Académie d'agriculture de France

Comprendre ce qu’est le revenu agricole


Jean-Marie SERONIE, membre de l'Académie d'Agriculture de France le 07/05/2020 à 16:22

Le revenu des agriculteurs est une question qui revient régulièrement dans le débat public : la MSA déclare que 30 % des agriculteurs gagnent moins de 350 € par mois, l'AGPB que les céréaliers gagnent à peine le SMIC, tandis que la Commission des Comptes de l'Agriculture indique – pour 2018 – un revenu par agriculteur le plus élevé de tous les temps, multiplié par 2,5 par rapport à 1995. L'objet de cette note est de clarifier techniquement et économiquement cette question.

Pourquoi s’intéresse-t-on autant au revenu des agriculteurs ?

On s’intéresse au revenu agricole pour plusieurs raisons très différentes :

  • Connaître la performance globale de la ferme France pour la situer par rapport à ses concurrents et positionner son évolution dans le temps.
  • Connaître le revenu des agriculteurs comme marqueur à la fois de l’évolution de leur situation dans le temps, de la disparité des résultats selon les productions, mais aussi de l’évolution du revenu des agriculteurs par rapport à ceux des autres catégories socio-professionnelles.
  • Mesurer l’évolution des différents types, des systèmes agricoles, des territoires.

Revenu des agriculteurs de quoi parle-t-on ?

L’agriculteur, travailleur non salarié, effectue des prélèvements de trésorerie qui constituent son pouvoir d’achat familial, et servent parfois à rembourser des emprunts réalisés en privé (foncier, par exemple). Ces prélèvements sont en général inférieurs au résultat comptable dégagé, car celui-ci doit aussi financer une part des investissements. Parfois, ils peuvent être supérieurs au résultat (une mauvaise année par exemple), et alors diminuent la trésorerie de l’entreprise, mais cette situation ne peut se répéter trop souvent.

Le graphique ci-dessous illustre cette situation : les prélèvements privés nets moyens varient assez peu entre 20 000 et 25 000 €.

2017, source AGRESTE RICA d’après GRAPHAGRI

Les revenus de l’exploitation agricole ne sont pas les seuls revenus disponibles des agriculteurs

Une publication INSEE de 2015 montre que 53 % des foyers avaient, en 2010, des revenus annuels d’activités autres que l’agriculture, pour environ 16 000 €, souvent le salaire du conjoint. 54 % des foyers ont des revenus fonciers (notamment les associés de GAEC qui mettent à disposition leurs terres propres) représentant 5 000 € environ. 13 % des foyers ont des pensions de retraite pour 9 800 €.

Pour les petites exploitations (production brute inférieure à 25 000 €), ce pourcentage atteint 37 %. Les autres revenus sont donc une forte composante du pouvoir d’achat des ménages agricoles : en ne comptabilisant que les revenus agricoles en 2010, 35 % des agriculteurs avaient un revenu du foyer inférieur à un SMIC, mais en intégrant les autres revenus, ce taux est quasiment divisé par deux et descend à 18 %.

Quelle approche économique du revenu agricole français ?

Un résultat agricole de la ferme France qui ne baisse plus

Le résultat global de la ferme France a régulièrement baissé de 1980 jusque vers 2005. Depuis 2000, la production agricole nationale ne progresse plus. Jusqu’en 2005, les prix étaient en baisse quasiment constante. Cependant, ce n’est plus le cas depuis 15 ans : les prix agricoles ne baissent plus en tendance, ce qui stabilise le résultat global, mais avec des variations interannuelles bien plus fortes qu’auparavant.

Un résultat agricole par agriculteur qui augmente en tendance depuis 2010

Nous sommes entrés dans une ère inédite : depuis une dizaine d’années, le résultat par agriculteur augmente nettement en tendance, mais avec des variations interannuelles de 20 % autour de la tendance ce qui peut conduire à des écarts N/N-1 de 40 %. Il est clair qu’une exploitation agricole ne peut plus être gérée comme auparavant.

Mais, à proprement parler, il n’y a pas de crise globale et générale du revenu agricole.

Des écarts de résultats de plus en plus importants

Cette situation cache des écarts de plus en plus importants entre les exploitations, y compris pour une même région et une même production. Le graphique ci-dessous montre ces écarts à partir des données RICA. On voit qu’il y a un facteur entre le 1er et le 3e quartile : les exploitations du quart supérieur ont donc un revenu 4 fois supérieur à celui des exploitations du quart inférieur avec un écart de l’ordre de 30 000 € par an. Ces écarts s’agrandissent « par le haut » les années où le résultat moyen augmente. C’est sans doute là que se situe la véritable crise du revenu agricole français.

https://www.academie-agriculture.fr/

Pour en savoir plus sur le revenu des agriculteurs ainsi que les méthodes de calcul selon les organismes, vous pouvez consulter le document ci-dessous ⬇

Pour approfondir le sujet consultez aussi