Sécheresse et canicules de 2026 bousculent les projets d’installation agricole
TNC le 27/10/2026 à 05:12
Baisse de confiance, adaptation des projets, nouveaux critères de reprise... Après cet été hors norme, jeunes et futurs agriculteurs s'interrogent plus que jamais sur leur avenir, selon le dernier baromètre de l'installation d'Eloi.
La sécheresse et les canicules de l’été 2026 ont eu un impact sur 80 % des jeunes installés en agriculture. 8 % ont envisagé d’arrêter leur activité et 4 % prévoient de le faire réellement. Pour 25 % seulement, « même si les effets sont réels, l’équilibre tient ». 80 % également des porteurs de projet d’installation agricole se disent impactés. 28 % ont envisagé de renoncer, mais seuls 4 % ont pris cette décision. Le contexte « a remis en question l’envie d’aller plus loin », témoigne l’un d’eux. Les aléas climatiques à répétition « rendent le parcours, déjà bien compliqué et incertain, encore plus difficile, sans certitude de pouvoir produire de manière durable, viable et vivable », ajoute un autre.
Parmi les propos recueillis encore : « Voir les exploitants déjà en place devoir trouver des solutions pour l’accès à l’eau et ne pas pouvoir reconstituer leur stock fourrager, ça fait réfléchir. » La situation inédite de ces derniers mois ne les a donc pas complètement découragé puisque 96 % ont décidé de continuer finalement. Ils sont cependant moins confiants en la réussite de leur projet qu’avant cet épisode : 61 %, soit un peu moins de deux tiers (« cet été a changé ma vision de l’avenir », déclare l’un d’eux), contre 77 % en février dernier , lors de la première vague du baromètre de l’installation agricole d’Éloiportant sur la perception du parcours, les difficultés rencontrées, la confiance en l’avenir, dont les résultats avaient été présentés au Salon de l’agriculture.
La confiance s’érode
La seconde, en juin, était davantage axée sur les systèmes de production et modes de commercialisation choisis. La troisième, sortie pour le Sommet de l’élevage, s’intéresse au sujet qui occupe tous les esprits en agriculture depuis plusieurs mois : les conséquences des fortes chaleurs estivales et de la sécheresse pour les agriculteurs. Elle cible les jeunes et futurs installés (221 ont été interrogés), qui peuvent être encore plus fragilisés techniquement et économiquement durant les premières années d’activité, d’autant qu’ils ont souvent de lourds investissements liés à la reprise de la ferme et pas mal d’emprunts à rembourser.
Les jeunes agriculteurs, dont l’installation est récente, ayant participé à cette enquête croient moins au succès de leur installation que ceux qui ne sont pas encore installés : 54 % – soit juste un peu plus d’un sur deux – versus 61 %. Leur niveau de confiance a lui aussi diminué depuis février, de 16 points comme pour les porteurs de projet. Il faut dire 75 % ont baissé en production à cause de la météo sèche et chaude. Un témoignage éloquent : « Plus de pâturage possible, il a fallu affourager l’ensemble des animaux et amener des citernes d’eau dans toutes les parcelles. La production laitière a fortement chuté. »
93 % ont modifié leur projet
63 % ont eu un surcroît de travail et 42 % ont perdu des bêtes et/ou des cultures. 38 % ont été contraints d’acheter du fourrage et 29 % ont dû investir en urgence. 25 % font état d’une trésorerie tendue et 25 % ont été forcés de différer leurs investissements. 60 % des éleveurs récemment installés ont été obligés de recourir à des achats de fourrage et d’aliment non planifiés. Des chiffres étayés par le verbatim : « Le manque d’eau pour les prairies et les animaux me fait peur. L’agriculture dans les années à venir est bien aléatoire. »
« L’été 2026 semble donc avoir davantage poussé les futurs agriculteurs à repenser ou à adapter leur projet qu’à y renoncer », fait remarquer Éloi. 93 % ont modifié au moins une de ses composantes : 43 % ont intégré un nouvel investissement, 37 % ont révisé à la hausse leur budget prévisionnel, 35 % ont changé l’assolement prévu ou une production, 28 % la zone géographique souhaitée ou le calendrier établi pour leur installation, 27 % la dimension globale visée. Ce qu’illustrent les propos de l’un d’eux : « Je vais m’orienter vers des cultures moins exigeantes en eau et essayer de retenir au maximum celle-ci dans les sols. »
Un regard différent sur les fermes à reprendre
Il a même réalisé une étude avec un hydrologue pour « optimiser l’aménagement des parcelles et le captage de l’eau ». La sécheresse et les canicules qu’ils viennent de vivre « changent également la manière dont les futurs installés évaluent les exploitations à reprendre », fait remarquer la société à mission. Sur le plan climatique, l’accès à l’eau est d’ailleurs ce qui est regardé en premier, par 66 % des enquêtés. Viennent ensuite la présence d’arbres et de haies (62 %), l’autonomie fourragère (51 %), l’adaptation des bâtiments à la chaleur (50 %), l’état et la profondeur des sols (45 %). « Près de 6porteurs de projet sur 10 citent au moins trois de ces critères à la fois », précise-t-elle.
Des constats confirmés par l’un des répondants qui parle d’un « véritable besoin d’eau à proximité ». Il recherche également « des variétés résistantes aux températures élevées ». Un autre dit veiller à avoir « suffisamment de foncier et des ateliers diversifiés pour être autonome en fourrage ». Qu’en est-il des nouveaux installés en agriculture ? 46 % revoient leurs productions/assolement ou la conduite de leur troupeau. 38 % effectuent des aménagements concernant l’eau ou les haies, 25 % se diversifient, 25 % repensent leur prévisionnel économique et 21 % la taille de la ferme.
Un manque de repères pour s’adapter
« Le climat sera toujours plus imprévisible, d’où un sentiment d’insécurité de plus en plus fort avec des difficultés croissantes pour faire les bons choix d’investissement afin de limiter les conséquences. » Une citation qui résume ce baromètre. D’autant que, pour les deux publics ciblés, il manque des références techniques (42 % des réponses), ainsi que des financements dédiés (40 %), des repères économiques (33 %), des interlocuteurs identifiés (32 %) et des retours d’expérience (30 %) pour accompagner les changements à mettre en œuvre.
« Les exploitations les mieux préparées aux aléas climatiques sont aujourd’hui plus attractives pour les repreneurs », argue Éloi. La question est de savoir « comment maintenir l’attractivité de celles qui sont les plus exposées, au sud de la Loire en particulier ». Une question qui pourrait peser de plus en plus sur les transmissions d’exploitations dans les années à venir.