8,9 % de mortalité chez les veaux allaitants : comment réduire les pertes ?
TNC le 21/09/2026 à 05:45
Près d'un veau sur onze meurt avant l'âge de 7 mois en élevage allaitant. Lors d'un webinaire organisé par Littoral Normand, conseillers et vétérinaires ont détaillé les principales causes de mortalité et les solutions concrètes pour préserver davantage de veaux, un enjeu à la fois technique et économique pour les éleveurs.
« Le veau, c’est le seul revenu en élevage allaitant », rappelle Gabriel Fougère, conseiller Littoral Normand à l’occasion d’un webinaire. Alors autant le garder ! Avec 8,9 % de mortalité toutes races confondues à l’échelle nationale, la filière bénéficie encore de marges de progression. « La mortalité est souvent sous-estimée par les éleveurs. Pourtant, les cours font que l’on ne peut pas se permettre d’avoir des taux de perte très élevés », estime le conseiller.
Un seuil d’alerte à 7 % de mortalité
La Parthenaise présente le taux de mortalité le plus élevé sur la période 0-7 mois, avec 14,1 %, suivie de près par la Rouge des Prés et ses 14 %. Les niveaux les plus bas sont enregistrés sur les races rustiques, avec 7 % en Aubrac et 7,7 % en race Salers.
Pour le conseiller, « le seuil d’alerte est à 7 % ». Autrement dit, avec un troupeau de 60 vaches, il convient de s’inquiéter si les pertes dépassent les quatre veaux à l’année. « Avec 60 vaches allaitantes, si on est à 9,9 % de mortalité pour un seuil d’alerte à 7 %, on réalise une perte de chiffre d’affaires de près de 5 000 € sur l’atelier allaitant », calcule Gabriel Fougère.
La prévention débute avant le vêlage
Le 0-3 jours constitue la phase la plus critique. Elle concentre 54 % de la mortalité totale, et s’explique en général par des vêlages difficiles ou des défauts de surveillance. Mais le vétérinaire de Littoral Normand, Jean-Michel Cuminet, conseille également de se pencher sur les avortements tardifs. « Il faut également prendre en compte la mortalité des veaux, quelques semaines avant le terme de la mère », précise-t-il, en conseillant de se pencher sur les différentes maladies abortives.
Car des vaccins existent. « Je pense notamment à la vaccination contre la BVD, la fièvre Q, l’IBR ». L’objectif est de limiter le risque de maladies susceptibles de provoquer des avortements. La néosporose peut également en provoquer. « Les élevages impactés doivent être très vigilants sur la gestion de la délivrance : il faut empêcher les chiens d’aller la grignoter ainsi que d’aller à toute source de nourriture des bovins afin d’éviter la propagation de la maladie », rappelle le vétérinaire.
Attention également à la qualité des fourrages : « un tiers des avortements est d’origine mycosique », insiste Jean-Michel Cuminet. Mieux vaut donc éviter toute moisissure, et prêter attention à la qualité de l’eau.
Gabriel Fougère invite également les éleveurs à ne pas négliger la complémentation minérale des vaches gestantes. « On conseille généralement d’apporter 150 g de CMV sur le mois qui précède le vêlage en soluble dans la ration, ou un équivalent en pierre à lécher ». Enfin, l’utilisation d’outils de monitoring est un plus pour intervenir au besoin.
Éviter les diarrhées sur le 3-30 jours
La période 3-30 jours concentre 21 % de la mortalité des jeunes veaux. Elle est souvent due à des problèmes de diarrhée ou de gros nombrils. Pour l’éviter, l’essentiel est de surveiller la prise colostrale. « Ce sont des défenses immunitaires gratuites », rappelle le conseiller.
Pour améliorer la résistance des veaux, Jean-Michel Cuminet propose de vacciner les mères. « Les principaux vaccins permettent de protéger des rotavirus et coronavirus, ainsi que les colibacilles. Il existe également un vaccin qui intègre une protection contre deux souches de salmonelles, et un vaccin contre la cryptosporidiose ». Toutes ces maladies peuvent provoquer des diarrhées néonatales. En vaccinant la mère, l’objectif est de renforcer son immunité afin que des anticorps puissent être transmis au veau via le colostrum lors des premières heures de vie.
Autre point de vigilance : le nombril, qui constitue une porte d’entrée potentielle pour les bactéries. Sa désinfection est donc recommandée. Mais Jean-Michel Cuminet met un bémol pour les veaux de race allaitante : « certaines mères sont très friandes des produits iodés et vont lécher en permanence le nombril de leur veau et l’infecter avec les bactéries de leur langue ». Selon le niveau d’hygiène des environnements, il sera possible d’envisager une moindre désinfection des nombrils, ou alors l’utilisation d’un produit à base de chlorexidine.
Attention également au logement des veaux ainsi qu’à son confort thermique. Une température en dessous de 5 ou 7°C peut générer un stress, et mieux vaut ne pas hésiter à installer une lampe chauffante dès que les veaux ont souffert au vêlage. Les veaux peuvent également se refroidir, via des déperditions par conduction le long des parois froides.
Lutter contre les troubles respiratoires sur le 1-7 mois
Enfin, le 1-7 mois concentre 25 % de la mortalité globale des veaux. Les problèmes respiratoires, ou les parasites, sont généralement en cause. Encore une fois, la vaccination est une arme. Il est possible d’immuniser les veaux contre le RSV, BVD, PI3, les coronavirus ou pasteurelles. Mais un travail global sur l’ambiance du bâtiment, ou encore le développement de l’immunité du veau grâce à la prise colostral est un plus.
Les veaux peuvent également contracter des strongles, même en bâtiment. « L’ascaris est assez fréquent en allaitant, ainsi que les strongyloïdes. Un tiers des élevages en ont ». Ces petites bêtes empêchent la bonne croissance des animaux et diminuent leurs défenses. « Ils polarisent les défenses immunitaires contre les parasites ce qui laisse une voie d’entrée pour les bactéries ».
Les myopathies peuvent également concerner les veaux viandeux ainsi que les culards en races allaitantes. « Du fait de la masse musculaire, il y a une possibilité de carence en vitamine E ou sélénium, d’autant plus s’il y a eu peu d’apport durant la gestation ».
Au pâturage, certains éleveurs peuvent être concernés par l’entérotoxémie. Un vaccin peut alors être mis en place, avant la mise à l’herbe.
En plus de la prévention contre les parasites (strongles, douves, paramphistome), une vigilance particulière doit être portée à la coccidiose, qui peut également toucher les veaux au pâturage.
Réaliser un vide sanitaire
Enfin, la désinfection du bâtiment d’élevage apparaît comme une mesure de prévention à part entière. L’été, lorsque les animaux sont davantage à l’extérieur, peut être mis à profit pour intervenir dans les zones mère-veau. « Il faut bien curer, décaper et désinfecter », recommande Jean-Michel Cuminet, en privilégiant si possible un produit à action oocidaire, capable d’agir sur les oocystes responsables de la coccidiose. L’objectif : repartir avec des bâtiments aussi propres que possible pour la nouvelle saison de vêlage et ainsi limiter la pression infectieuse sur les jeunes veaux.