Aux Pays-Bas, KI Samen prend le contre-pied de la génomique


TNC le 28/10/2026 à 05:26
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Gerard Scheepens, directeur de la coordination chez KI Samen nous a présenté le schéma de sélection de la station, fondé sur la longévité et les performances observées des animaux. (© TNC)

Des vaches qui produisent, et qui durent. Aux Pays-Bas, KI Samen mise sur des taureaux issus de lignées éprouvées et défend une sélection fondée autant sur les performances observées que sur les index.

« La génétique des cheveux » : c’est ainsi que Gérard Scheepens décrit ce qu’il considère comme une dérive de la sélection bovine. Directeur de la coordination chez KI Samen, l’un des principaux centres privés d’insémination des Pays-Bas, le généticien entend bien défendre une autre voie, à l’heure où la génomique s’est largement imposée dans le monde de la sélection.

Un regard critique qui résume bien la philosophie de la station. Créée en 1982 au sud des Pays-Bas, la taurellerie revendique une sélection éprouvée sur descendance, avec des taureaux issus de familles de vaches hautes productrices. Et avec 25 000 à 30 000 paillettes produites chaque semaine, KI Samen n’est pas un acteur marginal du paysage néerlandais.

La génomique reste une prédiction

Pour le généticien, prédire la valeur d’un animal à partir de ses données génomiques relève du péché d’arrogance. « Nous ne connaissons pas grand-chose du génome », aime-t-il rappeler. Et pour cause, les tests génomiques ne peuvent analyser les quelque trois milliards de paires de bases qui constituent l’ADN bovin. Ils s’appuient sur un ensemble de marqueurs répartis sur le génome pour prédire la valeur génétique de l’animal ; « moins 0,003 % » aime à souligner Gerard Scheepens.

Cette lecture ne fait pas l’unanimité. Pour ses détracteurs, il ne s’agit pas de lire quelques marqueurs isolés pour prétendre décrypter la valeur de l’animal. Les marqueurs en question sont sélectionnés puis comparés aux performances connues de milliers d’animaux. La génomique ne lit pas directement la valeur génétique : elle l’estime en rapprochant le profil génétique de l’animal de celui de milliers d’animaux dont les performances sont déjà connues.

Mais pour Gerard Scheepens, c’est précisément là que se situe le problème. Une estimation, aussi précise soit-elle, reste une prédiction. « Aujourd’hui, on sélectionne des veaux dont la mère n’a encore jamais vêlé ». Le généticien aime à citer un cas concret ; celui de Captain, un taureau qui a longtemps caracolé en tête des classements génomiques américains. « Il a déjà 246 fils évalués. Aucun n’est meilleur que lui », souligne-t-il. « Si la génomique permet d’identifier tôt les futurs grands reproducteurs, ne devrait-on pas retrouver parmi leurs descendants des animaux capables de les dépasser ? »

Des tests sur descendances

Si bien que la station mise essentiellement sur les tests sur descendance. Le généticien oppose deux façons de sélectionner : d’un côté, un individu dont la valeur est prédite à partir de données statistiques ; de l’autre, des animaux dont les qualités ont déjà été observées et éprouvées.

Car pour le généticien, la sélection passe aussi par l’œil de l’éleveur. Fils de producteur laitier, il aime à se remémorer ses promenades avec son père. « Il a toujours eu des prédispositions pour la génétique » sourit-il. « Lorsqu’on croisait quelqu’un, il me disait « il a les cheveux roux ; ça doit venir de telle famille », ou « celui-là, il a les oreilles de son père » ». Si bien que chez KI Samen, les données génomiques sont disponibles pour les acheteurs, mais ne remplacent pas l’œil de l’expert.

Aux Pays-Bas, produire plus avec moins de vaches

Reste à voir les animaux que KI Samen propose en élevage. Et pour comprendre leur philosophie, mieux vaut avoir en tête le contexte dans lequel évoluent les éleveurs néerlandais.

Aux Pays-Bas, la réduction des émissions d’azote et de phosphate est un enjeu national, qui pousse à limiter la taille des cheptels. À tel point que le moindre agrandissement du troupeau peut rapidement devenir un casse-tête réglementaire et économique. Les éleveurs se concentrent sur les leviers qu’il leur reste pour soutenir la production : augmenter le rendement par vache et allonger la durée de vie productive des animaux.

En Hollande, toutes les vaches vêlent à deux ans et font en moyenne une lactation de plus que les vaches françaises. Un différentiel qui fait qu’à l’échelle d’une carrière, « une vache néerlandaise produit près de 10 000 kg de lait de plus qu’une vache française », aime à rappeler Anthony Gilbert, responsable commercial France.

Lignées de hautes productrices et longévité

L’objectif est donc de sélectionner des taureaux issus de lignées de vaches hautes productrices. La famille Hennie illustre cette approche. Hennie 63 figure parmi les vaches ayant le plus rapidement dépassé les 100 000 kg de lait, avec 142 000 kg en six lactations. Sa grand-mère, Hennie 49, a dépassé les 135 000 kg de lait en neuf lactations. Autre exemple : la famille de Slash, avec une mère et grand-mère ayant chacune produit plus de 100 000 kg de lait.

La longévité ne passe pas que par la production. Pour qu’une vache dure, la morphologie ne doit pas être en reste. « Une vache, ça se construit », résume en substance Gerard Scheepens.

C’est là qu’intervient la méthode aAa, utilisée pour rechercher les accouplements les plus complémentaires. Cette méthode classe les animaux selon six grands types morphologiques, chacun correspondant à des caractéristiques de conformation. L’objectif est ensuite de choisir un taureau dont le profil vient compenser les points faibles de la vache, plutôt que de rechercher systématiquement le meilleur index.

Le réflexe est presque imparable : lorsqu’Anthony Gilbert présente sa plaquette, l’œil accroche d’abord vers le taureau qui permet la meilleure production laitière. Pourtant, c’est parfois celui qu’il déconseille. « Mieux vaut choisir un animal aux index moins spectaculaires, mais qui équilibre le profil de la vache ». Mieux vaut peut-être un index laitier inférieur, mais une lactation supplémentaire.

Cette recherche de complémentarité se traduit par une large gamme de profils au catalogue. « La station ne cherche pas à faire rentrer toutes les vaches dans le même moule », insiste le généticien.

K.I. Samen met en avant, parmi ses illustres ancêtres, la lignée de Pietertje, une famille qui a profondément marqué la génétique Holstein néerlandaise. Réputée pour sa capacité à transmettre production, richesse en protéines, longévité et fonctionnalité, cette souche a donné naissance à plusieurs reproducteurs importants et a contribué à façonner l’entreprise. (© Terre-net Média)

Enfin, dernière particularité néerlandaise : KI Samen propose une large proportion de Red Holstein au catalogue. Une spécificité que Gerard Scheepens explique par les modalités de calcul du prix du lait hollandais. « Les éleveurs visent les taux, et les Red Holstein sont réputées pour cela, ainsi que pour leurs mamelles ». D’autant que l’animal bénéficie d’une réputation rustique dans l’esprit des Néerlandais.

Le rouge, c’est également la couleur de prédilection des éleveurs du sud du pays. « Une question d’affect » confesse-t-il. « La vache traditionnelle dans le sud-ouest des Pays-Bas était rouge, alors les éleveurs retrouvent un peu de cette tradition dans les Red Holstein », aime à rappeler le fils d’éleveur. Comme quoi, derrière les index et la génomique, le cœur de l’éleveur conserve toujours son mot à dire.