Des betteraves refusées par la sucrerie testées en méthanisation
TNC le 01/10/2026 à 16:30
Face à l’ampleur des refus de betteraves touchées par le Rhizopus, certains agriculteurs cherchent des solutions pour limiter les pertes économiques. Chef de culture dans la Marne, Thibaut Morelle teste actuellement la valorisation des racines en méthanisation.
Sur un des deux sites suivis par Thibaut Morelle, les résultats des contrôles ont refusé un quart des surfaces de betteraves destinées à la sucrerie Tereos de Connantre (Marne). En cause : les impacts de la sécheresse et une présence trop importance de Rhizopus, ce champignon qui provoque la pourriture des racines.
Une voie alternative
Plutôt que de laisser ces betteraves au champ et de les déchaumer, le chef de culture teste une voie alternative : le méthaniseur de l’exploitation. « Nous lançons des essais cette semaine pour voir comment cela réagit. Il faudra analyser leur pouvoir méthanogène, car cela n’a, à ma connaissance, jamais été fait », explique-t-il.
La démarche se heurte cependant à plusieurs contraintes techniques. « Nous devons laver les betteraves pour éliminer la terre, puis les broyer avant de les incorporer dans le méthaniseur. Or cette étape accélère leur oxydation. Nous essayons de les préparer progressivement pour qu’elles soient consommées rapidement », précise Thibaut Morelle. « Il faut aussi fixer un prix pour éviter de perdre de l’argent, entre la récolte et la transformation… »
L’incertitude est forte, cette année, pour les planteurs. Selon les derniers chiffres évoqués par la profession,jusqu’à 20 000 ha pourraient finalement ne pas être récoltés en France. Un volume qui ne sera toutefois connu avec précision qu’à la fin de la campagne. « Des parcelles viables il y a deux semaines peuvent encore être refusées en fonction de leur évolution. Les agents de plaine viennent vérifier juste avant l’arrachage », ajoute le chef de culture.
#CGBLive
Fabien Hamot, secrétaire général de la CGB et président de la CGB Somme, témoigne de la campagne betteravière 2026 particulièrement difficile : betteraves petites ou pourries, sols trop secs pour arracher, parcelles non récoltables et rendements insuffisants. pic.twitter.com/qrmqYFCRcZ— CGB (@CGB_FR) September 29, 2026
Au-delà des refus sanitaires, les performances agronomiques sont également dégradées cette année entre la sécheresse, les excès de chaleur et les maladies. « Sur les parcelles les plus touchées, on tourne autour de 30 t/ha, évalue Thibaut Morelle. Je ne sais pas si on sera à 50 t/ha de moyenne sur l’exploitation cette année. »
« Depuis juillet, on a reçu très peu de précipitations sur ces terres séchantes. Les attaques de teignes et de charançons ont également aggravé la situation. Les blessures causées par ces ravageurs constituent des portes d’entrée idéales pour le Rhizopus. »
🚨 Sur la ferme, la moyenne 5 ans des rendements en betteraves : 75 t/ha.
Premier enlèvement cette année : 29 t/ha.
Situation de crise majeure ‼️ pic.twitter.com/S0pSQcwMP5
— Arthur Portier (@PortierArthur) September 28, 2026
Une filière sous tension
Les inquiétudes exprimées par Thibaut Morelle rejoignent celles de nombreux planteurs et responsables de la filière. Chez Alexis Leherle, installé dans la Marne, c’est un tiers de la surface de betteraves de l’exploitation qui ne va pas être récoltée à cause du Rhizopus.
« J’ai souscrit une assurance multirisques climatiques, ce qui n’est pas le cas de tout le monde », précise l’agriculteur. « L’assurance estime toutefois un rendement résiduel dans une parcelle alors qu’il est impossible techniquement de la récolter. Cette partie ne sera donc pas indemnisée, en plus de la franchise. »
Face à cette situation exceptionnelle, la profession réclame un accompagnement des pouvoirs publics et des assurances afin de préserver l’équilibre économique des exploitations et, plus largement, l’avenir de la filière betteravière française.
Pas de sucre issu de @_MissBetter dans le ☕️ ce matin : un réel goût amer surtout @Cristal_Union lorsqu’il s’agit des meilleures terres de l’Yonne.
Maintenant se pose la question de la céréale qui va y être semé.
Quelles conséquences avec Rhizopus?
🪰 🐛 🐗 ?@Arvalisofficielpic.twitter.com/uGlrIZWxjf— Emmanuel BONNIN (@BONNIN1402) October 1, 2026