Des défis de plus en plus complexes pour la filière betteraves sucrières
TNC le 09/10/2026 à 04:46
Performante, la filière betteraves sucrières française couvre 90 % de la demande nationale en sucre, dans un pays qui reste le premier producteur de l’UE. Si le secteur s’est restructuré en profondeur depuis une vingtaine d’années, il doit encore faire face à différents enjeux en matière de compétitivité et d’environnement.
Avec 400 000 ha de betteraves sucrières cultivées en France en 2025, contre 422 000 en moyenne ces dix dernières années, un rendement de 89,4 t/ha (au-dessus de la moyenne sur 10 ans, de 82 t/ha), la France fait figure d’exception en Europe, où le recul des surfaces cultivées a été plus marqué et les hausses de rendement plus faibles. L’année 2026 devrait cependant se distinguer par une récolte exceptionnellement basse, en lien avec les conditions climatiques historiques de cet été.
Au fil des ans, les contraintes se sont accentuées sur cette production qui a connu plusieurs évolutions ces vingt dernières années : une réduction progressive des prix de soutien de la betterave et du sucre, suppression de l’intervention publique, arrêt des restitutions à l’exportation, fin des quotas, mais également la fin des néonicotinoïdes en enrobage de semences.
Souveraineté et distorsion de concurrence
Actuellement, « la demande nationale en sucre, stable autour de 2,6 Mt en moyenne sur cinq ans, est couverte à près de 90 % par la production nationale et elle en constitue le premier débouché », rappelle Agreste, le service de statistiques du ministère de l’agriculture, dans une note consacrée à la filière betteraves sucrières.
En parallèle, le solde des échanges extérieurs est positif, avec un surplus annuel de 1 milliard d’euros en 2024/2025. La France est le premier pays producteur de sucre de l’UE, et le deuxième producteur mondial de sucre de betteraves. Néanmoins, la filière reste « sensible aux risques de distorsions de concurrence au niveau européen et dans le cadre des accords commerciaux », relève Agreste.
Cette distorsion concerne principalement l’usage de produits phytosanitaires, alors que l’acétamipride reste autorisé dans certains États membres, et interdit en France depuis 2019. En parallèle, « de nombreux accords de libre-échange intègrent des concessions sur le sucre, sous forme de contingent d’importation ou de réduction de droits de douane », note Agreste, et si les volumes semblent, séparément, plutôt faibles, c’est l’accumulation qui « est vécue par les industriels comme un coup porté à l’industrie sucrière européenne ».
Dépendance aux engrais
La filière souffre également d’une forte dépendance aux engrais minéraux azotés importés, dont les prix font grimper les charges des exploitations. « Les régions de grandes cultures du quart nord-est, où se trouvent les bassins betteraviers, ont des charges en engrais parmi les plus élevées », indique le service de statistiques du ministère de l’agriculture. Celles-ci sont ainsi comprises entre 196 et 302 €/ha, un chiffre qui a pu passer à 400 €/ha en 2022/2023, puis à 593 €/ha en 2023/2024, en lien avec la flambée du coût des engrais.
Le secteur sucrier, le plus émissif des industries agroalimentaires
Autre défi pour la filière, celui de la réduction des émissions de CO2 qui s’élèvent à 2 Mt par an, faisant du secteur sucrier le plus émissif des industries agroalimentaires, malgré une baisse de 30 % entre 1990 et 2012 et de 15 % entre 2017 et 2022.
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : le secteur sucrier, énergico-intensif, repose essentiellement sur des énergies carbonées, avec un besoin en chaleur tout au long du processus. En outre, la saisonnalité de l’activité impose des puissances trois fois supérieures à celles que nécessitent des industries équivalentes mais dont l’activité s’étend sur toute l’année.
Pour diminuer ses émissions de GES, la filière a proposé une trajectoire de – 35 % d’ici à 2030, grâce à la méthanisation et la combustion des pulpes de betteraves. Cette stratégie pose néanmoins la question du conflit d’usage avec l’alimentation animale (pour les pulpes), et celle de la temporalité : « la production de digestats de méthanisation se fait en période de faible valorisation de l’azote par les cultures », rappelle Agreste. Il serait donc nécessaire de stocker le digestat pour l’utiliser à une période agronomiquement pertinente.
Le défi de la réduction des produits phytosanitaires
Enfin, la filière doit faire face à la réduction des solutions phytosanitaires disponibles, notamment l’interdiction des néonicotinoïdes. Le Plan national de recherche et d’innovation (PNRI) a identifié plusieurs leviers pour protéger les betteraves des attaques de pucerons et de la jaunisse, dont la mise en œuvre constitue aujourd’hui un défi, avec un usage combiné de plantes compagnes, de produits de biocontrôle, de la lutte biologique, et de la prophylaxie. La loi d’urgence prévoit, en parallèle, la possibilité de recourir à nouveau au flupyradifurone, interdit en France en 2020, en traitement des semences de betteraves, un insecticide au mode d’action identique à celui des néonicotinoïdes.