Une campagne de production 2026 « particulièrement difficile » pour les semenciers


TNC le 04/11/2026 à 16:57
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(© © TNC)

L’impact de la sécheresse et des canicules hors normes de l’été n'ont pas épargné le secteur des semences, dont la production ne devrait remplir cette année que 65 à 70 % des objectifs. Si le marché intérieur sera approvisionné, l’UFS rappelle que le contexte économique et politique va peser sur les achats des agriculteurs, et appelle les pouvoirs publics à préserver le rôle stratégique de cette production.

Après une campagne commerciale « pas très enthousiaste », la campagne de production s’est avérée « particulièrement difficile pour l’ensemble des espèces » qui ont subi la chaleur et le stress thermique, explique Olivier Paul, président de l’Union française des semenciers (UFS), le 4 novembre. Les objectifs de production de semences ne devraient être remplis qu’à 65-70 % au global, avec des points de tension sur les protéagineux, les potagères, les fourragères et le maïs.

Céréales : vers un recours accru aux semences de ferme

Les céréales et protéagineux ont un peu moins soufferts que les autres espèces, notamment au nord de la Loire, explique Régis Fournier, vice-président de l’UFS, avec une bonne qualité. Le principal enjeu est commercial, puisque les difficultés de trésorerie risquent de détourner les agriculteurs des semences certifiées. « On va sans doute battre des records d’utilisation de semences de ferme cette année, ce qui nous soucie quant au financement de la recherche », ajoute-t-il. L’UFS estime que les surfaces de blé en semences certifiées approcheront cette année des 30 %, contre 40 % l’année passée.  

En maïs, des ruptures sur certaines lignes

En maïs, les premières estimations de rendement font état d’une moyenne de 65-70 % des objectifs de production, mais le chiffre apparaît « optimiste au regard de la qualité qui est en train de rentrer », estime Olivier Paul, qui précise que le maïs précoce est le plus affecté. Y aura-t-il pour autant des problèmes d’approvisionnement ? « Le marché intérieur sera approvisionné », assure Olivier Paul, mais pas forcément sur toutes les variétés. Il y aura notamment beaucoup de besoins en maïs ensilage, au regard de la sécheresse, et le précoce sera en parallèle « beaucoup plus sous tension que le tardif »… « Il y aura des ruptures sur certaines lignes », précise le président de l’UFS.

En colza, des craintes pour 2027

Du côté des oléagineux, la récolte de tournesol tourne autour de 80-85 % des objectifs, grâce à l’irrigation, avec une proportion importante de petits grains. Enfin, en ce qui concerne le colza, la récolte 2026 est plutôt bonne mais les semis dans le sec risquent de poser problème pour la récolte de l’année prochaine. Sans compter que certaines entreprises ont du trouver de nouveaux territoires, par exemple en Espagne, pour semer l’intégralité de leur plan colza, explique Olivier Paul.

Disponibilités restreintes en fourragères

Enfin, les surfaces dédiées à la multiplication de semences fourragères sont en recul constant depuis cinq ans, et la campagne 2026 aura pénalisé les rendements de certaines espèces, indique l’UFS, réduisant les disponibilités. La baisse des stocks va favoriser la relance des programmes de multiplication, sans pour autant lever les inquiétudes pour la campagne 2027.

Marchés en déclin et trésorerie des agriculteurs

Si les chiffres du secteur semencier ne sont pas encore connus pour 2025-2026, l’UFS ne s’attend pas à une évolution positive par rapport à 2024-2025. Quant à 2026-2027, « c’est un point d’interrogation complet dans un contexte climatique et géopolitique incertain », explique Olivier Paul. L’UFS s’inquiète notamment de l’évolution des cours des commodités, qui constitue un levier important de décision pour les agriculteurs dans la campagne à venir, explique Olivier Paul.

Néanmoins, Régis Fournier estime que les marchés seront à la baisse en 2027, compte tenu de l’utilisation accrue des semences de ferme, du prix élevé des commodités, et d’une baisse à l’export du fait de moindres disponibilités.

Faire de la semence une priorité stratégique

Si l’UFS salue plusieurs avancées réglementaires, comme l’adoption de la nouvelle réglementation sur les NGT, le PRM (projet de règlement relatif au matériel de reproduction des végétaux), ou l’omnibus au niveau européen, mais également l’adoption de la loi d’urgence en France, elle rappelle l’importance de « placer la souveraineté semencière au cœur des priorités agricoles, industrielles et scientifiques ». « La souveraineté alimentaire n’est possible que si la semence est produite », insiste Olivier Paul.

Les semenciers ont préparé 13 propositions en ce sens dans le cadre de l’élection présidentielle à venir. Il s’agit, par exemple, de mettre en place un « plan quinquennal semences », sécuriser la production via un accès à l’eau et aux solutions de protection des cultures, de soutenir la recherche et l’innovation en sécurisant le crédit impôt-recherche, régulièrement sur la sellette, ou en déployant les NGT de façon effective.