125 vêlages en 8 semaines : dans les coulisses du Domaine Desroses
TNC le 06/11/2026 à 05:39
Que ce soit pour la reproduction ou pour le pâturage, le Domaine Desroses ne laisse rien au hasard. Sur les prairies séchantes de l’Allier, les Charolaises de Gauthier Hamot sont tenues à un pâturage tournant très dynamique, et à une saison de reproduction stricte de six semaines, pour huit semaines de vêlage. Une manière pour l’éleveur de faire évoluer sa génétique, et de travailler ses débouchés pour la vente de reproducteurs.
Des grands espaces américains aux pentes de l’Allier, il y a un monde. Pourtant, c’est outre-Atlantique que Gauthier Hamot, à la tête de l’élevage charolais du Domaine Desroses a glané quelques astuces pour organiser son pâturage. Ici, pas de plaines à perte de vue. Avec 125 vaches allaitantes pour 135 ha, la surface est comptée. « J’ai un chargement de 1,6 à 1,7 UGB par hectare qui est assez élevé pour le département. Ailleurs, on tourne plutôt autour des 1,15 UGB/ha », détaille l’éleveur. Il y a quelques années, l’exploitation a perdu des pâtures. Depuis, Gauthier compose pour faire autant avec moins. Chez lui, chaque carré d’herbe compte.
Un pâturage tournant très dynamique
Vu du ciel, le parcellaire se déploie en étoile. Quatre grands paddocks entourent la ferme, chacun découpé en 12 ou 13 petites parcelles. Mais ici, pas question de laisser les animaux chercher de l’herbe. C’est Gauthier qui les mène au menu. « Les parcelles sont prévues pour deux jours de pâturage, mais je les coupe en deux pour lisser le volume d’herbe ingéré », explique l’éleveur. « Sans cela, elles mangent tout le premier jour, et végètent le second ! »
À force de déménager, les Charolaises ont pris le pli : « je n’ai pas de problème pour les manipuler », apprécie Gauthier. Elles connaissent l’éleveur, le suivent… Si bien que les déplacements ne sont pas simplement une manière d’optimiser le pâturage. Ils rythment la vie du troupeau. « Les journées où l’on ne bouge pas d’animaux sont rares ».
Un paddock de vêlage devant la maison
C’est encore plus vrai à l’approche des vêlages. Avec des naissances groupées sur 8 semaines, les déplacements s’intensifient. L’objectif ? Amener les vaches prêtes à vêler à proximité de la ferme, avant qu’elles n’entrent dans le paddock de vêlage pour une surveillance accrue. « Je les rapproche chaque week-end sur une parcelle tampon, qui se vide petit à petit à mesure que les naissances avancent dans la semaine ».
Liste en poche, Gauthier fait le point sur les vaches à déplacer et à surveiller au matin. Pour trier les récalcitrantes, les abreuvoirs constituent des points stratégiques. « Dans les grandes plaines, le seul moyen d’approcher les bisons, c’est par l’eau », a-t-il retenu. « J’ai moins de surface, mais le subterfuge fonctionne ! »

Une fois en place, le travail de surveillance commence. Avec une centaine de vêlages entre le 15 septembre et le 15 octobre, le rythme est soutenu. « La parcelle de vêlage est devant la maison. Ça me permet d’intervenir vite si besoin, et j’ai une caméra qui me permet de surveiller et de toujours avoir un œil sur ce qu’il se passe ».
Une dizaine de SmartVel accompagne les animaux les plus à risque. « Je n’en ai pas assez pour tout le troupeau, mais je les pose sur les génisses ou les vaches à jumeaux ».
Une fois vêlées, les vaches passent un temps sur un paddock nurserie, avant de reprendre le pâturage tournant. « Je ne veux pas de vêlage en bâtiment », poursuit Gauthier. « J’ai bien moins de problèmes sanitaires en extérieur ». Même si cette année, le pâturage d’automne a été limité par la pousse de l’herbe.
6 semaines de reproduction pour 125 vaches
Mais pour Gauthier, le moment clé de l’année, c’est la reproduction. Avant de s’installer à plein temps sur l’exploitation, il était inséminateur.
