. Damien Mauger a par ailleurs réalisé une terrasse qui a pu être ajoutée facilement puisque les installations accessoires ne sont soumises à aucune formalité tant qu’elles sont amovibles et accolées à la structure.

L’originalité, un choix payant

La roulotte est disponible du 1er avril au 31 octobre, à 70 euros la nuitée pour deux personnes. C’est principalement l’été qu’elle attire du monde où de nombreux cyclistes, empruntant la Loire à Vélo, s’arrêtent le temps d’une nuit. « Au bout de deux ans, nous louions la roulotte autant que les chambres et aujourd’hui, c’est ce qui est le plus réservé », constate Nathalie Mauger. « Il a fallu compter trois ans pour avoir un retour sur investissement », estime quant à lui son mari.

L’organisation à la ferme a été repensée progressivement avec les chambres d’hôte puis la roulotte. Il a notamment été nécessaire de réaménager l’espace : l’image bucolique et champêtre à laquelle s’attendent les hôtes n’est pas toujours en phase avec la réalité d’une ferme agricole. Le terrain a été nettoyé, un parking créé, le matériel agricole rassemblé sous un même hangar et un pigeonnier a été installé dans la cour. Damien Mauger entretient régulièrement la propriété tandis que Nathalie Mauger s’occupe des réservations, de l’accueil ainsi que du ménage et de la cuisine pour les petits-déjeuners. Un travail auquel elle se consacre désormais entièrement, d’autant que la roulotte comme les chambres d’hôte ont été inscrites sur plusieurs sites internet, ce qui implique d’être bien vigilant pour bien reporter chaque réservation sur l’ensemble des plateformes. Sans oublier qu’avoir un planning à jour demande d’être, sans exception, toujours connecté !

Partager : un vrai plaisir

« Je reçois beaucoup de personnes en chambres d’hôte qui travaillent ou ont travaillé dans le monde agricole. Ils sont curieux, veulent échanger, posent des questions : c’est très agréable », témoigne Nathalie Mauger. « Quand il y a des enfants, on leur fait faire des tours en tracteur ! », s’amuse son mari. Ils ajoutent toutefois que, même s’ils précisent qu’ils sont céréaliers, leurs hôtes s’attendent à voir cochons, moutons et autres animaux de la ferme. « Nous hésitons à en avoir pour répondre à cette demande », glisse ainsi l’agriculteur.

Étable ou non, ils comptent aller plus loin dans cette aventure de gîte à la ferme, avec notamment l’idée d’une tiny house originale, formée d’un tonneau en bois sur le châssis d’un camion. Les plans sont dessinés, reste maintenant à faire valider le projet par les institutions référentes. C’est là, finalement, que réside depuis le début la difficulté principale, comme le conclut Damien Mauger : « Il n’est pas facile de savoir ce que l’on peut faire, selon quelles modalités et encore moins de trouver le bon interlocuteur pour poser ses questions. »