L’élection de Lula pèse sur le soja américain, la mer Noire sur le blé européen
AFP le 28/10/2026 à 18:30
Des espoirs de pourparlers entre la Russie et l'Ukraine, gros exportateurs de blé et de maïs, ont pesé ces derniers jours sur les cours des céréales en Europe, tandis qu'aux Etats-Unis, le soja américain a pâti de la victoire surprise de Lula au Brésil.
La réélection dimanche du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva face au conservateur Flavio Bolsonaro a pris par surprise les milieux d’affaires et provoqué une forte dépréciation du réal brésilien. Ce qui « se traduit par un soja brésilien moins cher » à l’exportation, résume auprès de l’AFP Michael Zuzolo, du cabinet Global Commodity Analytics and Consulting.
Un soja brésilien qui est donc plus que jamais un concurrent redoutable pour l’américain. « Les acteurs du secteurs se demandent si la Chine va encore importer de grandes quantités de soja américain à ce stade, au vu de la baisse du brésilien », détaille l’analyste.
Le Brésil produit 42,1 % du soja mondial (numéro un des producteurs), contre 27 % pour les Etats-Unis.
Sur le marché de Chicago, le boisseau de soja (27 kg) valait 12,29 USD à la clôture mardi, contre 12,48 USD une semaine auparavant.
La baisse des cours des céréales en Europe est, elle, « due principalement aux bruits récurrents sur les débuts d’un commencement d’actions diplomatiques » pour sécuriser la mer Noire, axe stratégique pour le passage des cargos ukrainiens et russes, indique à l’AFP Edward de Saint-Denis, courtier au cabinet Plantureux-StoneX.
Les deux pays, qui représentent à eux deux un quart des exportations mondiales de blé, « ont besoin de sortir du grain et de rentrer des devises étrangères », ajoute-t-il. « Il n’y a rien de fait mais on sait qu’il y a des tractations ».
Les attaques de drones sur des navires marchands en mer Noire, au large de l’Ukraine, de la Bulgarie ou encore de la Roumanie, se sont multipliées depuis juillet, touchant des bateaux russes et ukrainiens, ou d’autres nationalités.
Ces attaques semblent toutefois avoir nettement baissé d’intensité depuis quelques jours.
« Lâchage » de l’Ukraine par Washington ?
Kiev espère obtenir un cessez-le-feu maritime pour sécuriser ses exportations céréalières perturbées par les attaques russes dans cette zone maritime, ainsi qu’une trêve dans le secteur énergétique avant l’hiver. La Russie rejette toute pause dans les combats avant qu’un accord sur le fond ne soit conclu, espérant ainsi forcer les Ukrainiens à signer un accord favorable à Moscou.
Or « on sait que (le président ukrainien Volodymyr) Zelensky est sous forte pression des Etats-Unis » pour négocier un accord avec la Russie, près de cinq ans après l’invasion par son puissant voisin, relève Edward de Saint-Denis.
Le président américain Donald Trump a ainsi conclu un accord avec son homologue russe, Vladimir Poutine, début octobre, pour lui acheter du gazole en échange de la levée de certaines sanctions.
Ce qui peut être interprété comme un « lâchage » de l’Ukraine par Washington, relève le courtier, et pourrait pousser Zelensky à « avancer dans des tractations en vue d’un accord de paix », poursuit-il.
Avec pour conséquence de détendre les cours des céréales, en raison du poids des deux belligérants dans les exportations de ces matières premières agricoles, qui sont freinées depuis plusieurs mois à cause des frappes.
Une réunion entre Russes, Ukrainiens et Américains est prévue en novembre aux Émirats arabes unis pour relancer les efforts de paix, à l’arrêt depuis le début de l’année.