La préparation de la saison de repro démarre dès l’été. Avant vêlage, les animaux reçoivent un bolus pour assurer une bonne minéralisation. « Je fais attention à ce que les vaches soient en état, mais pas trop pour le vêlage. Même s’il fait sec, il ne faut pas trop tirer sur la corde, sinon les animaux auront du mal à revenir en chaleur à l’automne. »
Au 15 novembre, tous les animaux rentrent au bâtiment. Dès lors, rien n’est laissé au hasard. Âge, sexe, génotypage : les vaches sont allotées selon la destination de leur progéniture.
Elles subissent alors un check-up complet. Allotements, vaccinations, déparasitages… Sans oublier les différentes mesures mises en place pour améliorer la fertilité. L’éleveur profite de cette période pour réaliser un flushing ainsi qu’une cure d’oligo-éléments. Il joue également sur la lumière en bâtiment, afin d’allonger artificiellement la lumière du jour. Enfin, l’effet mâle peut être utilisé pour stimuler et synchroniser l’apparition des chaleurs. « La saison de repro à proprement parler débute au 5 décembre. Cela laisse le temps de tout mettre en place, et de laisser les relations de dominance s’instaurer doucement dans le troupeau ».
Mi-décembre, les choses sérieuses commencent. Le troupeau de Gauthier se met alors aux couleurs de la reproduction à grands coups de bombe bleu, vert, rouge… A chacune son diagnostic précis, qu’il s’agisse de chaleurs irrégulières, impuretés… Cette comptabilité prend toute son importance sur les trois dernières semaines de la saison de reproduction. « Je commence les échos dès 27 jours, car ma fenêtre de tir est restreinte. Les vaches n’ont que deux cycles pour prendre ».
Un troupeau sélectionné pour l’IA
Durant cette période, l’observation est de mise. « J’essaie de ne pas manquer une chaleur, car c’est très cher payé », ajoute Gauthier. Pour ce faire, il sépare les veaux des mères entre les tétées. D’abord pour les protéger des tumultes des vaches en chaleurs, mais aussi pour améliorer les performances à la reproduction. La limitation des tétées réduit le blocage hormonal lié à la succion, ce qui accélère le retour en chaleurs des vaches allaitantes. « C’est quelque chose que j’ai beaucoup vu en Blonde d’Aquitaine, qui est peut-être un peu plus sensible que la Charolaise sur le plan fertilité ».
Au Domaine Desroses, pas de taureau pour le SAV. L’intégralité du troupeau est à l’insémination artificielle. La sélection autour de la facilité de vêlage et de la fertilité le permet. « Je n’ai jamais eu autant de facilité à inséminer que chez moi », confie l’éleveur. « Le troupeau est sélectionné pour ça. Je pourrais mettre un taureau de rattrapage, mais cela reviendrait à être plus laxiste sur la sélection sur la fertilité ».
De quoi « s’amuser » sur la sélection
C’est justement le travail de sélection qui intéresse Gauthier. « Avec un troupeau intégralement génotypé, il y a de quoi s’amuser », sourit l’éleveur. Facilité de vêlage, fertilité, morphologie : « je poursuis le travail de mon père ». Avec une trentaine de taureaux par campagne, l’IA offre de gérer les accouplements au cas par cas.
Ce travail de sélection fait la renommée du Domaine Desroses pour la vente de taureaux. Chaque année, une trentaine de mâles poursuivent leur carrière en reproducteurs, ainsi qu’une quinzaine de femelles.
La sélection est stricte. À la naissance, la morphologie et le résultat du génotypage permettent à Gauthier de classer les animaux. Les pesées à 210 jours finissent le travail. « Si une laitonne est à moins d’un kilo de croissance, c’est que sa mère n’a pas assez de lait. Je l’écarte. Pour les taureaux, je fixe la limite à 1,4 kg de GMQ »
Génération après génération, le tri affine encore un peu plus le niveau du troupeau. Un travail de sélection qui porte ses fruits : au Sommet de l’élevage 2026, Gauthier Hamot a décroché le Sabot d’argent.