Entente, organisation, communication...

Bien s’installer en société : des éleveurs témoignent


TNC le 19/01/2023 à 11:52

Deux installations en société différentes : celle de Romain Bossis, dans un Gaec entre tiers en Loire-Atlantique et vaches laitières, et celle des fils Combette dans un Gaec familial avec leur père en bovins viande dans le Cher. Les objectifs et priorités, eux, sont similaires, avec toutefois quelques distinctions.

Pourquoi s’installer en société

Pour « se dégager du temps » principalement, met en avant Romain Bossis, ayant rejoint le Gaec Le pin des Landes à Vieillevigne (Loire-Atlantique) le 1er avril 2022, suite au départ en retraite de l’un des quatre associés. « Dès le départ, je voulais mettre en place les cinq semaines de congés par an. Elles y étaient déjà ! Les associés ont toujours tenu à avoir du temps libre en dehors de la ferme », explique-t-il. Ils travaillent en binôme un week-end sur deux et un dimanche soir sur quatre, compensé par une journée de récupération la semaine suivante. Pour « la vie de famille », sa femme travaillant aussi en Gaec, s’installer en société était « un choix logique » selon lui.

C’est aussi l’un des objectif du Gaec Combette à Neuilly-en-Dun (Cher). Adrien Combette et l’un de ses deux frères pratiquent le rugby deux soirs par semaine, avec match le dimanche. « C’est important de se dépenser et s’aérer la tête, ne pas penser qu’à la ferme, retrouver d’autres personnes pour parler d’autre chose », insiste-t-il. Olivier, son père, lui, a pris des responsabilités professionnelles. Parallèlement à la création de la société, les Combette ont mécanisé certaines tâches dans le but de « réduire également la pénibilité ».

Comment réussir son association

  • L’entente entre associés

« On a tout de suite eu le feeling. C’est la base ! », souligne Romain, pour qui « ça n’avait pas fonctionné » avec d’autres associés lors d’une précédente tentative d’installation en Vendée. Pour autant, il est salarié deux ans avant de s’associer, puis réalise un stage de parrainage pendant lequel il a pu bénéficier du chômage grâce à cette période de salariat agricole (entre celle-ci et son premier essai d’association, il avait été également employé cinq ans dans des entreprises du secteur).

Ceci afin de mieux connaître ses futurs « collègues » et savoir s’il va s’entendre avec eux. Pour les mêmes raisons, ces derniers souhaitaient une période de salariat avant l’installation. Romain aura mis huit ans à concrétiser son projet, s’installer, mais ce délai lui a permis de se renseigner sur les démarches à entreprendre et les aides, en particulier pour les sociétés agricoles, et d’effectuer son Spi (stage préparatoire à l’installation) où il a appris « à être patron ».

  • L’organisation du travail

« Avec mon CS (certificat de spécialisation) machinisme, je suis plus sur la partie cultures. Mais j’adore les vaches, c’est pour cette raison que j’ai intégré une exploitation laitière », précise Romain, ayant obtenu au préalable un Capa et un BPREA, eux aussi en alternance. « Au Gaec Le pin des Landes, chacun a ses missions, mais sait tout faire », poursuit-il avant de lancer : « Faut pas être indispensable ! » « Chaque associé est responsable d’un atelier au niveau administratif, tout en tournant sur tous pour être polyvalent », ajoute Axel, l’un des trois autres membres.

Le Gaec Combette fonctionne en binômes. « Un système performant », juge Maxime, 23 ans, installé depuis 2015 comme l’un de ses deux frères, Thomas, 26 ans, qui fait équipe avec leur père. « Il a l’expérience, l’œil du métier et détecte tout de suite les animaux malades, reconnaît ce dernier. Par contre, on n’avance pas à la même vitesse, d’où quelques tensions parfois. » Adrien, 26 ans, installé depuis 2007, a donc Maxime pour partenaire.

« Pas de vêlages pour moi car je n’habite pas sur les sites concernés, alors j’arrive plus tôt le matin pour que mon frère puisse récupérer. Je donne à manger aux animaux, fais téter les veaux, vérifie que toutes les bêtes vont bien. Une fois que Maxime m’a rejoint, nous paillons, distribuons les fourrages, etc. » « Nous n’avons pas forcément les mêmes envies et passions, chacun doit pouvoir s’épanouir, résume le père. Moi, je supervise et effectue les travaux un peu plus chronophages de l’élevage. »

  • La communication

Le midi, Olivier Combette et ses fils déjeunent ensemble « pour parler des décisions à prendre et du fonctionnement des trois sites » que compte l’exploitation (150 vêlages au total pour le plus gros). « Nous décidons à quatre, il faut que tout le monde soit d’accord ! », spécifie Adrien. Pour communiquer rapidement et efficacement, les associés utilisent, entre autres, le smartphone. « J’avais besoin d’un vaccin, en quelques minutes, j’ai envoyé un SMS à mon frère qui m’a dépanné », témoigne Thomas.

Véronique Manche, chargée de mission projet RH/organisation à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, regroupe ces facteurs de réussite en trois priorités axées autour du « partage » :

– « des valeurs et objectifs », ce qui revient à bâtir « un projet commun »,

– « des règles de fonctionnement et des responsabilités »,

– des besoins de chacun.

Le plus important lorsqu’on s’associe

« Se poser, individuellement, les bonnes questions, bien savoir soi-même ce qu’on veut », estime Romain Bossis.

Autrement dit, « trouver un équilibre entre l’efficacité collective et le bien-être individuel au service de la performance de l’entreprise », conclut Véronique Manche.

Pour Olivier Combette, 55 ans, installé depuis 1990, il faut « penser à la transmission en même temps que l’installation en société », « en amont pour ne pas être pris au dépourvu » quand un associé part en retraite. Ce qui « nous a amenés, avec nos responsables juridiques, à construire un Gaec à parts égales et un GFA familial pour supporter le foncier », détaille-t-il. Ainsi, « nous n’aurons que 25 % à racheter à trois au lieu de 50 % par exemple », confirme Adrien. C’est qu’Olivier appelle « bâtir un projet pour l’après-départ ». Quant au Gaec Le pin des Landes, « il cherchait un associé, alors j’ai trouvé ma place facilement. Le poste existait, la transmission était plus simple », raconte Romain Bossis.

À noter : Romain Bossis a trouvé le Gaec du pin des landes où il s’est installé, à 100 m de chez lui, grâce à la vidéo de présentation diffusée sur la chaîne Youtube de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, qui donne des précisions sur l’exploitation (120 VL, 220 ha de SAU, matériel récent, bâtiments fonctionnels…).